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Billet de blog 27 oct. 2021

Belgique la rupture de l'élection de 65

En septembre 2020, après 18 mois sans gouvernement, le libéral flamand Alexander De Croo dirigera une coalition de sept partis, unis surtout par la volonté unanime d’éviter un retour aux urnes qui aurait favorisé les formations extrémistes. Voici une explication au fait que un pays, et il y en a d'autres en Europe même, peut passer des années sans gouvernance .

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Bernard Owen Maria Rodriguez McKey

L’élection fait suite à quatre ans de gouvernement de grande coalition : PSC – PSB. (Gouvernement LEFEVRE du 25 avril 1961 au 24 mai 1965). Les autrichiens appel lent ce genre de gouvernement un « gouvernement d’éléphants”.

Avant 1961, et depuis l’époque qui a suivi l’immédiat après guerre, le PSC représentait essentiellement le courant de droite avec une forte influence catholique bien qu’officiellement un parti non confessionnel. (la création d’un parti catholique “progressiste” avait été tenté en 1945 mais n’avait obtenu aucun député aux législatives de 1946)

De son coté le PSB représentait le courant de gauche plus fortement implanté en pays Wallon au contraire du PSC bien installé en pays flamand. De 1949 à 1961 l’électorat propre à ses deux tendances politiques : droite -—gauche se trouvait rejoint ou abandonné par les électeurs qui jugeaient positivement ou non l’action du gouvernement que l’un de ces deux partis représentait.

Schématiquement la situation se présente de la façon suivante :

1949 – 1961

Parti au gouvernement (avec le Parti Libéral ou homogène)

Parti dans l’opposition (avec le Parti Libéral ou sans lui)

parti A —- noyau représentant l’électorat constant du parti au gouvernement … X

 + électorat satisfait de l’action gouvernementale …………… Y

 — électorat mécontent de l’action gouvernementale ….. Z

parti B – noyau représentant l’électorat constant du parti dans l’opposition .

 — L’électorat satisfait de l’action gouvernementale ……………… M

+ électorat mécontent de l’action gouvernementale ……………… N

L’électorat satisfait M quittera le parti B et ira voter pour le parti A. L’électorat mécontent Z quittera le parti À et ira voter pour le parti B.  La différence entre : M + Y et Z+N déterminant si l’on est devant un exemple d’usure du pouvoir ou non. Or, la règle en Belgique parait être celle de l’usure du pouvoir et nous trouvons généralement Z+N = M+Y

Or, à partir de 1961 la situation est différente. Les gouvernements de grande coalition nous obligent à poser la question suivante : Comment peuvent voter les électeurs mécontents de l’action du gouvernement sortant ?

Le gouvernement de grande coalition de 1961 à 1965 est à direction PSC et a tenté d’apporter une solution au problème linguistique. Cette période a été politiquement mouvementée.

Résumé des événements survenus pendant la période 1961 – 1965

Le gouvernement Théo LEFEVRE décide de soumettre au parlement des projets appor-tant des précisions à la législation de 1932. En fait ils étendront sa rigueur :

Lois du 8 novembre 1962 – Fixant la frontière linguistique.

du 27 juillet 1963 –  – Enseignement des langues dans les écoles.

du 2 août 1963 – Régime linguistique de l’agglomération bruxelloise et de l’administration de l’Etat. (Le vote ‘pour’ est de 157 voix contre 33 (Volksunie, Parti Libéral, Parti Communiste et 3 PSC flamands)

Voir CHIROUX, p.175 : (le vote a lieu) “.., à la suite de longs et pénibles débats et des difficultés politiques que le gouvernement ne peut écarter par une conférence formée des 2 partis alliés au sein de la majorité. Le gouvernement cède aux exigences des extrémistes flamands en supprimant le volet linguistique du recensement. »

La frontière est donc fixée une fois pour toute. Le parlement (contre le gouvernement) se prononce pour le transfert de 6 communes de la Voer, les Fourons à la zone flamande. Les 4 200 habitants réagissent avec énergie et un référendum (67,6% de participation) donne 93% des électeurs se prononçant pour l »usage principal du français et leur maintien dans la province de Liège. Le parlement, sous la pression flamande, maintien sa décision du rattachement des Fourons au Limbourg.” (CHIROUX, p.180) : Alors que le problème linguistique semblait avoir trouvé sur le plan législatif une solution définitive, il est incontestable que se développe en Belgique un malaise dans les rapports entre les communautés. Selon le procureur du Roi auprès du tribunal correctionnel de Bruxelles, 24 attentats par explosifs auraient eu lieu entre 1964 et 1966 (Le MONDE du 15 octobre 1966).

