Enseignement supérieur: ça va être un massacre

L’assemblée générale nationale de coordination des facs et labos en lutte réunie le 18 janvier 2020 à Paris a rassemblé des étudiants, des enseignants-chercheurs, enseignants, chercheurs, personnels ingénieurs, administratifs, techniques, sociaux et de santé et des bibliothèques (BIATSS), venus de nombreux établissements, de toute la France.

Depuis le vote de la loi LRU (Pécresse), à laquelle j’ai consacré plus de 200 articles, les jours de l’Université française et des universitaires sont comptés. Avec la loi Fiorasso, les Fauxcialistes de Hollande ont complété les basses besognes de la droite. Le banquier éborgneur va parachever le tout en faisant de chaque université un prestataire de services et de chaque universitaire un personnel sans statut, taillable et corvéable à merci, entièrement sous la coupe de son président d’université et de son responsable des services administratifs.

Les collègues se doivent de réagir immédiatement et sans prendre de gants. Dans six mois, il sera trop tard : les universitaires connaîtront les mêmes condition de travail, d’évaluation, de retraites que les Britanniques, avec des salaires plus faibles.

 Ci-dessous : une motionde l’Assemblée générale nationale de coordination des facs et labos en lutte réunie le 18 janvier 2020 - Paris 7 qui explique bien les enjeux.

 

L’assemblée générale nationale de coordination des facs et labos en lutte réunie le 18 janvier 2020 à Paris a rassemblé des étudiants, des enseignants-chercheurs, enseignants, chercheurs, personnels ingénieurs, administratifs, techniques, sociaux et de santé et des bibliothèques (BIATSS), venus de nombreux établissements, de toute la France.

L’assemblée générale constate une transformation du mouvement social pour le retrait du projet de réforme des retraites à points. Son caractère de plus en plus généralisé et interprofessionnel, qui associe aux cheminots et aux travailleurs de la RATP les personnels hospitaliers, de l'éducation nationale, de la justice, de la culture, les dockers, gaziers, personnels des raffineries, Gilets jaunes, etc. confirme le renouvellement de la mobilisation, après six semaines de grève. La même logique néolibérale conduit aux mêmes problèmes dans tous les secteurs en lutte : mise en concurrence systématique, perte de sens du métier et de son utilité sociale, destruction du service public, maltraitance des agents et des usagers et risques pour leur santé, course à la rentabilité, recul de la solidarité, précarisation, bureaucratisation, répression, discrimination (de genre, classe et race), etc. 

Dans ce contexte, les travailleurs et usagers de l'enseignement supérieur et la recherche prennent une part de plus en plus grande à la lutte. Dans les facs et les labos, depuis début janvier, on le sent bien : l'ambiance a changé. Malgré des tentatives d'intimidation et de blocage des mobilisations (fermeture d'universités, atteintes au droit de réunion des personnels et des étudiants, violences policières dans les manifestations...) la mobilisation ne cesse de se développer, dans de nombreux établissements. Des centaines de travailleurs de l'ESR sont en grève reconductible et ont cessé toutes leurs activités professionnelles. Des examens n'ont pas pu se tenir, des enseignements ont été suspendus ou transformés. Chaque jour de nouveaux laboratoires interrompent leurs activités de production et valorisation de la recherche (séminaires, colloques...), des revues se déclarent en grève, les ateliers d'éducation populaire se multiplient, les cortèges universitaires dans les manifestations rassemblent, toujours plus largement, des milliers de personnes, de multiples actions de perturbation et de blocage ont lieu. 

L'Assemblée générale s'oppose avec détermination à la politique du gouvernement et de ses alliés sur l'enseignement supérieur et la recherche. En particulier, nous portons la lutte contre trois pans fondamentaux de cette politique qui déstabilisent en profondeur un service public d'enseignement et de recherche déjà malmené par un sous-financement chronique et de multiples réformes régressives (loi LRU, loi Fioraso, loi ORE, Parcoursup, loi de transformation de la fonction publique, etc.). 

 

1° Si elle devait passer, la réforme des retraites affecterait très durement tout le personnel de l'enseignement et de la recherche, un secteur de plus en plus marqué par des carrières tardives et accidentées. Cette réforme toucherait d'autant plus violemment les plus précaires et les moins bien payés, et surtout les femmes. 

2° La Loi Pluriannuelle de Programmation de la Recherche (LPPR) en préparation, loi « inégalitaire et darwinienne » (dixit Antoine Petit, le PDG du CNRS), loin d'apporter des éléments pour lutter efficacement contre la précarité et la surcharge de travail des personnels des facs et des labos, dégraderait nos statuts et nos conditions de travail : modulation de service obligatoire, CDI-chantier, “ tenure track ”.  

