Une réponse à la crise de la représentativité

(Suite à l'article "une nouvelle civilisation démocratique", dans lequel j'ai cru bon et nécessaire de m'attarder sur la question du "tirage au sort," en raison de sa prégnance actuelle dans l'imaginaire de nompbreux internautes, cet article, expurgé de scories tant orthographiques que disgressives, est recentré sur la proposition relative aux modalités de la démocratie représentative.).

La démocratie ce n’est pas que le système de représentation, c’est aussi les contre pouvoirs, et les autres moyens d’expression de la volonté populaire. Cependant le système représentatif est primordial puisqu’il permet la désignation des tenants du pouvoir. C’est une lapalissade de dire que notre système connaît une profonde crise de la représentativité.

les réponses habituelles à cette crise consistent en la proposition de réformes sur les techniques électorales elles- mêmes. il y a mille et une manières de les faire évoluer. ( type de scrutin, circonscriptions électorales, financement électoral, d’exercice des mandats électoraux.. Il y a là, de nombreux leviers juridiques possibles malheureusement bien peu exploités..

De fait, nous avons donc assisté à la lente dégradation de ce système représentatif malgré les 24 réformes constitutionnelles de la Véme République. La dernière de ces dégradations, qui n’a d’ailleurs reçu aucun retentissement ni médiatique est la disparition de l’élection uninominale du Conseiller Général. Or cette élection cantonale était la seule qui permettait à un citoyen individuel de pouvoir se présenter sans grands risques financiers. Alors bien évidemment, il y a quelques timides avancées. (ex ; sur le cumul des mandats), mais ça ne renverse pas la tendance.

Aussi certains voient dans l’élection une perversion à supprimer, et imaginent des solutions aussi farfelues que le tirage au sort des représentants du peuple. Cette solution est une impasse dramatique car cela revient à établir une instance décisionnelle quasiment d’essence divine, à laquelle le peuple devra obéissance. En effet le comité « des tirés au sort » serait sensé arrêter la REGLE VRAIE impartiale et objective, qui ne peut être remise en cause sans nier la validité de la procédure. Néanmoins, le tirage au sort a une existence de représentation du peuple ; ce sont les jurys des tribunaux d’assise. Ainsi, si cela est admis en matière de justice individuelle dite « civile », cela devrait être possible en « matière publique », pour le contrôle de nos institutions publiques . Voir notre proposition de « contre pouvoir citoyen » dédié à ce seul contrôle public. ( http://blogs.mediapart.fr/blog/bernard-uguen/180212/pour-un-veritable-contre-pouvoir-citoyen-1 ).

La nouvelle proposition est basée sur les conditions de l’éligibilité. Une des critiques récurrentes du système représentatif par l’élection serait donc que l’élection conduit à la création automatique d’une oligarchie, qui s’entretient ensuite naturellement. Oligarchie, qui à force d’abus de pouvoirs, crée une incompréhension entre les attentes citoyennes et les décisions politiques. La précarisation de cette oligarchie devient donc une nécessité vitale pour la démocratie. En réponse aux multiples conflits d’intérêts entre cette oligarchie politique et l’oligarchie économique, on a aussi tenté de s’attaquer aux conditions d’éligibilité. Ainsi certaines professions devaient être exclues du droit à l’éligibilité. D’autres souhaitent l’inéligibilité des fonctionnaires de catégorie A en raison de leur fonction dédiée déjà au service de l’intérêt général. Il n’y a donc aucun tabou.

Depuis la démocratie grecque, il est reconnu « que seule une aristocratie libérée des conditions du travail était apte à délibérer politiquement. ». Ainsi de fait, le monde politique n’a pas beaucoup changé. En effet, c’est toujours la population libérée des servitudes matérielles qui sont à la manœuvre politique. C’est donc là qu’il nous faut porter l’effort démocratique, en renversant cet ordre des choses par le biais d’une condition d’inéligibilité financière, telle qu’au dessus d’un certain revenu, le citoyen n’est plus éligible. Cette proposition ne rompt pas l’égalité de droit des citoyens, puisque tout le monde conserve le droit de vote, « un citoyen, une voix ».

En France, en 2012, 10 % des salariés gagnent moins de 1142 Euros, 10% gagnent plus de 3317 Euros, et 1 % gagnent plus de 7654 euros. Il semble donc judicieux de fixer le seuil financier qu’il ne faut pas dépasser pour être éligible entre 3317 euros et 3500 euros de telle sorte que seulement de 7 à 10 % des salariés ne puissent pas être candidats aux élections, et à condition que le revenu par ménage ne dépasse pas le double de ce seuil. Le seuil raisonnable pourrait donc être fixé à 3500 euros brut par mois.

En conséquence, il est clair que cette proposition entraîne une diminution de l’indemnité parlementaire, condition évidente pour pouvoir se représenter. ! Mais le principe qu’ « il n’y a pas de pouvoirs sans abus de pouvoir », demeure. C’est la raison pour laquelle cette proposition n’est pas exclusive de toutes les réformes utiles, pour encadrer l’exercice des mandats électoraux.

Cette proposition n’est pas si saugrenue, puisqu’ il est clair que dans notre civilisation basée sur le profit, l’argent est devenu la servitude la mieux partagée. Il est bon et pertinent de s’y attaquer frontalement. Libérée de cette servitude, alors la capacité politique de délibération des conditions de vie reprendra le dessus et sera favorisée.

Le tiers-état doit prendre le pouvoir.

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