Les hommes qui n'aimaient pas les vieux.

Quand un gouvernement s'en prend injustement aux retraités.

 

Messieurs Macron, Philippe, Lemaire et Darmanin se clament ardents réformateurs, arguant de leur élection et/ou de leur nomination à cette fin. Si l’on en réfère au Littré, le mot « réforme » signifie un « changement en bien », ou la mise en place d’ « une forme meilleure»…

Parmi les « formes meilleures » promises ou d’ores et déjà actées à coup d’ordonnances, le grignotage du code du travail, l’inversion de la hiérarchie des normes, la diminution généralisée des dotations de l’Etat, le blocage du point d’indice pour les fonctionnaires, la baisse de l’Aide Personnalisée au Logement, la hausse exponentielle des prix des carburants et de l’énergie, la promesse d’une retraite à points qui se traduira immanquablement par une baisse drastique du montant des pensions ainsi que par un allongement de la durée des cotisations.…  Et, pour faire bonne mesure, la nouvelle loi de finances imposera dès janvier 2018, l’augmentation de 1,7% de la CSG sur les retraites, sous couvert de solidarité envers les jeunes générations.  Le sabir mensonger de nos politiciens relève de la novlangue orwellienne, car la féroce boulimie fiscale, vêtue de probité candide et de lin blanc, se répand en patenôtres doucereuses.

En matière de solidarité, Monsieur Macron s’y entend : ne réserve-t-il pas toutes ses attentions à Monsieur Gattaz et à ses collègues, qui n’ont bénéficié, les pauvres, que de quelques dizaines de milliards pour rémunérer dignement leurs actionnaires sans créer aucun emploi ? Toujours plein de générosité à l’égard des plus défavorisés, le ci-devant « Jupiter » veut aussi supprimer l’impôt sur la fortune.  Et comme son orageux désir de justice sociale lui suggère de s’en prendre aux retraités, (« plus riches que les jeunes »), nous allons bénéficier, nous autres pensionnés, d’une belle « réforme » destinée à une nouvelle abrasion de notre pouvoir d’achat.

En vérité, ce que Monsieur Macron et ses compères détestent par-dessus tout, ce sont les vieux !... Les vieux sont la quintessence de tout ce qui fait tache dans leur monde idéal. Les vieux sont des « fainéants », puisqu’ils ne travaillent pas. Les vieux sont inutiles, puisqu’ils ne produisent pas. Les vieux sont nuisibles, puisqu’ils vivent sur le dos de ceux qui travaillent. Les vieux sont ignares, puisqu’ils ne comprennent rien à l’avenir. Les vieux sont des privilégiés puisqu’ils sont prétendument moins frappés par la pauvreté que les jeunes. Les vieux coûtent cher, puisqu’ils deviennent de plus en plus vieux…

On nous répliquera que Monsieur Macron avait annoncé ce mauvais coup avant son élection. On nous dira aussi, puisque les vieux manifestent le  28 septembre, que « la démocratie n’est pas la rue ». Mais cet argumentaire manque d’étoffe : les mesures annoncées au détriment d’une minorité indiffèrent toujours, voire réjouissent, ceux qui n’en font pas partie. Les retraités sont moins nombreux que les autres catégories de Français réunies: ils n’avaient donc aucune chance de barrer la route, par les urnes, à ce mauvais coup. De plus, ils ne peuvent pas se mettre en grève. Bref : pour reprendre une autre bonne parole de notre président, ils « ne sont rien ». Ils ne sont que l’exutoire idéal : c’est pourquoi on peut impunément les racketter.

Cette stratégie, qui consiste à dresser les catégories sociales les unes contre, relève de la forfaiture. De plus, s’en prendre aux vieux comme dérivatif du mal-être des jeunes, les désigner à l’opprobre et les rançonner, bref, s’en servir comme boucs émissaires, tout cela émet de sinistres relents et laisse mal augurer de ce qui va s’ensuivre…

 

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