Balance ton porc à l'Université Lyon2, suite

Le 14 juillet 2018, j’ai publié dans mon Blog Mediapart un article  sur une sombre histoire concernant un supposé harcèlement d’une étudiante de l’Université Lyon2 par un professeur de cette même  université. Depuis, l’affaire a suivi son cours. J’ai rallié le comité de soutien de ce professeur dont j’ai fait la connaissance pour l’occasion.

 

Je publie ci-après une longue réaction et analyse d’universitaires qui ont décortiqué le jugement des instances juridictionnelles de l’université. Ce texte a été paraphé à cette date par : 29 signataires, dont 14 femmes.

 

La liste comprend :

 

. 1 Inspecteur général honoraire d’arabe,

 

. 1 professeur au Collège de France,

 

. 1 professeur ancien vice-président de l’INALCO (Institut National des Langues et Civilisations Orientales),

 

. 2 Directeur et directrice de recherche CNRS, dont un DR honoraire, ancien directeur du laboratoire auquel appartient le professeur mis en cause

 

. 11 (autres) professeurs des universités, dont 3 professeurs à l’étranger et 2 professeurs honoraires en Etudes arabes

 

. 2 Maîtres de conférences en Etudes arabes,

 

. Plusieurs chercheurs, dont une en Italie

 

 

 

Pour ce qui est du roman de Rachid El-Daïf Qu’elle aille au diable Meryl Streep !,que les instances universitaires n’ont pas su lire, ou ont fait semblant de ne pas savoir lire, je renvoie à ma recension dans mon blog Mediapart. 

 

 

Nous, membres de la communauté universitaire et de la recherche – enseignants, chercheurs, membres de l’administration et étudiants –, enseignants du secondaire ou anciens étudiants, sommes choqués par le traitement réservé au professeur mis en cause dans le jugement anonymé daté du 9 avril 2018 de la Section disciplinaire de l’université Lyon 2, et par l’attitude adoptée à l’égard de ce professeur. Les bruits inacceptables que l’on fait courir au sein de l’université et en dehors constituent un préjudice réel.

 

 

Sans entrer dans le fond du dossier, qui devra être examiné en appel, et dans le plus parfait respect de l’institution, de nombreux points font à nos yeux fortement question à la seule lecture du jugement :

 

– Ce jugement est accessible publiquement sur le site de l’université, en contradiction flagrante avec le Code de l’Education, qui stipule : « décision affichée à l’intérieur de l’établissement ». Cet affichage public est donc irrégulier. Mais surtout, il constitue, malgré l’anonymat, une atteinte à l’honneur, et aussi à la sécurité de ce collègue, car beaucoup savent de qui il s’agit.

 

– La violence du ton du Jugement a choqué nombre d’entre nous, aux yeux de qui ce texte entre en contradiction avec un contenu factuel du dossier qui paraît singulièrement mince : notre sentiment général en lisant de très près les attendus est que les faits présentés le cèdent à des intentions supposées, voire à des procès d’intention, et trahissent une instruction menée exclusivement à charge, pour des raisons difficiles à comprendre. Malgré cela, ce ton et cette rédaction peuvent induire en erreur des lecteurs de bonne foi, en donnant l’impression, fondée sur l’autorité de la section disciplinaire, que tout ce qui est dit est vrai. D’où par exemple l’appel incident du Ministère de l’Enseignement supérieur sur la base alléguée « des faits reprochés » à l’enseignant, adressé le 28 mars 2018 au Conseil d’Etat qui doit se prononcer sur le pourvoi relatif au sursis à exécution. La gravité de cette situation n’échappera à personne.

 

 

Ce professeur a été condamné pour trois chefs d’accusation. Pour chacun d’entre eux, nous notons dans le texte même du jugement plusieurs contradictions et allégations à nos yeux surprenantes.

