La République française ne connaît pas le concept d’ethnies. Elle connaît des citoyens, une nation, un État. Qui plus est un État laïc. Mais, sous l’influence des Anglo-saxons, la notion d’ethnie s’est complètement banalisée dans le discours dominant. Ce qui est très idéologique et politique.
C’est aux États-Unis que, par la grâce du politiquement correct – comportement de droite, rappelons-le pour la nième fois – l’adjectif « ethnique » et le substantif « ethnie » ont été utilisé à la place de « noir », pour ne pas dire de « race».
« Ethnie » vient de l'un des quatre termes qui, en grec ancien, servaient à désigner les groupes humains : γένος / gens signifiant « famille, clan, tribu », λάος / laos signifiant « peuple assemblé, foule », δῆμος / dêmos signifiant « peuple du lieu, citoyens » et ἔθνος / éthnos signifiant « gens de même origine » (Wikipedia). Les membres d’une ethnie ont en commun un lignage, une histoire, une mythologie, une langue. Certaines ethnies peuvent rassembler des dizaines, voire des centaines de millions de personnes, comme les Hans en Chine. Les Sénoufo, dont l’organisation sociale est matrilinéaire, sont un peu plus de trois millions d'individus, répartis sur la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le Mali. Dans ce dernier pays, les Dogon sont environ 700 000. Appartenant au groupe Akan, les Ahizi en Côte d’Ivoire sont à peine 20 000.
Dans un pays comme le nôtre, il y a belle lurette que ce type de classement a disparu – car il n’est plus possible, s’il l’a jamais été. Á quelle ethnie appartiendrait un individu qui serait 70% français mais qui aurait dans les veines 6% de sang catalan et 25% de sang italien ? Qui serait né à Tours et aurait vécu à Toulouse et à Lyon ?
En France, on n’est pas d’ethnie auvergnate. En Angleterre, quand on est blanc, on n’est pas d’ethnie yorkshirienne. C’est bien la preuve que le concept d’ethnie renvoie aux gens de couleur, aux Africains en particulier. Je me souviens d’une conversation en Côte d’Ivoire avec un ethnologue, bien français de souche, qui avait longtemps travaillé sur une ethnie du centre du pays. Il s’apprêtait à reprendre un poste dans l’université française.
- Tu vas travailler sur quoi et sur qui, lui demandai-je ?
- Il hésita : « Sur les Basques ».
Au hasard, Balthasar, pensai-je. L’altérité, la différence. Et un vieux fond de pensée coloniale qui remontait doucement à la surface.
Il faut laisser le concept d’ethnie aux Anglo-Saxons et le bannir de notre pensée. Non à la nourriture ethnique, aux bijoux, aux parures ethniques. Un pagne n’est pas un vêtement ethnique : c’est un vêtement africain. Le poulet yassa n’est pas une recette ethnique, c’est une recette africaine, plus exactement sénégalaise, de Casamance. Né à Hénin-Liétard, j’ai le droit d’exprimer mon goût pour certaines recettes de cuisine à la bière sans pour autant être taxé d’« ethniciste », un vocable qui fleure bon son Le Pen. La dérive ethniciste renvoie vers et débouche sur le communautarisme, enfant chéri du capitalisme transnational et financier que ne trouble pas le refus de l’intégration et de l’assimilation.