Confinement et police caisse enregistreuse de l'État

On va finir par se demander s'ils sont tous comme ça ou si l'on a affaire à des éléments frustrés, aux dilections fascistoïdes et qui pensent avoir raté leur vie.

Le site Carnet de notes a répertorié les interventions extrêmement courageuses et républicaines (comme toujours) des forces de l'ordre pendant le confinement, grâce auxquelles elles sont devenues les premières caisses enregistreuses de notre État déconfit. Il fait la liste de PV arbitraires ou abusifs, moralement ou légalement.

Ainsi on eut le droit de faire les courses, mais pas d’y inclure des paquets de gâteaux.

L’achat de coca-cola seul méritait un PV. Même chose pour les serviettes hygiéniques. On pouvait acheter une baguette, mais uniquement par lot de deux. Sauf qu’à Parmain (Val-d’Oise), un habitant pourtant muni de son attestation a pris une amende alors qu’il se rendait à la boulangerie, comme il le rapporta au Parisien. « J’avais coché la deuxième case du formulaire : déplacement pour effectuer des achats », précisa ce criminel, auquel un gendarme aurait rétorqué qu’il ne s’agissait pas d’un motif d’urgence, dressant un PV que Jean-François entend bien contester.

On a vu des consommateurs verbalisés pour avoir fait leurs achats à plus d’un kilomètre de chez eux : « J’habite à Plougastel Saoulas  je mets exactement 4 min en voiture pour aller à Picard de chez moi (4 km). Je ne croise personne. Je tombe sur un contrôle de police à la sortie du pont de Plougastel. Je ne m’inquiète pas. Je suis en règle.

Et là … je prends une contravention  ! Mais pourquoi  ?

Le policier me dit que je ne suis pas à 1 km de chez moi. Mais j’avais lu que cela ne concernait que les promeneurs de chien et les jaugeurs  ! Pas les courses. Je n’ai rien à 1km de chez moi à part la boulangerie et le tabac et j’imagine que nous sommes beaucoup dans cette situation d’ailleurs. Et j’ai vérifié partout sur le net et je n’ai vu nulle part que cette nouvelle règle concernait les courses.

 Interdiction de faire ses courses à vélo et obligation de laisser les bébés dans la voiture : « À 15 mètres de l'entrée le vigile me hurle dessus "pas d'enfant". Je lui dit que je vis seule et que personne ne peut garder mon enfant. Le vigile me répond " C'est pas mon problème rentrez ches vous". Je lui demande alors comment je vais acheter de la nourriture et manger. »

 Difficile également d’accéder aux laveries : « Un tren te naire de Pontivy (Morbi han) s’est fait verbaliser devant une laverie, malgré son attestation de déplacement. Il n’a pas de lave-linge chez lui et laver ses vêtements est une nécessité professionnelle : il est agent d’entretien. Il a interpellé la préfecture du Morbihan et le gouvernement.

 […] J’avais une attestation de sortie sur moi. Je l’ai montrée aux gendarmes, je leur ai expliqué ma situation : je n’ai pas de machine à laver chez moi, je vis dans un petit logement de 20 m2. Comment font les gens qui ont ni les moyens d’avoir un lave-linge ni la place chez eux pour en avoir un  ? »

Interdiction de partager à deux une même voiture pour faire ses courses : « Ce matin, je me rends en courses au supermarché à côté de chez moi. J’ai mon attestation dûment remplie et signée, mes papiers d’identité. Ma femme m’accompagne parce qu’elle doit faire les courses pour ses parents de 88 ans. Elle a son attestation et ses papiers, comme moi. La règle dans le supermarché : 1 personne = 1 caddie. Normal. Donc nous allons faire nos courses à 2.