 

– Le premier chef porte sur des « faits susceptibles de constituer un harcèlement sexuel ». C’est une accusation infamante.

 

Allégation surprenante n° 1 : Les attendus du jugement ne constatent aucun fait, avéré ou non, constituant un harcèlement sexuel au sens du Code Pénal (article 222-33). Au demeurant, peut-on condamner quelqu’un sur des faits « susceptibles de constituer » des actes quels qu’ils

Soient ? Et peut-on sur des bases aussi ténues que celles qui sont présentées, entacher irrémédiablement une réputation ? Il appartenait à l’université Lyon 2 de vérifier, préalablement à la mise en accusation, la validité de celle-ci, compte tenu des dommages irrémédiables qu’elle cause.

 

– Le 5 octobre 2018, la plainte déposée par l’étudiante pour « harcèlement sexuel », et le signalement correspondant de l’université à la Justice ont été classés sans suite par le Procureur de la République à Lyon pour « infraction insuffisamment caractérisée ». En clair, ce qui est reproché ne correspond pas en droit à cette accusation, confirmation éclatante de ce qui précède.

 

– De fait, le jugement ne mentionne pas la moindre pression du professeur pour obtenir des faveurs de l’étudiante, ni la moindre invitation personnelle d’aucune sorte. Aucune autre plainte d’autres étudiantes non plus. Le jugement n’aurait pas manqué de le signaler si cela avait été le cas. Il passe en outre sous silence les nombreux témoignages en faveur d’un comportement irréprochable de ce professeur envers ses étudiants.

 

Allégation surprenante n° 2 : D’autre part, peut-on admettre qu’en toute illégalité, dans la France de 2018, on condamne pour « harcèlement sexuel », un professeur qui a « suggéré » de

travailler sur un roman qui dénonce la violence envers les femmes ? Ce roman, signé du très grand auteur libanais Rachid El Daïf, dénonce avec vigueur les exactions subies par les femmes et l’archaïsme des mentalités masculines… Or les citations extrapolées qui en sont données dans le jugement laissent accroire qu’il s’agirait d’un roman érotique, voire pornographique. Le traitement très inquiétant qui est fait de cette œuvre importante est l’objet d’une autre pétition.

 

Allégation surprenante n° 3 : Sur ce roman, le jugement parle d’un « conseil de lecture » (page 4, 3e paragr.) qui a été « refusé par l’étudiante » (p. 5, 1e ligne). Celle-ci était donc laissée libre de ses choix par son directeur de thèse. Or le jugement mentionne (p. 4) une « absence préalable de redéfinition d’un sujet de thèse susceptible de justifier l’intégration de cet ouvrage dans le corpus de recherche de l’étudiante » (les caractères gras sont dans le jugement). Il y a là une contradiction interne flagrante : comment peut-on parler de « redéfinition » « préalable » de la thèse à propos d’un « conseil » qui pouvait être « refusé » ? Chacun sait qu’il entre dans le rôle d’un directeur de thèse de faire des suggestions, comme il revient au/à la doctorant(e) de les discuter ou, comme ici, de les refuser.

 

 

Rappelons avec force qu’on ne joue pas avec les mots de « harcèlement sexuel ». C’est un terme très grave, qui correspond à des souffrances réelles. Nous sommes abasourdis de la manière dont ce terme apparaît détourné de son sens dans cette affaire, quelles qu’en soient par ailleurs les motivations.

 

 

– Le second chef d’accusation porte sur des « manquements professionnels ». Le jugement emploie ici des termes d’une rare violence, pour des « faits » qui relèvent en réalité plus de l’intention que de l’acte.

