Souvenir de Jacques Attali

Une de mes filles a entamé cet année une double licence droit/sciences-po. Elle se plonge dans les arcanes des institutions et de la vie politique françaises.

 

Elle me demande l’autre jour si je connais Jacques Attali. « Bien sûr », lui dis-je, « nous sommes de la même génération. La différence entre lui et moi, c’est qu’il a servi avec empressement tous les présidents de la République depuis Mitterrand, à l’exception, peut-être de Jacques Chirac qui avait ce qu’il faut sous la main comme visiteurs du soir ou conseillers occultes. » Et j’ajoutais que, à un tel niveau de présence, il faut être très intelligent, en tout cas bien plus intelligent que moi.

 

Ma fille me communique alors un lien qui m’avait échappé. Nous sommes en 2004. Attali, débat avec Étienne Chouard. Pour les plus jeunes, Chouard fut ce professeur qui, en travaillant méthodiquement, de manière très pédagogique, déconstruisit le projet de Constitution européenne et contribua fortement à la victoire du “ non ” au référendum. On sait que tous les présidents de la République successifs, tous le gouvernements et toutes les assemblées traitèrent avec mépris cette expression populaire. Pour la petite histoire, j’ajouterai qu’à part Étienne Chouard, l’autre grand responsable du “ non ” fut le président d’ATTAC de l’époque, mon professeur, mon ami et mon grand frère Bernard Cassen.

 

Lorsque je disais plus haut qu’Attali avait « débattu » avec Chouard, ce n’est pas tout à fait exact. Au lieu de l’affronter réellement, argument contre argument, il se comporta en petit roquet hargneux, l’interrompant, travestissant sa pensée, l’insultant même. Cet échange fut repris par YouTube. Chouard resta digne, posé, ferme défenseur de ses convictions. Attali qui, sans le dire bien sûr, défendait les banques et l’hyperbourgeoisie, fit semblant d’en appeler au futur traître Robert Hue, se montra désobligeant, chafouin, se retranchant systématiquement, en guise de démonstration, derrière le mot « évident ».

 

Comme avec les enfants il faut toujours avoir raison, il me revint en mémoire que j’avais publié dans mon blog en 2013 une analyse du comportement mielleux et fielleux d’Attali face à Jean-Luc Mélenchon. J’expliquai à ma fille que pour être « en haut d’en haut », comme on dit en Côte d’Ivoire, il faut être prêt à toutes les bassesses.

 

Souvenir de Jacques Attali

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