Les mots chéris des médias et des politiques (23)

Á la niche !

 

Alors qu’aujourd’hui pratiquement plus un seul chien ne couche dans une niche, une vraie, une en bois, ce mot est employé à plusieurs sauces, encore une fois par l’entremise des Anglo-Saxons.

 

Á tout seigneur, tout honneur, la finance s’est emparée de ce mot mignon au profit du marché. Je cite le site “ Définitions Marketing ” : « Un marché de niche est un marché très étroit correspondant à un produit ou service très spécialisé. Le fait de viser un marché de niche permet souvent d'être confronté à une concurrence moins forte et à un potentiel de marges plus élevées, mais les volumes de ventes potentiels sont naturellement plus faibles et limités. Le caractère de niche de marché est une notion très relative selon les contextes. Un marché de niche peut être de quelques centaines de milliers d'euros ou de quelques millions, voire dizaines de millions d'€, si on se trouve dans le domaine du marché automobile. »

 

Ne cherchez pas : cela vient d’outre-Manche et Atlantique avec l’expression “ niche market ”. Cette expression implique fatalement un certain élitisme, une offre spécifique adressée à un public ciblé, de choix, restreint. « Niche market » est le contraire de « mass market ».

 

Selon Le Robert, le mot niche est né au XIIIe siècle comme déverbal de nicher. Faire des niches, c’était se moquer d’un niais. Et puis, au XIVe siècle, est apparu le sens d’un enfoncement pratiqué dans une paroi pour y installer un objet décoratif, comme une statut ou un vase. Au XVIIe est apparu l’abri pour chiens puis, par extension, un abri pour humains. La niche fiscale date de la première moitié du XXe siècle.

 

Les Anglais nous ont emprunté le mot niche, sans le transformer, et le prononcent un peu comme quand nous disons « Nietzsche ».

 

Dès lors, labellisé English, il a été utilisé dans d’autres contextes. On parle de « niche écologique » qui définit à la fois un écosystème et les conditions de vie de cette écosystème. Tout étudiant de première année de gestion connaît les « niches fiscales » qui permettent de truander légalement le fisc, donc les citoyens. Ce que le riche contribuable ayant investi dans la production cinématographique ne paye pas, c’est vous qui le payerez. Et moi. Il existe environ 500 de ces niches en France, les plus célèbres étant le crédit d’impôt en faveur de la compétitivité et de l’emploi (CICE) et le Crédit d’impôt en faveur de la recherche. Et puis, il y en a eu de folkloriques comme celle qui favorisait les fabricants de pipes du Jura, mise au point par Edgar Faure. Quelques autres ici et ici.

 

Les mots chéris des médias et des politiques (23)

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