 

Allégation surprenante n° 4 : Le jugement admet que le professeur – qui avait fait à cette doctorante une suggestion irrégulière relative à un stage – « avait considéré de lui-même que celle-ci était inadaptée » (p. 5, deux derniers paragr.). Cela revient à dire que ce professeur a admis que sa suggestion était irrégulière ou inappropriée. Mais le jugement parle juste après de « justification » (sans la moindre précision, ce qui jette le doute sur ce terme), puis de « déni ». Il y a là un passage contrefactuel de l’admission du caractère irrégulier d’une suggestion à une « justification » assortie d’un « déni ». Voilà encore une contradiction à nos yeux inexplicable.

 

– Les propos repris de l’enregistrement « pirate » de l’étudiante (reproduits p. 5) sont des propos tronqués, et passent sous silence la renonciation explicite et très rapide de l’enseignant à cette intention (la conversation sur ce point ne dépassant pas une minute ou une minute et demie).

 

Allégation surprenante n° 5 : Mais il y a plus inexplicable encore à nos yeux. Pour mettre en cause la déontologie de ce professeur, le jugement dit : « ces faits, et la façon dont M. .... les minimise pour leur dénier tout caractère fautif (cf. mémoire du 15 mars 2019)… ». Le mot « mémoire » se réfère à un texte rédigé par l’avocate qui défendait cet enseignant. Ce texte rappelait qu’au regard de la loi, une intention fautive non suivie d’exécution ne constitue pas une faute. Notre interrogation porte ici sur la mise en cause de la déontologie d’un enseignant sur la base des arguments de défense rédigés par son avocate et du rappel de la loi effectué par elle. Ni le respect des droits de la défense, ni la nécessité d’une instruction contradictoire ne trouvent ici leur place.

 

 

Allégation surprenante n° 6 : Le troisième chef d’accusation affirme que ce professeur aurait cherché à « tromper la vigilance » du Comité de suivi des thèses. Et de citer des conseils données à la doctorante enregistrés de manière déloyale par elle. Pour nous, les propos cités relèvent du “coaching”. Ils sont sans aucun doute sous-tendus par un désaccord profond de cet enseignant avec des procédures qui consistent à mettre sous surveillance les directeurs et directrices de recherche. On ne peut se défaire, à la lecture de cette page 6 du jugement, d’une question : est-on ici devant une “mise au pas managériale”, face à des procédures qui ont été fermement dénoncées par des syndicats de l’enseignement supérieur ?

 

 

Allégation surprenante n° 7 : Le jugement allègue (p. 6, avant-dernière ligne) de « l’emprise de M. … sur sa doctorante ». Or les passages cités de la conversation téléphonique enregistrée par l’étudiante montrent tout au contraire le souci que l’enseignant se fait pour elle, et le soutien qu’il cherche à lui apporter. Le texte du jugement est, là encore, contradictoire : parler « d’emprise » fait terriblement question.

 

– Le jugement passe sous silence la participation de l’enseignant, par solidarité avec ses collègues, et malgré ses opinions opposées, au comité de suivi des thèses mis en place dans son laboratoire.

 

 

– Nous avons aussi été choqués par le fait que l’article de Libération du 10 juillet 2018, signé de la représentante du journal à Lyon, cite la présidence de Lyon 2, et à plusieurs reprises un vice-président, qui parle sans nuances de « professeur harceleur », puis ajoute « pendant plusieurs années », ce qui est totalement absent du jugement. Sous couvert d’anonymat, on frappe donc un enseignant-chercheur d’infamie, en amplifiant gravement les accusations sans s’appuyer sur des faits. Il y a là pour nous une déloyauté flagrante.

 

– Rappelons que cet article est paru le jour-même de l’examen du sursis à exécution par le CNESER (Conseil National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche). Le sursis a été refusé, en raison, dit-on, de cette parution. L’Appel devant cette même instance devait être examiné en fin d’année 2018, mais reste en attente.

