Bernard Kuntz
Retraité de l'éducation
Abonné·e de Mediapart

10 Billets

0 Édition

Billet de blog 9 janv. 2015

LE " TROMPE-COUILLON ECOLOGIQUE".

Bernard Kuntz
Retraité de l'éducation
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

S'il est un point commun à de nombreux individus, c'est la réaction d'aigreur que peut provoquer le sentiment d'être ostensiblement pris pour un crétin. C'est là, précisément, ce que ne peut manquer d'éprouver tout citoyen, à l'audition des fariboles proférées par le Pouvoir et les "zélus" lorsqu'ils s'expriment sur  l'écologie.

Qu'on en juge plutôt.

Escorté du pétulant Nicolas Hulot, convoqué là entre une séance de kitesurf et un vol en hélicoptère, le président de la République a tenu à proclamer sa conversion aux impératifs de préservation de l'environnement, à l'approche de la conférence internationale sur le climat, à Paris, en Décembre 2015. «Nous devons entraîner le monde pour qu'il puisse adopter une déclaration pour les droits de l'humanité pour préserver la planète», a-t-il déclamé lors de ses vœux... "Non mais, allo quoi !?..."

Le 17 décembre 2014, le "très à gôôôche" Manuel Valls, premier ministre de Monsieur Hollande, avait affirmé que le projet d'aéroport de Notre Dame Des landes était "nécessaire pour le développement de Nantes et de son agglomération, et plus globalement celui de l'Ouest de la France et des deux régions les plus directement concernées: les Pays de la Loire et la Bretagne". Le 5 janvier, à peine quelques jours après l'annonce, à grands flonflons, de ses bonnes intentions climatiques et environnementales, rebelote :  Monsieur Hollande affirme : " le projet [ d'aéroport à NDDL] sera lancé après l´épuisement des recours. " Ces  propos contiennent un double aveu : contredisant effrontément ses déclarations de rentrée, Monsieur le président montre ainsi qu'il considère ses concitoyens comme des demeurés, tout en reconnaissant implicitement que la justice est à la botte, puisqu'il en annonce  les décisions à l' avance.

Tel un serpent, le Pouvoir a la langue bifide. D'un côté, pour la galerie, il affirme son attachement à l'écologie, tandis que de l'autre,  par des déclarations ponctuelles, et, surtout, par son action, il infirme ses beaux discours de la veille.

Il en va de même pour le reste du gouvernement. A tout seigneur tout honneur, évoquons ici Monsieur Vallini, ancien président du conseil général de l'Isère et actuel secrétaire d'Etat à la réforme territoriale. Dans un article choc publié par le Dauphiné Libéré, le suzerain bétonneur de l'Isère vitupère et déplore " des réglementations trop lourdes et des procédures trop longues qui permettent d’entraver des projets portés par des élus du suffrage universel ". A l'éternelle chanson des "zélus", il joint un autre refrain : il affirme qu'il est "en lien permanent avec sa collègue au gouvernement, Ségolène Royal, « qui connaît bien les Center Parcs puisque sa Région Poitou-Charentes participe financièrement à celui qui ouvrira au printemps prochain dans la Vienne>>".  Manque de chance : sans feinte "bravitude", et peu désireuse de servir de caution à n'importe qui ou n'importe quoi, Dame Royal le  recadre dans l'émission "Le Grand Jury" du 4 décembre. Petit florilège :  "Ce projet, (celui du Center Parcs de Roybon), aurait dû être conduit autrement"." La commission d’enquête a émis un avis négatif pour 12 raisons... vous m’entendez... 12 raisons environnementales, l’enquête n’a pas été respectée, n’a pas été prise en considération". "le TA et la commission d’enquête (...) disent que la "loi sur l’eau" n’a pas été respectée". Répondant à la plainte de Vallini, qui s'estime brimé dans ses entreprises par la réglementation, elle ajoute : "Je suis bien placée pour ne pas accepter les accusations : << on ne peut plus construire en France>>," <<L’environnement est un frein en France>>." En d'autres termes : s'il y a le "chambard dans les Chambaran", c'est la faute du sieur Vallini et de la kyrielle de "zélus" qui le soutiennent bêtement dans sa pompe et ses œuvres.

Et il est vrai que le Conseil Général de l'Isère, toutes tendances confondues à l'exception notable des "Verts", plébiscite, aujourd'hui encore, et malgré l'enquête publique et les décisions de justice, le massacre de la forêt  roybonnaise. Par ailleurs, le Conseil Régional, sous l'égide de Monsieur Queyranne, a refusé, le 12 décembre 2014, et par 87 conseillers contre 58, de réaffirmer le soutien de la région au projet. Mais les "zélus" de l'Isère, bardés de bleu-blanc-rouge et de rancœurs, poursuivent leurs imprécations à l'encontre des zadistes, exactement comme ceux du secteur de Notre Dame des Landes, qui, selon René Leblanc (*), conspuaient "les activistes radicaux qui justifiaient des déploiements massifs de forces de l'ordre", en novembre 2012.

