Il est temps de choisir les nôtres

Et si les « affaires » cachaient mal la forêt ? Si elles n’étaient qu’un signe de plus de nos renoncements, de notre passivité démocratique ? La forêt d’un monde voué à la consommation des biens inutiles, des buissons de temps morts, des abandons de souveraineté – sur nos corps, nos parts de cerveaux...

Et si la démocratie n’était plus aujourd’hui que le masque posé sur l’histoire des peuples, tous ceux qui tentèrent de changer le monde en 1789, 1848, 1870... Le masque grimaçant d’un monde abandonné de l’espérance. Mrs Thatcher, Mr Reagan, Mr Bush and Mr Bush junior, et tous leurs affidés d’Europe ou d’ailleurs n’ont-ils pas modelé le monde d’aujourd’hui, et celui de demain si nous laissons œuvrer la scie des mauvais bûcherons ?

Car il y a des branches à couper : les élancements de l’argent fou, les profits du tronc pourri de la spéculation, les racines de la corruption qui plongent loin dans la terre, la terre désertée (il y faudra plus que des comités machins), privatisée de ceux qui travaillent pour de maigres récoltes.

Sortir de la Caverne des mensonges

Est-ce la fin d’un Moyen Age comme le pense parfois Edgar Morin, et qu’une Renaissance sera au bout de la nuit  où toutes les âmes sont grises. Qu’attendent-ils, les thuriféraires du Capital ? Que le désespoir des sacrifiés conduira à vouloir un chef, un chef qui choisira ses boucs émissaires, de préférences étrangers, les mènera sur le chemin d’une vengeance expiatoire ? Faut-il, comme le pense Bernard Stiegler, s’attendre à ce qu’au bout de ce chemin se lèveront les partisans d’une idéologie raciste, xénophobe, qui séduisant les uns et stigmatisant les autres fera mine de changer tout pour ne rien changer ? Faut-il penser avec Alain Badiou qu’il y a quelque chose de pourri au royaume du « capitaloparlementarisme », et que la démocratie n’est plus que le leurre d’une histoire jadis portée par les Lumières, par les luttes ouvrières du XIXe siècle et du XXe, les combats des résistants qui sauvèrent l’honneur d’un pays médusé par le pétainisme... ?

Il y a quelques décennies dans la mouvance du grand chambardement de mai 68, un certain Maurice Clavel, "gauchiste inspiré" appela au « soulèvement de la vie ». N’est-il pas temps d’appeler au soulèvement des consciences, non dans l’abêtissement des haines recuites mais dans la fidélité à l’utopie, celle d’un avenir où des hommes responsables choisiront leur destin, où des femmes libres seront libres d’être ce qu’elles veulent être, où des enfants ne seront plus les soldats des causes infâmes, où la Nature sera la pourvoyeuse de beauté, de nourritures et non le dépotoir des fantasmes consuméristes et de leurs déchets. Utopie, oui. Espérance, oui. Soulèvement des consciences et sortie de la Caverne des mensonges, sortie que le système infernal du profit interdit.

Cherchons le « commun », ce qui unit, ce qui fédère sans l’aveuglement d’un chef providentiel et de ses faux amis. Souvenons nous de cette histoire : « Lorsque le bûcheron pénétra dans la forêt avec sa hache, les arbres se dirent : ne nous inquiétons pas, le manche est des nôtres. » Il est encore temps de choisir les nôtres.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.