 

 

– Enfin, la lourdeur de la sanction (suspension d’un an avec privation du traitement) contraste singulièrement avec ce qui est reproché. Résumons-nous :

 

(a) l’accusation de harcèlement sexuel est quasiment réduite à néant par le classement sans suite du Procureur de la République à Lyon ou par le simple examen des faits ; elle ne repose que sur une lecture erronée du roman de dénonciation de R. El Daïf, dont la « suggestion », pourtant décrite comme « déterminante », ne saurait en aucun cas relever d’un harcèlement sexuel ;

 

(b) la proposition de stage a été reconnue comme une intention irrégulière par l’enseignant ; l’accusation de « déni » et la mise en cause de la « déontologie » de ce professeur est dès lors à nos yeux à la fois infondée et contradictoire ;

 

(c) l’accusation de « tromper la vigilance » du comité de suivi des thèses apparaît aux lecteurs du jugement lui-même comme très mince et elle aussi contradictoire.

 

Nous avons le plus grand mal à comprendre que cet ensemble hétéroclite d’accusations ait pu conduire à une suspension d’un an sans salaire. C’est comme si l’on écrivait « 1+1+1 = 10 ». Cette disproportion est de la plus extrême gravité, et pose la question, pour nous sans réponse, d’une situation interpersonnelle conflictuelle sous-jacente.

 

– De telles sanctions (suspension d’un an sans tenir compte de la période de suspension durant l’instruction et assortie d’une privation de la totalité du salaire) sont très rares, et ne se produisent que dans des cas dont la gravité est sans commune mesure avec ce dossier, comme on peut le vérifier en consultant les jugements disciplinaires du CNESER qui paraissent au B.O.E.S.R. Les chiffres des jugements de 2018 sont sur un point éloquents : sur les 5 demandes de sursis à exécution présentées au CNESER, quatre ont été accordées. Ce dossier est donc le seul refus, ce qui reste pour nous un sujet d’étonnement.

 

 

Les instances disciplinaires d’une université doivent rester un lieu préservé, où les questions sont examinées avec sérénité, dans un souci d’objectivité. Elles doivent donner lieu à un débat contradictoire. Or, devant les contradictions de ce jugement, nous avons le sentiment que cela n’a pas été le cas ici. Un collègue est visé aujourd’hui, mais qui d’autre demain ?

 

 

L’Université est un lieu où doivent prévaloir la collégialité, la liberté d’expression et le respect de tous.

Nous sommes vivement inquiets devant les procédés qui nous interrogent ici, et qui sont de nature à menacer gravement ces valeurs.

 

 

Nous demandons, en réaffirmant notre profond respect des institutions, à la présidence et au Conseil d’administration de l’université Lyon 2 de prendre de toute urgence les mesures qui s’imposent pour mettre un terme à cette situation, pour rendre ses droits au collègue victime de ces abus, et pour restaurer publiquement à la fois son honneur et celui de l’Université.

 

 

Pour signer cette pétition, renvoyez-la svp avec un bref message indiquant vos

 

nom, prénom et fonction, ainsi que votre accord à l’adresse :

 

comitesoutien.professeurlyon2@gmail.com

 

 

 

PETITION relative au roman de R. El Daïf

 

 

Non, le roman Quelle aille au Diable Meryl Streep !de Rachid El Daïf n’est pas un roman pornographique !

 

 

Un enseignant de Lyon 2 traduit devant la section disciplinaire pour en avoir suggéré la lecture…

 

 

On croit rêver. 161 ans après le procès de Madame Bovaryet des Fleurs du Mal, un universitaire est mis en cause par la section disciplinaire de l’université Lyon 2 pour la seule suggestion à une doctorante de 35 ans (qui n’est donc pas un enfant mineur) de la lecture d’un roman ! Le jugement de cette section considère cette « suggestion » comme « déterminante » dans l’accusation de « harcèlement sexuel » portée contre ce professeur.

 

 

 

Or, le Procureur de la République à Lyon a classé sans suite le 5 octobre 2018, pour «infraction insuffisamment caractérisée » la plainte déposée par cette étudiante, ainsi que le signalement effectué par l'université. En l’absence du moindre fait probant, c'est donc bien cette suggestion de lecture d’une œuvre littéraire qui a conduit la section disciplinaire en avril dernier à conclure à un « harcèlement sexuel ».

