Marseille : Du Tour de France au Tour des plages.

 

 

Ce matin, le journal La Provence faisait sa une de deux événements : le Tour de France, qui arrivera à Marseille sur l’Esplanade de la grande plage du Prado, et la fermeture des plages en raison d’une contamination d’ « origine humaine ».

À vrai dire, le Tour a très rarement terminé une étape à Marseille mais la pollution des plages est au rendez-vous chaque année.

Cette fois encore, il faut se méfier de la façon dont les faits sont expliqués par la presse locale.

Un sous-titre indiquait : « La sur-fréquentation de l'eau et le vent entrant étaient les raisons de cette fermeture ».

Un peu plus bas, cependant, le journaliste donne la parole à Didier Réault, conseiller municipal UMP, délégué à la Mer, au Nautisme et aux Plages, "le taux d'escherichia coli (une bactérie intestinale) était à 7 000 au lieu de 1 000 à la plage des Catalans ce matin, une enquête de la SERAM (Société d’Exploitation du Réseau d’Assainissement de Marseille) est en cours".

La SERAM, c’est la société délégataire du service public de l’assainissement de la Communauté urbaine de Marseille, filiale de Suez Environnement.

Ne vous laissez pas emporter par la fameuse publicité télévisée. À Marseille, il est périlleux parfois de se rendre là où Suez voudrait bien nous emmener !

Mais Réault n’était pas l’élu le plus compétent à interviewer.

Car, le délégant, c’est la Communauté urbaine de Marseille avec, à sa tête, Eugène Caselli, candidat à la primaire socialiste pour la mairie, et la présidente de la Commission AGER[i], Martine Vassal, un outsider UMP à la succession de Gaudin.

Il faut savoir que, dans cette bonne ville, un des piliers indiscutables de la cogestion PS UMP, c’est la promotion tous azimut des PPP[ii], en particulier sous la forme de délégations de services publics[iii].

Les contrats actuels de DSP pour l’eau (Veolia par sa filiale la SEM) et l’assainissement (SERAM) se terminent le 31 décembre de cette année.

Caselli et Gaudin ont fait voter au canon l’adoption de la « mise en concurrence » de nouvelles DSP et des principes flous sur les cahiers des charges. Je reviendrai là-dessus.

Mais aussi, au mois de juin de l’année dernière, ils ont fait adopter des protocoles de fin de contrat avec ces deux sociétés, où il n’est pas mentionné le contrôle par le délégant des obligations contractuelles des délégataires pour renouvellement des canalisations , et ce, depuis le départ, en 1960.

Un audit de 2009, commandé à Finance Consult et Cabannes Associés avait bien pointé cette question à partir des énormes provisions (62,1 millions d’€) pour gros renouvellement constituées par la SEM.

Revenons à l’assainissement et à la SERAM.

Bien sûr, les égouts ou les usines de retraitement sont en cause. Bien sûr, le renouvellement et les réparations sont rarement préventifs pour des raisons de calcul économique et jamais évalués par le délégant.

Où se trouve la frontière entre le laisser-faire et la connivence, dans l’opacité, celle-là, bien entretenue, où nous tiennent les baronnets qui gouvernent la vie quotidienne marseillaise ?

La Communauté urbaine reste volontairement, comme chaque année, à la merci des délégataires, puisque les politiques ont rendu, au fil des ans, les services dans l’incapacité structurelle de vérifier autre chose dans ce domaine que les additions et les soustractions des comptes biaisés que ces sociétés veulent bien rendre. Ainsi, l’enquête sur ces débordements est confiée au responsable, la SERAM !

Les familles marseillaises des quartiers populaires se voient encore un fois privées du seul service public gratuit dispensé par la Communauté urbaine. Mais, puisque le prix de ces privations est incalculable, calculons donc uniquement le profit que, selon Bernardi, président du groupe socialiste à la CUM, ces sociétés méritent bien !

Il est vrai que le trajet pour les plages est long depuis les cités où elles sont parquées, et que des nuées de contrôleurs de la régie des transports RTM, dont Karim Zeribi, député européen EELV, est le président, les attend, au terminus du bus, tout près de la mer, carnets de contraventions à la main.

 


[i] Agglomération écoresponsable !

[ii] Partenariat public-privé

[iii] DSP

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