CHIROUX, p. 204 : “Les véritables impulsions ne viennent pas des gouvernements ni même de |’appareil des partis mais de la -société civile- du corps politique en tant que celui-ci est distinct … de la machine des partis. Les partis seraient ainsi facilement soumis à l’influence des groupes de pression et s’efforceraient seulement de contrôler les poussées wallonnes et flamandes nées hors d’eux. »

CHIROUX, p. 205 : II souligne l’effet déstabilisant d’extrémistes minoritaires quand ceux-ci accèdent au parlement où leurs propos prennent alors une stature officielle. “De nombreux groupes dont 1”’influence ne cesse d’augmenter se sont implantés dans  une des 3 régions belges affirmant leur volonté de défendre exclusivement les intérêts de cette région. N’ayant pas de vocation gouvernementale , ne nourrissant pas l’ambition d’attirer les suffrages des habitants des 2 autres communautés, ces partis ont établi des programmes extrémistes, souvent même démagogiques et déterminent des mouvements d’opinion incontrôlables.”

« Ts participent aux consultations électorales et possèdent ainsi des représentants au parlement capables d’exposer leurs objectifs mais ils veulent surtout faire pression sur les grands partis … dès lors ces 3 grands partis vont se sel ivrer à une surenchère sur les positions de ces mouvements.”

Or, une période aussi animée 1961 – 1965 ne peut que susciter le mécontente- ment de certains électeurs. Nous allons maintenant tenter de répondre à la question posée précédemment : Pour qui vont voter en 1965 les mécontents de l’action gouvernementale de la grande coalition ?

Les chiffres obtenus à partir des analyses du vote réalisées par Nicole ELRUELLE, René EVALENKO et William FRAEYS, « Le Comportement Politique des Electeurs Belges » (Edition de l’Institut de Sociologie, 1970) permettent de distinguer 2 types de mécontents:

1) Les mécontents du résultat obtenu sur le plan linguistique . Ces mécontents ont transférés leur voix sur un parti linguistique

 En 1961 Cantons wallons, les listes wallonnes obtiennent 0% des suffrages. En 1965, les mêmes listes, dans les mêmes cantons obtiennent 3,5% des suffrages. 

En 1961, dans les cantons Flamands, listes flamandes obtiennent 6% des suffrages. En 1965, les mêmes listes dans les mêmes cantons, obtiennent 11,9%.

Sur le plan national, les listes wallonnes ont pour la première fois 3 sièges (FDF, IFW, FWT) alors que les listes Volksunie gagnent 7 sièges pour obtenir un total de 12.

·       Les mécontents de la trop grande place occupée par les langues

Le Parti Libéral qui avait dans l’opposition adopté une position de détache ment à l’égard de ce problème “un parti fidèle à la Belgique unitaire” recueille les voix de ceux qui réagissent contre l’invasion de la scène politique par la question des langues.

 1961, le Parti Libéral obtient dans les cantons wallons, 11,7% des suffrages, et en 1965, 25,5%.

Dans le  Cantons flamands , le Parti Libéral obtient 11,6% en 1961 et 16,6% en 1965.

Les 2 partis principaux qui dominaient de loin la scène politique électorale belge se sont effondrés :

En 1961,  le PSC (catholique) obtient 41,5% des suffrages. En 1965,  4,4%  et 1965, 4,4% ce qui lui fait 19 sièges en moins). Le PSB (socialiste) obtient en 1961 36,7% des suffrages, en 1965 28,2% ce qui lui donne 20 sièges en moins.

Le Parti Libéral recueillait sur le plan national: en 1961, il obtient 12,3% alors qu'en 1965 21,6% (plus 28% en sièges)

·       Le Parti Communiste qui était descendu à 3,1% en 1961 est remonté à 4,6%.

Comportement électoral face à un  gouvernement de grande coalition.

·       L’électorat mécontent du gouvernement sortant se tourne vers une structure d’accueil quelle qu’en soit la nature quand les principales formations sont associées à la coalition Gouvernementale.

·       Nous avons rencontré une situation comparable en Autriche lors des élections législatives de 1990 où l’électorat mécontent de l’action gouvernementale s’est tourné vers la formation qui était dans l’opposition. Contrairement à la Belgique, une seule possibilité se présentait à l’électeur autrichien mécontent du gouvernement: Le Parti Libéral qui avait aux élections précédentes déjà franchi un pas en raison de son changement d’orientation idéologique. L’élection de 1968.

·       L’élection de 1968 surviendra au moment où se développe l’affaire de Louvain (qui est linguistique) et qui provoque la démission du gouvernement et la dissolution de l’Assemblée.

·       Les acteurs politiques ne sont plus les mêmes mais l’électorat réagit de la même façon.

Les 2 partis au gouvernement sont le PSC et le Parti Libéral (du 19 mars au 7 février 1968). Ces 2 partis perdent des voix. Le PSC continue sa descente. Le  PSC:  en 1965, 34,4%, et en 1968 31,87. Le Parti Libéral 21,6% en 1965 et en 1968 il tombe à 20,9% des suffrages.

Le Parti Libéral perd peu par rapport à sa forte augmentation de 1965 qui était de +12,3%. Le PSB, qui est dans l’opposition, reste au même niveau : 28,2% en 1965 et 28% en 1968.

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