 

 

Le jugement de cette section affirme que l’enseignant ne peut invoquer « le principe constitutionnel d’indépendance du chercheur » et « l’intérêt scientifique » de l’œuvre, compte tenu, dit-il, de « la réalité du contenu de l’ouvrage ». A l’appui, la section se déclare « contrainte à reproduire des extraits », considérés comme licencieux et comme relevant « d’une allusion sexuelle ». Ces extraits, accessibles à tous sur le site de l’université ont profondément choqué des enseignants de Lyon 2 et d’autres universités, car ils suggèrent qu’il s’agit d’un roman érotique, voire pornographique. Or il n’en est rien ! Rachid El Daïf est un auteur majeur de la littérature arabe actuelle, traduit en 16 langues, dont le français (chez le grand éditeur Actes Sud) et l’anglais (aux éditions de l’université du Texas). L’œuvre a été jouée au théâtre du Rond-Point à Paris en 2008, et en 2009 à Beyrouth. Un autre roman de R. El Daïf a été au programme de l’agrégation d’arabe en 2005. La même année, en Egypte, les imams d’Al-Azhar faisaient interdire l’étude à l’Université Américaine du Caire – pour les mêmes raisons de caractère ‘’licencieux’’ – d’un autre classique de la dénonciation des mœurs, le Pain nude Mohamed Chokri, traduit en français par Tahar Ben Jelloun ! Nous nous inquiétons vivement de voir une université française s’engager dans la même voie. Devant cette situation, un comité de soutien du professeur accusé s’est mis en place.

 

 

Il est triste que des professeurs, membres d’une université dont les liens avec le monde arabe et le Liban en particulier sont anciens et profondément ancrés sur les deux rives de la Méditerranée, n'aient pas pris la peine de s'interroger sur le contexte socio-politique et culturel de l'œuvre, et sur les problématiques des thèses en traduction et de leurs analyses de corpus linguistiques. Ici se pose pour eux une question de compétence dans une autre spécialité que la leur, et dont les conséquences pour le collègue concerné sont très lourdes. On craint en outre d’avoir à se demander si des préjugés anciens envers le monde arabe et sa culture n’ont pas joué un rôle. En tout état de cause, la littérature arabe mérite mieux.

 

 

Mais regardons la réalité. Qu’elle aille au diable Meryl Streep !dénonce la mentalité masculine de domination de la femme par l’homme. Là est la clé de l’œuvre : tous les poncifs de cette mentalité sont évoqués, sur fond politique de la première Guerre du Golfe et de la quête d’une modernité impossible, dans laquelle la relation entre femmes et hommes est centrale. Cette prise de position est exprimée avec une grande dureté. Le roman, qui a été comparé à un cri, décrit l’abus pédophile d’une petite fille par son grand cousin, un viol domestique et plusieurs viols conjugaux avec violences, parmi lesquels deux viols conjugaux de défloration perpétrés par le narrateur et par l’un de ses amis, juste après leur mariage, en toute bonne conscience : c’est pour eux un « droit » de l’époux. L'auteur va plus loin dans sa critique de mœurs, avec le long monologue du narrateur sur la virginité des femmes jusqu'au mariage, qui égrène les clichés les plus archaïques, et cite les représentations négatives du conte introductif des Mille-et-une Nuitssur les femmes. Sommes-nous exempts, en France, des  violences conjugales et de ces archaïsmes ?

