DIEU EST-IL POUR CENTER PARCS ?

                                                 

 

      A quelques lieues du village de Roybon, se trouve l'abbaye cistercienne de Chambaran, nichée entre des collines boisées, reflétant son imposante toiture dans le miroir d'un bel étang. Parcourant le chemin qui longe, un instant, ce lieu de prière et de recueillement, j'eus la surprise d'y découvrir, accroché à une fenêtre, un blanc drapeau portant l'inscription "Oui, au Center Parcs". (Voir la photo.)

      Passé un moment de dépit, il me vint à l'idée qu'il y avait peut-être là matière à réflexion : Dieu serait-il pour Center Parcs ?...

      Et je dus reconnaître qu'une telle interrogation n'était pas dénuée de sens. Qui d'autre que Dieu, en effet, aurait bien pu, lors de quelque lumineuse pentecôte, unir presque tous les "zélus", qu'ils se disent d'extrême droite, de gauche, de droite ou du centre, autour d'un si miraculeux projet?! Qui d'autre que la blanche colombe de l'Esprit Saint, descendue un beau soir sur la salle des fêtes de Saint Etienne de Saint Geoirs, aurait pu insuffler à ce monde ordinairement si divisé, le désir effréné d'une telle communion ?

      Ajoutons à cela que de nombreux signes accompagnent cette révélation. Par exemple : jusqu'à ce jour, un grand mystère régnait à propos des deux voitures, à la façon d'un buisson ardent, qui brûlèrent lors des premières manifestations favorables à la ZAD. Personne n'étant, semble-t-il, à l'origine du sinistre, il faut bien en conclure que le feu divin s'était abattu sur les véhicules, pour punir les hérétiques de leur hostilité impie au céleste dessein. Mêmes cause et effet pour les jeunes zadistes rossés dans de mystérieuses circonstances. Nul n'étant reconnu coupable de ces hauts faits, il ne reste plus que l'ange exterminateur. Dieu toujours, vous dis-je !

      Nul doute, dès lors, que le bûcher céleste avait allumé quelque bouteille d'essence, un soir d'hiver, pour incendier une cabane à l'entrée de la ZAD. Cette dernière s'avérant susceptible de contenir des occupants, il ne pouvait s'agir que d'une préfiguration de l'enfer qui menace les opposants à Center Parcs.

      Mais plus : voici quelques jours, le même feu a ravagé une partie de la Marquise, encore occupée par les hérétiques. Dans la grande probité qui la caractérise, la presse locale, en toute objectivité, s'est même discrètement demandé si un tel sinistre pouvait avoir une cause autre qu'accidentelle... La réponse est désormais évidente: Dieu a continué à manifester ainsi sa très sainte colère.

      Vous ne me croyez pas ? Mais par quel prodige, sinon divin, les pompiers auraient-ils mis, si l'on en croit la ZAD, une heure à parcourir les quelques arpents qui séparent leur caserne de la  Marquise? Ils ne pouvaient qu'avoir été désorientés au point de se perdre en route, tel le peuple élu, à qui Dieu avait déjà fait le coup pendant quarante ans...

      On me dira que le Saint Père exhorte les humains à ne point ravager la planète. Mais justement, non loin de l'office du tourisme roybonnais, une banderole bien inspirée affirme que Center Parcs, c'est le respect de l'environnement. Donc, Center Parcs, c'est l'expression de la volonté divine ! La même qui, dans sa mansuétude, pourrait bien, dans le secteur de Roybon,  multiplier miraculeusement les zones humides comme pains et poissons, pour permettre à Pierre -(sur qui Dieu bâtira son Center Parcs)-  et Vacances de "respecter" la loi.

      S'il advenait que la justice ait les yeux enfin dessillés par l'opération de l'Esprit Saint, elle autorisait vite le massacre de deux cents hectares de forêt pour le plus grand profit de Pierre et Vacances. A moins que Dieu ne se charge lui-même du boulot. Il ne resterait à la miséricordieuse République,  que la lourde tâche d'évacuer, comme à Sivens,  les hordes sauvages et surarmées de la ZAD...

      Ainsi serait consacré le triomphe d'une nouvelle alliance : celle de Monsieur Brémont, de la matraque et du goupillon. Monsieur le Maire de Roybon pourrait alors faire de son village un haut lieu de pèlerinage, et brandir un nouveau slogan: " A Roybon, c'est Prière et Vacances ".

      Amen.

 

 

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