Bernard Jomier
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Billet de blog 30 nov. 2015

Réconcilier Ville, Santé et Environnement

Bernard Jomier
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Peut-on vivre en ville et en bonne santé ? La question n’a rien de nouveau mais l’actualité la remet sur le devant de la scène. D’un côté la ville est susceptible de faciliter notre accès à un grand nombre de biens et services, y compris sanitaires, qu’une trop grande dispersion des populations éloigne. De l’autre une urbanisation intensive et mal maîtrisée, par la concentration des êtres et des activités dont elle est synonyme, les caractéristiques de son bâti, la pollution… génère de nombreux problèmes de santé publique - dont beaucoup ont été trop longtemps sous-estimés voire ignorés. Les alertes se multiplient désormais à ce propos, depuis la mauvaise qualité chronique de l’air francilien ou l’affaire Volkswagen, jusqu’au cri d’alarme poussé récemment par la communauté médicale internationale s’agissant de bébés de plus en plus nombreux à naître « pré-pollués ».

Alors que débute la COP21, qui au-delà de la question du climat renvoie à notre capacité à mieux intégrer dans nos décisions les liens entre notre environnement et notre santé, et donc à protéger l’un et l’autre, le pas franchi par Paris est significatif. Le Plan de santé environnementale de Paris, en prolongeant et approfondissant des initiatives existantes aux niveaux local et national, fait figure de pionnier en France. A partir de huit facteurs de risques sanitaires majeurs, présents dans la capitale - pollution de l’air, des intérieurs et des sols, changement climatique et ses conséquences, substances chimiques dont les perturbateurs endocriniens, plomb et amiante, bruit - le plan parisien recense les moyens d’action existants et ceux qu’il nous faut développer. Le déploiement des solutions imaginées sur le territoire et au cours des cinq prochaines années y est priorisé et organisé. Des mesures concrètes pour réduire les inégalités sociales et territoriales de santé et une conférence annuelle de la santé environnementale pour la participation citoyenne, afin de mieux prendre en compte les attentes et le ressenti des habitants, sont également mises en place.

Qu’une Cité comme Paris agisse ainsi relève d’une double responsabilité. Responsabilité, d’abord et évidemment, vis-à-vis de ses habitants. Responsabilité aussi vis-à-vis de la métropole dans laquelle Paris s’inscrit et de la planète dans son ensemble, tant pour des raisons d’exemplarité que pour des raisons d’efficacité. Les villes sont ainsi responsables de 70% des émissions de CO2 mondiales ; un point qui démontre parmi d’autres l’importance de leur mobilisation sur ces dossiers et l’intérêt du Sommet des Maires pour le Climat que réunira Anne Hidalgo cette semaine. Reste que l’action en matière de santé environnementale devrait être ambitieuse et innovante à tous les niveaux de la puissance publique, alors que le sommet de l’Etat en France persiste à ne considérer le sujet qu’à la marge. Non seulement le gouvernement tarde à modifier les procédures de lutte contre les pics de pollution, ne serait-ce que pour donner davantage de compétences aux collectivités concernées. Mais aussi pour ce qui est de la prévention et du long terme : il ne consacre quasiment aucune ligne de son projet de loi « Santé », sur le point d’être adopté, à ces problématiques. Pire, les quelques amendements significatifs en la matière n’ont finalement pas reçu le soutien nécessaire à leur adoption. Une lacune difficilement compréhensible face à l’urgence à agir que nous connaissons. D’autant que les coûts d’une telle démarche, s’ils ne sont évidemment pas nuls, se révéleront bien moindres que ceux de l’inaction : comme le signalait il y a peu un rapport du Sénat, les conséquences de la pollution de l’air représentent à elles seules, chaque année, plus de 100 milliards d’euros pour notre pays.

La plupart de nos politiques publiques sont empreintes d’un profond cartésianisme qui organise, classe, sépare et finalement isole les éléments qui les composent. La méthode n’est pas sans intérêt, elle a permis le développement d’expertises particulièrement poussées dans de nombreux domaines. Elle souffre toutefois d’un défaut majeur en ce qu’elle rend difficile la confrontation, la coordination, l’articulation des dits éléments dès lors qu’ils relèvent de champs de compétences perçus comme éloignés les uns des autres. La santé n’échappe pas à la règle ; c’est précisément ce qui explique la difficulté qu’ont eu à émerger, jusqu’à aujourd’hui, les notions de santé environnementale et de démocratie sanitaire. Toutes deux sont pourtant de plus en plus incontournables à mesure que les interactions entre nos milieux de vie et notre bien-être s’avèrent de plus en plus complexes, et leur équilibre fragile. La Ville de Paris l’a compris et veut désormais en tirer toutes les conséquences, conformément au principe visant à instituer « la santé dans toutes les politiques » que porte le réseau Ville Santé OMS qu’elle a rejoint en 2015. La santé devient ainsi un déterminant de nos politiques publiques, et non plus une variable d’ajustement. Espérons que l’ensemble des pouvoirs publics en fassent rapidement de même.

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