Monsieur Le Président Macron, soyez véritablement humain

Macron et les réfugiés, la politique doit elle faire fi de toute valeur humaine dans le pays des droit de l'homme. La situation des réfugiés dans le nord de Paris est plus qu'un scandale, elle est une atteinte à l'idée même d'homme. Ce texte est un cri d'alarme, une alerte face à la barbarie de l'Etat.

 

.MONSIEUR LE PRESIDENT MACRON, SOYEZ DONC VÉRITABLEMENT HUMAIN.

 

En novembre 2016 suite à l’évacuation de réfugiés installés sous les poutrelles du métro de Stalingrad et à la destruction du camp de Calais, plusieurs milliers se sont déplacés et installés Porte de la Chapelle dans l’espoir de trouver une place dans le premier centre d’accueil de Paris crée par Madame Hidalgo. Porte de la Chapelle un nom qui évoque un message de paix et de solidarité, un lieu œcuménique de dialogue et de rencontre. Cet imaginaire se heurte à la réalité présente, celle d’un site qui renvoie à la guerre plutôt qu’à la paix et aux valeurs de chrétienté, un lieu de désespérance et de malheur.

 

Des milliers de réfugiés se voient obligés d’y vivre dans des conditions inhumaines dont les pouvoirs publics portent la responsabilité en ajoutant à la misère humaine des dispositifs spatiaux qui visent à annihiler toute capacité de survie. À l’entassement des populations contraintes à la promiscuité et à la saleté s’ajoute l’entassement des rochers, qui constituent une forteresse, un barrage d’épis, entassement organisé de manière intentionnelle pour décourager toute occupation. Les réfugiés sont traités au sens propre du terme comme des vagues déferlantes dont il faut se protéger. Et comme sur les plages, ces rochers urbains, ces épis constituent des endiguements pour lutter contre les flux et les vagues migratoires. Les géomorphologues savent bien que ces systèmes de défense loin d’endiguer le mal ne font qu’amplifier les menaces.

 

En effet les réfugiés dans leurs parcours vivent au travers des barbelés et des frontières qu’ils doivent franchir. Ces épis ne peuvent les dissuader de leur volonté d’accéder au centre d’accueil dont la capacité en termes d’hébergement est très insuffisante au regard de la problématique des migrations dont les facteurs sont multiples (environnementaux, économiques, politiques) et liés à la mondialisation des problèmes. Les réfugiés n’ont d’autre choix alors que de s’installer dans les interstices laissés par ces barrages, dans des conditions effroyables et inimaginables, à même le sol, parfois même sans sac de couchage pour se prémunir contre la dureté des roches. Ce paysage de guerre, c’est aussi celui avec lequel les habitants et les résidents à proximité doivent se familiariser et s’habituer, et cela depuis des mois.

 

Cet entassement « réglé » vise à enfouir le problème et avec lui, la question des réfugiés, à l’instar des rats qui d’ailleurs sont leurs compagnons d’infortune. Les rats pullulent entre les rochers et les immondices d’ordures et de déchets, conséquences aussi de l’insuffisance (parfois de l'absence) de sanitaires et de points d’eau. Le rat est le compagnon du réfugié, comme lui il s’assemble, constituant des hordes. Je ne peux m’empêcher de penser, même si la comparaison paraîtra à certains outrée, à la BD «Maus » de Art Spiegelman, où les juifs sont figurés comme des souris. Ces populations, noires pour la plupart, sont traitées comme des sous hommes. Porte de la Chapelle est devenue ce « bestiaire insolite » qui exprime l’indicible, la violence nue et brutale exercée à l’égard de populations vulnérables. L’homme y est réduit à une « pure vie nue » au sens du philosophe Giorgio Agamben.

 

En refusant de reconnaître l’existence des réfugiés, de leur humanité et de leur personnalité au sens biblique du terme, pire en instrumentalisant la République et ses valeurs et en feignant de se reposer sur l’image tronquée de la France, pays des droits de l’homme, le pouvoir et son chef nouvellement élu entérinent une situation de violence à l’égard d’autrui qui encourage les citoyens à l’indifférence et à l’incivisme ( les propos du ministre de l’intérieur sont de ce point de vue explicites), voire même à la non-assistance à personne mise en danger par l’État. Comment se sentir homme soi-même, face à la présence de l’inhumain et un exercice de la violence dont les rochers sont un indice parmi d’autres ? La présence des réfugiés qui ajoute un surplus de misère à des quartiers déjà défavorisés et stigmatisés (le Nord de Paris) dans l’indifférence des pouvoirs publics conduit à banaliser le mal. Une banalisation qui conduit à la fois à justifier l’impuissance à agir et à pointer, dans un raisonnement paradoxal, les centres d’accueil comme les causes du mal. Une inversion des causalités qui fait apparaître toute amélioration des conditions d’accueil comme une menace majeure. Cette erreur de jugement est tragique, elle entretient le mépris et le manque de respect à l’égard de l’étranger mais aussi de soi dans l’impuissance que l’on a à agir pour le vivre ensemble.

 

Monsieur le Président, vous qui vous considérez comme disciple du philosophe Ricœur, soyez en ces circonstances vous-même philosophe, agissez comme votre maître au nom d’une éthique sociale et chrétienne qui refuse l’indifférence envers autrui et pour qui la reconnaissance de soi implique la reconnaissance de l’autre. Vous qui aimez citer les auteurs, pensez à son livre Soi-Même comme un Autre qui plaide une forte articulation entre politique et morale. Vous savez bien que la politique n’est pas seulement une affaire de raison, d’expertise, de technique froide de management et de bio-régulation des populations (la maîtrise des flux). Que l’affect tout comme le vécu au sens existentiel et phénoménologique du mot y ont leur place de même que la mémoire et l’histoire passée des mouvements migratoires. Vous avez eu les paroles, il est urgent que vous montriez par des actes que vous savez réagir face aux réfugiés, en homme sensible et non seulement en politicien. La politique a besoin d’affect et d’affection, elle ne peut s’en passer car la raison froide et instrumentale ne suffit pas à l’action et peut même la détourner du sens, des valeurs et des principes qui en toute circonstance doivent l’orienter.

 

B.Kalaora, Président de Littocean. Socio-anthropologue à l’EHESS.

 

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