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Billet de blog 16 novembre 2015

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De la violence des mots et des images à la violence des actes

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La double violence politique et médiatique: de la violence des mots et des images à la violence des actes.

L'actualité est malheureusement remplie de violences et l'horreur des attentats á Paris du vendredi 13 novembre 2015 nous le rappelle d'une manière monstrueuse.
Mais, l'horreur de ces attentats abjects, qui dépassent l'imaginable, ne doit pas occulter les violences quotidiennes qui finissent par conditionner notre société.
Violence dans la ville et dans les banlieues. Violence à l'école. Violence conjugale. Violence routière. Violence syndicale. Violence dans les productions cinématographique et télévisées (James Bond, scénarios apocalyptiques....). Violence dans les jeux sur consoles informatiques. Violence guerrière (pléonasme).

Violence, violence, violence à tous les étages de notre société.

Toutes ces violences sont le fait des hommes, alors que les éléments naturels, dont la maîtrise leur échappe, sont déjà d'une violence meurtrière qui devrait "suffire" (cyclones, tremblements de terre, cataclysmes ....)

Alors Pourquoi?

Et le comble, c'est la violence de ceux et de celles qui sont censés diriger ou commenter la société humaine. Triste constat qui ne fait que rajouter de la violence à la violence.

Prenons l'exemple de notre pays.
La lutte politique est plus que jamais une lutte à mort. Il faut détruire l'adversaire, même s'il est de notre "famille" politique (il est inutile de citer des noms pour illustrer cette affirmation).
Alors que le langage utilisé devrait être celui de la raison, de la réflexion, il est au contraire celui de l'affrontement et non celui de la confrontation; c'est le langage de la guerre.
Le chef à ses lieutenants et ses troupes qui livrent un combat sans merci pour prendre le Pouvoir, alors qu'il devrait se comporter en sage appelant à la concorde, à la compassion, à la justice.
Le combat d'idées n'est prétexté que pour s'accaparer le Pouvoir, alors que celui-ci ne peut normalement être confié, mandaté, que pour l'intérêt général.
Dans le réalité, Il y a le plus souvent confiscation et personnalisation du Pouvoir, dans une démarche nihiliste.

Le défaut est le même de tous bords et force est de constater que la division politique, manipulée par la logique partisane est savamment entretenue. Et pourtant, n'y a t il pas autant d'honnêtes hommes et femmes dans chaque grande famille politique, de même qu'il y a autant de politiciens dévoyés de tous bords?

Le combat politique ne devrait jamais se laisser aller sur le terrain de la violence. Il doit être possible d'argumenter et de défendre une vision sans invectiver, sans alarmer, sans crier au feu, sans faire de l'alter ego systématiquement un adversaire qu'il faut neutraliser et, si possible, anéantir, en soufflant constamment sur les braises, quitte à provoquer et entretenir progressivement un véritable climat de guerre civile.

Tout politique qui use et abuse de la logique guerrière n'est il pas, dès lors, au sens le plus fort, un assassin en puissance en ce qu'il fait l'apologie de la violence?

La violence des mots conduit toujours à la violence physique. Notre histoire nous montre que dans les siècles passés, tout "parti" autre que celui qui détenait le Pouvoir était considéré comme un adversaire, un ennemi intérieur et tout se réglait alors par le meurtre, à coup de poison ou d'épée, ou par la mort à petit feu, dans un cul de basse fosse.

Aujourd'hui, nous sommes soit-disant civilisés, mais les assassinats sont médiatiques et verbaux et ils perdurent.

Les médias et les pseudos journalistes qui, au lieu d'informer avec éthique, préfèrent littéralement "mettre en scène" une actualité déjà suffisamment glauque, au risque d'en pervertir la réalité, ont également une très lourde responsabilité.
Quand dénonceront-ils le lien pourtant évident entre la violence des jeux offerts à la jeunesse, la violence quotidienne des séries télévisées (à croire qu'en France il n'y a que des histoires de flics et de voyous qui soient dignes d'intérêt) et la violence qu'ils mettent en exergue chaque jour, avec un soin du détail inégalé, en qualifiant les truands de "professionnels", comme si ce qualificatif devait être retenu ?

Le jeu d'acteurs entre les médias et la classe politique est réellement catastrophique.
Un "bon" journaliste doit montrer la violence pour être crédible.
Un "bon" politique doit être un "tueur" s'il veut réussir. Triste constat.

Et pourtant, La République est à la foi un symbole et plus qu'un symbole qui, selon l'étymologie de ce mot, veut dire "mettre ensemble", "joindre", "rassembler".
Dès lors, les responsables politiques qui affichent les valeurs républicaines devraient toujours s'interdire tout comportement de chef de bande et les responsables des médias devraient s'interdire de "valoriser" la violence, en évitant d'en rajouter.

Il est facile de reporter la responsabilité sur la société moderne, sorte de monstre incontrôlable, en oubliant que cette société est constituée par chacun de nous et que ses représentants et ses commentateurs les plus en vue ont l'impérieux devoir d'en dénoncer les dérives et non de se complaire dans un sinistre voyeurisme.

La société sera ce que chacun de ses membres en fera, à commencer par ses représentants les plus influents.

À bon entendeur salut.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.