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Billet de blog 21 mai 2022

Élisabeth Borne : elle ne cèdera que sur ordre du banquier, ou des banquiers

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Ne pas oublier une donnée toute bête : lors de l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, le candidat de gauche, est arrivé troisième. C’est dire que l’électorat français n’a peut-être jamais été aussi à droite. Le banquier éborgneur et emmerdeur a donc nommé une personne qui sera chargée de mener une politique totalement hostile au monde du travail, aux retraités, aux jeunes. Ce faisant, il a fait, comme on l’a dit, un bras d’honneur aux mouvements sociaux.

Autre donnée toute bête : toute personne ayant souffert dans sa chair ou dans son histoire familiale a tendance à se placer, en empathie, du côté des damnés de la terre. Sauf lorsqu’elle choisit le chemin inverse qui consiste à se hisser au niveau des plus forts, voire de le dépasser en oubliant complètement d’où elle vient et en écrasant ceux qui n’ont pas l’heur d’appartenir à ceux qui « réussissent », contrairement à ceux qui « ne sont rien », selon la célèbre dichotomie du banquier éborgneur et emmerdeur.

Élisabeth Borne est née le 18 avril 1961 dans le 15ème arrondissement de Paris. Tout de suite, lorsqu’on se documente sur Wikipédia, on est frappé par ce qu’on est bien obligé d’appeler une difficulté concernant ses origines paternelles (du côté de sa mère, Élisabeth est normande). Son père, Joseph Borne, né Bornstein, est le fils de Zelig, un juif apatride, originaire de Łuków, ville de Pologne sous tutelle de l’Empire russe. C’était au temps où l’Europe était très mouvante, où l’on pouvait naître avec une première nationalité, vivre avec une deuxième et mourir avec une troisième. Si j’étais méchant, je dirais que, par les temps qui courent, il vaut mieux être polonais que russe Á la mort de sa femme, Zelig et ses quatre garçons Léon, Isaac, Joseph et Albert se réfugient en France en mai 1940. Joseph est arrêté une première fois avec son frère Isaac par la police française le 21 août 1942. Ils sont internés au camp de Rivesaltes d’où ils s’évadent. Ils continuent leurs activités de résistance au sein du Mouvement de la jeunesse sioniste. Léon est arrêté en 1942 et déporté en 1943. Zelig et ses trois fils Albert, Joseph et Isaac sont arrêtés par la Gestapo à la suite d’une dénonciation. Seuls Joseph et Isaac échappent à la mort.

Joseph obtient la nationalité française en 1950 sous le nom de Borne, son nom de résistant. Il se suicide en 1972 alors qu’Élisabeth n’a que 11 ans. Elle devient pupille de la Nation.

Cette famille a donc connu l’horreur. Ce passé de plomb et de feu ne saurait dédouaner une brillante polytechnicienne qui a choisi de servir les intérêts des plus puissants. Je passe rapidement sur la nomination gadget d’une femme car le sexe ne fait rien à l’affaire : il faut préférer un homme progressiste à une femme réactionnaire, un Harold Wilson à une Margaret Thatcher.

Élisabeth Borne fut le fer de lance des réformes antisociales du premier quinquennat du banquier éborgneur et emmerdeur. Pour celle qui a déjà occupé trois postes ministériels, c’est – ou ce sera : la retraite à 65 ans, la contre-réforme de l’assurance chômage et la baisse de l’allocation pour un million de chômeurs, la casse du code du travail, le saccage du fret ferroviaire, la fin du statut des cheminots, la privatisation de concessions d’autoroutes, de la SNCF et de la RATP, le soutien à la privatisation d’Aéroports de Paris, la contre-réforme du RSA pour faire travailler les bénéficiaires à 6 euros de l’heure, le report de 10 ans de la réduction de la part du nucléaire dans la production électrique. Ministre chargée des transports, elle a en effet mené la réforme du rail en 2018, appliquant le traité de l’Union européenne pour ouvrir les monopoles publics à la concurrence, à la privatisation.

Les écologistes ont déjà oublié qu’elle fut leur ministre. Ministre de la transition écologique en 2019, elle supprima les tarifs réglementés du gaz, fit passer la loi d’orientation des mobilités qui actait l’ouverture à la concurrence et la privatisation de la RATP, avec à la clé la casse du statut et le transfert de salariés vers le privé. Cette loi permit également de brader les routes nationales aux sociétés privées d’autoroutes.

En revanche, les agents et les usagers de la SNCF n’ont pas oublié qu’elle élabora, à la demande du banquier éborgneur et emmerdeur et du Premier ministre Édouard Philippe, un projet pour un « nouveau pacte ferroviaire » visant à privatiser la SNCF, à chambouler le statut de l’entreprise qui devint une société anonyme, même si tous ses capitaux étaient, pour l’instant, détenus par l’État. Élisabeth Borne obligea l’entreprise à s’ouvrir à la concurrence, d’abord sur les lignes régionales (une contre-réforme doit toujours être testée sur les plus petits), puis sur les lignes TGV. Inflexible, Borne n’a rien consenti aux cheminots malgré une grève de plus de deux mois menée par quatre syndicats représentatifs.

Ministre du Travail, elle “ réforma ” l’apprentissage avec des aides massives aux entreprises, le plan "Un jeune, une solution", le Contrat d’Engagement Jeune avec des subventions en faveur des sociétés pour de la main d’œuvre gratuite. Elle refusa d'accorder le RSA aux moins de 25 ans, elle suspendit des soignants non vaccinés, refusa de donner un coup de pouce pour le Smic. Elle mit en œuvre la réforme de l’assurance-chômage, durcissant l’accès au chômage et réduisant le montant des allocations chômage de 30 %. Celle qui avait eu l’outrecuidance de déclarer en février 2021 que l’égalité des chances était « le combat de sa vie » a mené la contre-réforme la plus antisociale des cinq dernières années. La possibilité d’ouvrir à indemnisation est passée de 4 mois à 6 mois pour les chômeurs, pendant que la possibilité de recharger des droits entre deux petits boulots passait d’un mois à six mois.

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