 

 

Les deux passages pris inconsidérément comme exemples par le jugement relèvent pourtant de cette dénonciation. Le premier décrit un viol conjugal brutal, immédiatement suivi de l’exclamation « Quelle horreur ! », tronquée dans la citation du jugement. Le second est précédé d’une menace de violences et suivi de coups portés à l’épouse. Mais cette information n’apparaît que quelques pages avant et après les lignes citées... Il eût fallu tout lire. Une œuvre ne se réduit jamais à des extraits. Ernest Pinard, avocat général du procès de Madame Bovary, indiquait, le 29 janvier 1857, que se contenter de « passages incriminés » revient à «  étouffer le débat en restreignant le terrain de la discussion ». Il souligne l’importance de rechercher l’intention morale de l’œuvre. On ne saurait mieux dire ! Les collègues censeurs de Lyon 2 ont-ils vraiment saisi la portée sociale et politique de ce roman ? Ce qui inspire la répulsion et l’horreur, et la violence des hommes envers les femmes, n’ont rien d’une « incitation » ni d’une « allusion sexuelle ». Il s’agit au contraire de la dénonciation de pratiques hélas trop fréquentes, et pas seulement au Liban, pays où se déroule le roman.

 

 

Le jugement disciplinaire insiste sur « le caractère déplacé » de cette suggestion de lecture faite à une doctorante et sur ce qu’elle appelle « l’éclairage déterminant » qu’apporterait le roman de Rachid El Daïf. Cette conclusion, qui amène à mettre en cause l’honneur d’un enseignant est proprement choquante. Le Procureur de la République à Lyon a conclu à l’absence de faits réellement « susceptibles de constituer un harcèlement sexuel », comme dit le jugement de l’université. A défaut de tels faits, l'importance donnée à l'interprétation de ce roman, dont on vient de voir à quel point elle est fausse, pour en juger la seule « suggestion » comme une « allusion sexuelle », est effrayante. Si c’est le cas, il s’agit d’un procès d’intention, dont on peut sincèrement se demander s’il n’est pas fondé sur des préjugés.

 

 

Les signataires de cette pétition en appellent aujourd’hui à l’équipe présidentielle de Lyon 2 pour qu’elle prenne de toute urgence ses responsabilités dans ce dossier, vis-à-vis du collègue victime de cette censure, mais aussi envers ce grand auteur et son éditeur, et envers la littérature arabe.

 

 

Rédaction initiale par Rita Moucannas-Mazen,

 

professeure honoraire en Etudes arabes

 

 

POUR SIGNER LA PETITION :

 

Renvoyer ce texte avec un message d’accord de signature à l’adresse :

 

 

comitesoutien.professeurlyon2@gmail.com

 

 

Signataires de la pétition n°1 (Roman d’El Daïf) du Comité de soutien au 15/11/19

 

 

Au total, 24 signataires, dont 12 femmes.

 

La liste comprend à cette date :

 

. 1 professeur au Collège de France,

 

. 1 Inspecteur général honoraire d’arabe,

 

. 1 professeur ancien vice-président de l’INALCO (Institut National des Langues et Civilisations Orientales),

 

. 2 Directeur et directrice de recherche CNRS, dont 1 honoraire, ancien directeur du laboratoire auquel appartient le professeur mis en cause

 

. 11 (autres) professeurs des universités, dont 4 professeurs à l’étranger et 2 professeurs honoraires en Etudes arabes, et 1 professeure ancienne directrice du laboratoire auquel appartient le professeur mis en cause

 

. 2 Maîtres de conférences en Etudes arabes,

 

. Plusieurs chercheur(e)s, dont une en Italie

 

 

 

 Signataires de la lettre du Comité de soutien à Mme la Ministre de l’Enseignement

supérieur, de la Recherche et de l’Innovation au 20/11/2019 (plusieurs signatures attendues)

 

 

 

 Total des signataires au 20/11/19 = 21 dont 10 femmes.