3° Avec la réforme de l'assurance-chômage de 2019, qui cible les contrats courts, les précaires de l'enseignement et de la recherche voient leur situation s’aggraver. Cependant, la précarité n'est pas seulement le résultat de ces politiques récentes, mais le résultat d'une dégradation continue des moyens, des conditions de travail et des statuts à l'université. Aujourd'hui, les universités et les laboratoires vivent de l'exploitation des précaires, que ce soit pour l'enseignement, la recherche ou l'administration. La précarité qui marque l'ESR est aussi celle des étudiants, parfois obligés de cumuler études et emploi dans des conditions toujours plus difficiles. 

Notre lutte s’inscrit dans la défense du principe de solidarité et des services publics. Elle vise à défendre l’université comme lieu ouvert à tous. Pour une université critique des politiques néolibérales en son sein et dans l’ensemble de la société. Pour une recherche et un enseignement libres et indépendants des intérêts du marché. Créons des lieux et des outils pour produire des savoirs qui nous émancipent !

L’Assemblée Générale appelle à amplifier les luttes localement et au niveau national pour étendre la mobilisation au sein de l’ESR et dans les actions interprofessionnelles, et pour faire converger tous celles et ceux qui luttent vers la grève générale et illimitée. 

Pour cela, l'Assemblée générale demande la démission d’Antoine Petit, PDG du CNRS et à la dissolution de la Conférence des Présidents d’Université (CPU). Elle appelle les travailleurs et travailleuses de l'enseignement supérieur et de la recherche à la rétention des notes, l'arrêt de toutes nos activités et en particulier du recrutement de vacataires. 

Cette motion est adoptée à l'unanimité 

Etablissements représentés : Aix Marseille, Amiens, Angers, Bordeaux Montaigne, Caen, CNAM,  Ecole du Journalisme, EHESS, ENS Ulm, ENSFEA Toulouse, Evry, Paris Saclay, Lille, Lyon 2, Nice, Paris 1, P3, Sorbonne Université, Université de Paris, P8, Dauphine, P10, Paris Saclay, Paris Est Créteil, P13, Paris Est Marne La Vallée,  Université Versailles Saint Quentin, Poitiers, Reims, Rennes 2, Rouen, Saint Etienne,  Strasbourg, Toulouse, Tours, Université de Lorraine,  IFSTTAR, INRA, MNHN, CNRS, INED, INRIA, CEA   

    + à distance : Pau, Grenoble, Bourgogne, Lyon 1, Université Bordeaux, IUT Blagnac, Cergy-Pontoise

 

Ici une dénonciation de la manière dont l’État-patron va continuer de baisser indéfiniment les salaires :

 

2)  le ministère de l'ESRI a annoncé fin octobre que l'Etat ne compenserait plus le GVT, c'est-à-dire le "glissement vieillesse technicité" des personnels, soit l'augmentation automatique de la masse salariale des universités du fait de notre progression de carrière (échelon ou HDR menant à la fonction de Professeur des universités par exemple). Cela signifie qu'il leur faudra trouver des marges de manœuvre pour réduire la masse salariale ailleurs pour compenser l'augmentation des traitements des titulaires: soit recourir à davantage de contractuels, soit mettre en œuvre la modulation des services – voire recourir à des augmentations de frais pour les étudiants: lors de l'introduction de frais élevés pour les étudiants non ressortissants de l'UE, de la Suisse et du Canada, les universités réfractaires avaient déjà été menacées de la fin de la compensation de leur GVT, mais le ministère avait reculé devant le tollé. 
Ici par exemple, un article du Monde en date du 4 novembre dernier  (tout l'article est d'ailleurs instructif sur la répartition des fonds alloués à l'ESR malgré la progression du nombre d'étudiants).

 

 

Enfin, voici une mesure permettant facilement de “ défonctionnariser ” ceux qui ont encore la chance d’être fonctionnaires dans l’Université d’aujourd’hui :

 

 

La rupture conventionnelle est étendue aux fonctionnaires, mais il est important de savoir que l'agent peut la refuser. 


Surtout, cette nouvelle procédure est étroitement liée à la LPPR : si la référence aux 192h statutaires est abrogée, les heures complémentaires pourront ne plus être payées; si la modulation de service sans l'accord de l'agent est actée, on pourra lui proposer une rupture conventionnelle en cas de refus. Le "choix" sera alors d'accepter la modulation, soit le non-paiement des heures complémentaires, soit la rupture conventionnelle. 


Enfin, d'autres instances nationales ont aussi été supprimées par la loi de modernisation de la fonction publique comme les commissions administratives paritaires qui permettaient d'avoir un recours ; les CHSCT sont menacés alors que l'approche managériale de la LPPR risque de mener beaucoup d'entre nous - et encore plus nos doctorants et (futurs) jeunes docteurs s'ils sont encore davantage soumis à la précarisation de leur situation - au burn-out. (voir ici par exemple, pour les effets de la précarisation dans l'ESR britannique. 

 

 

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