Cette "fermeté" eut un résultat : en octobre, éclata le drame de Sivens. Il fut suivi, le 24 novembre, de cette déclaration de Dame Royal à l'assemblée nationale : « le projet doit se réaliser d’une manière ou d’une autre »...

Autant dire qu'en matière d'environnement, les "zélus" et le Pouvoir en France , c'est la cour du roi Pétaud : "On n'y respecte rien, chacun y parle haut". Comme au temps de Molière, Dame Pernelle n'y comprendrait goutte... Mais pendant ce temps là, ce sont  plus de cent Grands Projets Inutiles, selon France Nature Environnement, qui s'apprêtent à ravager le territoire national. Et l'on ne peut que rester songeur, lorsque l'impayable Monsieur Vallini affirme que la France ne serait plus la France s'il ne pouvait plus la bétonner.

En décembre 2015 se tiendra, à Paris, la conférence internationale sur le climat et le réchauffement de la planète. Gageons que les "zélus", Monsieur Vallini en tête, auront à cœur de s'y faire admirer, parés d'une virginité environnementale toute de candeur et de lin biologique blanc.

On voudra bien pardonner ma vulgarité si j'affirme, en toute sincérité, qu'ils ne nous auront pas, avec leur "trompe couillon" écologique!

                                                                                                                             Bernard Kuntz

* : René Leblanc. Vol sur Notre Dame Des Landes. Ed. du Ronceray 2014.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Santé
Comment le CHU de Bordeaux a broyé ses urgentistes
Les urgences de l’hôpital Pellegrin régulent l’accès des patients en soirée et la nuit. Cela ne règle rien aux dysfonctionnements de l’établissement, mettent en garde les urgentistes bordelais. Épuisés par leur métier, ils sont nombreux à renoncer à leur vocation.
par Caroline Coq-Chodorge
Journal
Force ouvrière : les dessous d’une succession bien ficelée
À l’issue du congrès qui s’ouvre dimanche, Frédéric Souillot devrait largement l’emporter et prendre la suite d’Yves Veyrier à la tête du syndicat. Inconnu du grand public, l’homme incarne, jusqu’à la caricature, le savant équilibre qui prévaut entre les tendances concurrentes de FO.
par Dan Israel
Journal
« Travail dissimulé » : la lourde condamnation de Ryanair confirmée en appel
La compagnie aérienne a été condamnée, en appel, à verser 8,6 millions d’euros de dommages et intérêts pour « travail dissimulé ». La firme irlandaise avait employé 127 salariés à Marseille entre 2007 et 2010, sans verser de cotisations sociales en France. Elle va se pourvoir en cassation.
par Cécile Hautefeuille
Journal — Social
En Alsace, les nouveaux droits des travailleurs détenus repoussent les entreprises
Modèle français du travail en prison, le centre de détention d’Oermingen a inspiré une réforme du code pénitentiaire ainsi qu’un « contrat d’emploi pénitentiaire ». Mais entre manque de moyens et concessionnaires rétifs à tout effort supplémentaire, la direction bataille pour garder le même nombre de postes dans ses ateliers.
par Guillaume Krempp (Rue89 Strasbourg)

La sélection du Club

Billet de blog
par Bésot
Billet de blog
Le service public d’éducation, enjeu des législatives
Il ne faudrait pas que l’avenir du service public d’éducation soit absent du débat politique à l’occasion des législatives de juin. Selon que les enjeux seront clairement posés ou non, en fonction aussi des expériences conduites dans divers pays, les cinq prochaines années se traduiront par moins ou mieux de service public d’éducation.
par Jean-Pierre Veran
Billet de blog
Destruction du soin psychique (2) : fugue
Comment déliter efficacement un service public de soins ? Rien de plus simple : grâce à l'utilisation intensive de techniques managériales, grâce à l'imposition d'un langage disruptif et de procédures conformes, vous pourrez rapidement sacrifier, dépecer, puis privatiser les parties rentables pour le plus grand bonheur de vos amis à but lucratif. En avant toute pour le profit !
par Dr BB
Billet de blog
Ce qu'on veut, c'est des moyens
Les salarié·es du médicosocial se mobilisent à nouveau les 31 mai et 1er juin. Iels réclament toujours des moyens supplémentaires pour redonner aux métiers du secteur une attractivité perdue depuis longtemps. Les syndicats employeurs, soutenus par le gouvernement, avancent leurs pions dans les négociations d'une nouvelle convention collective avec comme levier le Ségur de la santé.
par babalonis