ROYBON : CONTES DE NOËL ET COMPTES DE PERRAUD

Esbaudi, peut-être, par les décorations multicolores et scintillantes, qui, certes, valent mieux que les banderoles qu'il laisse pendouiller un peu partout, monsieur Perraud, maire de Roybon, semble croire encore au père Noël. En ces circonstances, le charme de la naïveté, réelle ou simulée, n'opère plus.

Le tribunal administratif de Grenoble a rejeté l'arrêté préfectoral de l’Isère n° 2014-276-0015 en date du 3 octobre 2014, et portant autorisation, au titre de l’article L-314-3 du code de l’environnement, à la création du Center Parcs du domaine de la forêt de Chambaran, commune de Roybon. Monsieur Perraud explique, dans la foulée, que ça ne change rien, que l'on peut, en toute quiétude, continuer à ravager le bois des Avenières!! Non, monsieur le maire, le compte n'y est pas.

En effet, répétons-le : La légalité du défrichement, qui avait préalablement fait l’objet de l’arrêté préfectoral final en date du 22 décembre 2011, était soumise à deux conditions essentielles et absolument nécessaires, sous la forme des deux arrêtés préfectoraux ultérieurs: celui concernant la destruction d'espèces protégées et celui au titre de la Loi sur l’eau. Si l’une des deux conditions est manquante, le défrichement ne peut pas avoir lieu. Il s'ensuit, et fort logiquement, que la suspension de l'arrêté au titre de la loi sur l'eau a bel et bien sonné le glas du massacre de la forêt, contrairement à ce qu'affirment les contes de monsieur Perraud. La meilleure preuve de cette réalité réside dans le fait que la société Pierre & Vacances-Center Parcs a annoncé, mercredi 23 décembre, un pourvoi en cassation auprès du Conseil d’Etat, pour contester la suspension : si ses responsables pensaient vraiment que la poursuite du défrichement était légale, auraient-ils agi ainsi ?

Pendant ce temps, monsieur Perraud continue à proclamer qu'il entend respecter la démocratie. Mais peut-on encore porter foi à ses propos, lorsqu'il nie les décisions de justice et en appelle aux forces de l'ordre pour faire expulser, en plein hiver et manu militari, les occupants d'une maison forestière abandonnée, située hors du chantier où il veut obstinément imposer sa "bulle tropicale", ses parkings et ses mille   bungalows ?

Monsieur le maire de Roybon, monsieur le PDG de Pierre et Vacances, monsieur le secrétaire d'Etat à la réforme territoriale, nous vous appelons solennellement à la raison : votre projet, mal construit et nuisible, lors même que vous entendez toujours l'imposer dans une précipitation insensée, est un échec; renoncez-y. Les opposants à Center Parcs, quel que soit collectif auquel ils appartiennent, ne sont nullement responsables de vos erreurs. Ne cédez plus à la tentation de la violence et calmez vos "troupes", civiles ou militaires, avant qu'il ne soit trop tard.

Cendrillon a troqué sa pantoufle de vair contre des bottes en caoutchouc. Barbe Bleue et le grand méchant loup, armés de tronçonneuses, se cachent dans la forêt de la Belle au Bois Dormant, pour dévorer le Petit Poucet et le Chaperon Rouge. Grâce à Center Parcs, le bois des contes de Perraud recèle, aujourd'hui, plus d'épouvante que de f éérie. Vidons-le de ses prédateurs !

                                                                                                                                                      

                                                                                                                                                       Henry Giroud. Bernard Kuntz.

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