 

La liste comprend à cette date :

 

. 1 Inspecteur général honoraire d’arabe,

 

. 1 professeur au Collège de France,

 

. 2 Directeur et directrice de recherche CNRS, dont un DR honoraire, ancien directeur du laboratoire auquel appartient le professeur mis en cause

 

. 9 (autres) professeurs des universités, dont 4 professeurs à l’étranger et 2 professeurs honoraires en Etudes arabes

 

. 2 Maîtres de conférences en Etudes arabes,

 

. Plusieurs chercheurs, dont une en Italie.

 

 

Signataires de la pétition n°1 (Roman d’El Daïf) du Comité de soutien au 15/11/19

 

 

Au total, 24 signataires, dont 12 femmes.

 

La liste comprend à cette date :

 

. 1 professeur au Collège de France,

 

. 1 Inspecteur général honoraire d’arabe,

 

. 1 professeur ancien vice-président de l’INALCO (Institut National des Langues et Civilisations Orientales),

 

. 2 Directeur et directrice de recherche CNRS, dont 1 honoraire, ancien directeur du laboratoire auquel appartient le professeur mis en cause

 

. 11 (autres) professeurs des universités, dont 4 professeurs à l’étranger et 2 professeurs honoraires en Etudes arabes, et 1 professeure ancienne directrice du laboratoire auquel appartient le professeur mis en cause

 

. 2 Maîtres de conférences en Etudes arabes,

 

. Plusieurs chercheurs, dont une en Italie

 

 

 

 

 Signataires de la lettre du Comité de soutien à Mme la Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation au 20/11/2019 (plusieurs signatures attendues)

 

 

 

 Total des signataires au 20/11/19 = 21 dont 10 femmes.

 

La liste comprend à cette date :

 

. 1 Inspecteur général honoraire d’arabe,

 

. 1 professeur au Collège de France,

 

. 2 Directeur et directrice de recherche CNRS, dont un DR honoraire, ancien directeur du laboratoire auquel appartient le professeur mis en cause

 

. 9 (autres) professeurs des universités, dont 4 professeurs à l’étranger et 2 professeurs honoraires en Etudes arabes

 

. 2 Maîtres de conférences en Etudes arabes,

 

. Plusieurs chercheurs, dont une en Italie.

 

 

 

 

Récapitulatif des témoignages écrits reçus au 15/11/2919

 

 

23 témoignages au total (tous de personnes sans lien de dépendance hiérarchique d’aucune sorte, ni de lien de parenté ou de vie commune), avec le professeur mis en cause dans le jugement disciplinaire de Lyon 2 en date du 9/11/18, dont :

 

. 15 femmes, incluant :

. 4 Professeures d’université, dont :

. 3 directrices d’unités d’enseignement et/ou de recherche à l’étranger (Liban, Suisse)

. 1 Maître de conférences, dont ce professeur a dirigé le mémoire de DEA et plus tard l’Habilitation à diriger des recherches.

. 1 responsable administrative du Laboratoire du CNRS/univ. Lyon 2, ENS-Lyon (UMR 5191) auquel appartient ce professeur

. 1 Inspectrice pédagogique régionale (IPR) d’arabe

. 1 traductrice assermentée près les tribunaux de Lyon

. 1 professeure agrégée et 1 professeure certifiée d’arabe

. 10 anciennes doctorantes ou étudiantes ayant travaillé avec M. Dichy

. 8 auteurs de témoignages hommes, incluant :

. 5 professeurs d’université, dont

. 1 directeur de Bibliothèque nationale (Maroc)

. 1 ancien vice-président de l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO) et ancien président du jury d’agrégation d’arabe

.  1 professeur émérite, précédemment directeur d’une grande équipe de recherche parisienne

. 1 directeur de recherche CNRS, ancien directeur du Laboratoire du CNRS/univ. Lyon 2, ENS-Lyon (UMR 5191) auquel appartient le professeur dont il est ici question

. 1 Maître de conférences

. 1 agrégé d’arabe, professeur de classes préparatoires, vice-président de l’Association

française des Arabisants (AFDA)

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