Les mots chéris des médias et des politiques (27)

Repentance

 

Le verbe « repentir » date de 1080. Il signifie ressentir le regret d’une faute ou subir les conséquences d’un acte (Le Robert).

 

Au XIIe siècle sont apparus deux substantifs très proches l’un de l’autre : la « repentance » (1112) et le «repentir » (1170). Le premier signifiant le regret de ses fautes, de ses péchés : « Le vice laisse comme un ulcère en la chair une repentance en l’âme qui toujours s’égratigne et s’ensanglante elle-même » (Montaigne). Le second impliquant un sentiment de douleur morale accompagné d’un désir d’expiation ou signifiant le regret d’une action : « Voici dix années bientôt qu’elle avait fait ce beau coup, et pas une heure ne s’était écoulé sans qu’elle en eût le repentir » (Zola). En art, le repentir est une correction apportée à un tableau en cours d’exécution. La racine de « repentir » est le latin poenitere qui signifie causer de la peine.

 

Aujourd’hui, on peut dire que repentance a effacé repentir. Il s’agit le plus souvent d’excuses officielles d’un gouvernement, d’un État. Á propos de l’esclavage (les anciennes puissances coloniales) ou de la pédophilie (le Vatican). Lorsque le pape se repent, l’ironie est d’autant plus dramatique que le repentir est clairement d’inspiration catholique. Dans la Genèse, on trouve que « l’Éternel se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre » tandis que Jérémie avoue : « Je me repens du mal que j’avais pensé lui faire ».

 

Le mot avait disparu jusqu’à retrouver une nouvelle jeunesse au XXIe siècle. Il a profité de la mode actuelle des mots en “ ance ” comme « gouvernance », très vieux vocable tombé dans l’oubli avant d’être réactivé dans l’univers anglo-saxon en lieu et place de « gouvernement ». Les djeuns ont embrayé récemment en créant la « gênance ». La « gênance de la bravitude », je ne vous dis que ça !

 

Avec  la repentance, il y a quand même, malgré tout, de la mise à distance. On peut d’autant plus être dans la repentance à propos de l’esclavage que celui-ci a été aboli il y a deux siècles par les puissances esclavagistes elles-même. Quant au pape, il n’est pas personnellement coupable de pédophilie. Il se repent pour les autres.

 

 

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