Contrôle de gendarmerie : je me suis fait sanctionner parce que je ne respectais pas les consignes de confinement ! Eh oui, le gendarme a décidé que nous devions être seuls chacun dans une voiture…

Des cognes ont verbalisé un citoyen qui était allé récupérer, à la demande de pompiers, une personne blessée : « Ce jeudi encore, il était aux alen tours de 14 heures lorsque, circulant sur l’autoroute A86 à hauteur d’Alfortville (Val-de-Marne), Lena, 19 ans, percute un autre véhicule. Le sien est réduit à l’état d’épave. Elle n’est que légèrement blessée. « Les pompiers m’ont dit d’appeler un proche pour qu’il vienne me chercher, raconte la jeune femme. J’ai téléphoné à mon copain, qui est venu avec son frère. »Les deux jeunes prennent soin de se munir au préalable de leur attestation. Pas suffisant aux yeux des policiers, qui sont arrivés entre-temps sur le lieu de l’accident. « Les CRS leur ont demandé ce qu’ils faisaient là. Leurs explications n’ont pas suffi. Ils ont écopé chacun de 135 € », soupire Lena, dépitée. Elle-même rentrait de son travail.

Les journalistes n’ont pas été épargnés par les cognes : « L’his toire qui suit est relayée par un journaliste professionnel qui dit avoir fait les vérifications nécessaires.

H. travaille pour Santé Publique France dans le 94. En mission Covid, il peut être appelé à n’im porte quelle heure. Un lais sez-passer lui a été déli vré par employeur pour rejoindre le centre à n’im porte quelle heure. Jeudi soir, H. est appelé en urgence dans la nuit.

Au moment de quitter son domicile en voiture, une patrouille le klaxonne. Contrôle. « Rien ne te dérange ? Tu fous quoi dehors ? » lui lance un policier avant de lui demander son attestation. H. lui présente donc son attestation et le laissez-passer de son employeur.

Le policier regarde le laissez-passer avant de lui jeter à travers la fenêtre. Dans l’urgence, H. a oublié de mettre son année de naissance sur l’attestation mais celle-ci était inscrite sur l’autre doc. Le policier lui lance : « t’es con, t’as pas mis ton année de naissance ».

« Il l’a même pas regardé mon laissez-passer » me dira H, hier soir au téléphone, encore sous le choc. 

Il était alors à peine plus de minuit, basculant donc à vendredi (La police n'a pas le droit de verbaliser parce qu'il manque l'heure sur l'attestation). Le policier poursuit : « ton attestation est pas bonne, elle date d’hier ». Il décide de le verbaliser. La voiture de police bloque la voiture de H. sur sa place de parking. 

Le policier devient alors virulent : « maintenant bouge, casse toi ! ». H. lui indique que la voiture bloque la sienne et fait preuve, de son propre aveu, de mauvaise foi. 15 mn plus tard, le policier revient vers lui. 

« Tu n’as plus que 5 pts sur ton permis ». H. en a pour tant 12. Le policier lui dit : « non tu en as 5. Tu viens d’en perdre 7 pour usage du téléphone au volant » et relève deux autres « infractions ». H. était garé sur son parking, à l’arrêt. 

H. conteste. Réponse : « ça sera ta parole contre la nôtre ». Sentant les choses mal tourner  le jeune homme sort son téléphone pour tenter de filmer ou enregistrer ce qu’il peut, sur snapchat. Un autre véhicule est contrôlé à quelques mètres.

Le troisième policier s’approche de la fenêtre de H. « Il surveillait ce que je faisais avec mon téléphone. J’ai eu peur que ça tourne mal donc j’ai lâché mon téléphone » me raconte ce jeune habitant d’Aulnay. 

« Oh sale arabe, maintenant tu dégages ou je t’embarque ». Les insultes racistes fusent. H. s’exécute. « Ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient de moi. J’étais leur pute » poursuit H. Arrivé sur son lieu de travail, il en fait part à Santé Publique France. 

L’Agence nationale contestera l’amende de 135 €. H. a déposé une préplainte en ligne et va saisir l’IGPN. « Je me suis dis… ça existe encore ça en France  ? » conclura H au téléphone. Et oui, malheureusement ça existe encore. Et c’est dramatique.

 

Il est plus facile de flanquer une amende de 135 euros à un mangeur de baguettes ou d'entrer illégalement en armes dans une église que d’empêcher des cailleras de faire des rodéos à moto dans les cités.

 

 

Confinement et police caisse enregistreuse de l'État

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