Quelles leçons peut-on tirer de l'élection présidentielle de 2012 ?

Nous sommes à un an des élections présidentielles, mais la France est en émoi. Chacun y va de son affirmation pour expliquer le phénomène Le Pen.

Dans les débats, l’on enregistre ça et là  « absence de confiance dans la classe politique », « la désaffection qui entraîne l’écroulement de la participation ». Or, la participation a ses règles, et se divise elle-même en participation structurelle et conjoncturelle. La première veut que l’on vote plus pour une présidentielle que pour une élection européenne. L’être humain connaît la valeur des choses. Pour se déplacer, il faut qu'il en comprenne la raison. Il n’y a pas un gouvernement européen, pas d’opposition… cela n’est pas dans nos habitudes… et à partir de là, il va voter ou il part à la pêche.

Pour les élections présidentielles, l’on se déplace à plus de 80 %. Ce pourcentage baisse à 77,6 % en 1969. L’on votait alors pour Alain Poher ou Georges Pompidou. L’on venait de perdre le Général de Gaulle. Il s’agissait dans ce cas d’une baisse conjoncturelle.

Dans les élections législatives, on trouve un vote structurel autour de 80 % des suffrages, mais elles sont très sensibles à la conjoncture, surtout quand elles suivent de près une élection présidentielle. L’élection de François Mitterrand, en 1981 (81,1 %), a été suivie d’une législative avec 70,9 % de participation. Pourquoi se déplacer si l’on avait voté pour le Président sortant : Giscard d’Estaing ? le socialiste avait gagné. On parlait de la gauche depuis les législatives de 1978, et c’était là que, pour la première fois, le Parti Socialiste avait dépassé le Parti Communiste (de peu, mais c’était symbolique). Autre effet conjoncturel sur les législatives de 1958 et 1962 (participation 77 % et 68,8 %). L’on ne voulait plus de la IVème République, mais les électeurs communistes ne pouvaient pas voter pour les gaullistes, alors on s’est abstenu.

Au mois de mars 2011, l’on parle (peu mais quand même) des cantonales. Eh bien ! en 1833, par exemple, la participation aux cantonales était de 67 %, et en 1993, de 70,7 %, tout en remarquant que les élections cantonales ont un niveau structurel inférieur à celui des élections municipales.

L’on entend aussi « la droite revient, ou le populisme revient », cela n’est pas nouveau. Cela s’est manifesté dès 1919. En France, Poujade (avec Le Pen en 1956), en Finlande avec Vennamo en 1968,  au Danemark Glistrup en 1973. En Norvège, Lange en 1973, les Pays Bas avec Pim Fortuyn en 2002. En Autriche Haider qui s’empare du petit parti libéral en septembre 1986 pour en faire un parti néo nazi qui se présentera comme structure d’accueil pour le votre contre un gouvernement de grande coalition pour atteindre en 1999 26.9% des suffrages. Il formera un gouvernement avec le Parti Démocrate Chrétien. Qu’un parti néo fasciste participe à un gouvernement a été très mal vu par les autorités européennes. Ceci bien à tort car aux élections suivantes (2002), il avait perdu sa place de structure d’accueil contre le gouvernement et chutait à 10.1% des suffrages. Maintenant, la Suède avec les forces populistes qui, jusque là, se manifestaient au sein des partis traditionalistes les uns après les autres. Tous ces dérapages ne découlent pas de failles chez l’être humain en tant qu’électeur, mais d’institutions vicieuses, et de systèmes électoraux (en particulier proportionnels) apportant une vision qui l’éloigne peu à peu de la réalité politique et de la bonne gouvernance. Vive l’Europe !

Mais revenons en France. L’équipe de France de football, il y a quelques années, a remporté la coupe du Monde. On nomme ensuite un nouveau sélectionneur : Domenech, et là défaite sur défaite, grève des joueurs, refus de serrer la main du sélectionneur Sud Africain … « Les guignols de l’info » s’en sont donnés à cœur joie. C’est bien le chef qui compte. Napoléon Ier remportait les batailles, mais quand il était absent, les troupes françaises étaient loin d’avoir autant de succès. En Russie, au moment où il subissait la débâcle, les Anglais avaient libéré l’Espagne et pénétraient en France.

Le chef est important. Le candidat Sarkozy était un très bon candidat, mais…trop de discours. Un sociologue a dit, en parlant de notre Président, qu’il racontait l’action gouvernementale comme une bande dessinée. Les « guignols de l’info » (encore eux) ont parlé d’une idée par jour. Trop de réformes lassent, car elles évoquent l’image d’un certain désordre. Cette impression de vouloir s’occuper de tout ne va-t-elle pas à l’encontre de l’esprit populaire qui considère cela comme une absence de recul mais cela va plus loin car à force d’être partout, d’agir sur les uns, sur les autres, cela suscite les oppositions qui s’ajoutent les unes aux autres. Cette opposition cumulée ne sera pas toute de gauche alors pourquoi pas Marine Le Pen ? Ce premier sondage a immédiatement été suivi de deux autres plus rassurants pour l’UMP mais le Parti Socialiste a sans attendre pris conscience du danger.

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