DES CASQUES BLEUS AU MALI

Qui va se plaindre qu’au Mali  les femmes obligées de porter le voile depuis près d’un an, s’en débarrassent avec joie que les populations écoutent maintenant la musique et fument 

 

Evidemment qui va se plaindre qu’au Mali  les femmes obligées de porter le voile depuis près d’un an, s’en débarrassent avec joie que les populations écoutent maintenant la musique et fument des cigarettes, pas encore l’alcool ni le sandwich jambon...

Il est toutefois nécessaire avant de se réjouir de voir à long terme.

La France dit avoir  répondu à l’appel du Mali et se réfère également à une résolution de l’ONU. Il faut avoir une sacré bonne vue ou avoir reçu une solide éducation jésuite pour s’appuyer sur cette résolution. Quant aux accords bilatéraux avec les anciennes colonies leurs applications sont très sélectives. Là n’est pas le problème.

Il faut être particulièrement naïf ou de mauvaise foi pour croire que les opérations militaires vont régler le problème à moyen et court terme. Les armées françaises et un peu maliennes ont avancé à marche forcée et à les entendre nos gouvernants s’imaginent que ce fut une promenade de santé. Il n’y a pas eu de tirs, pas de tués, quelle merveille ! Mais pourquoi les groupes islamistes allaient ils se battre avec un rapport de force tellement défavorable ? Ils ont fait peuve de sens tactique.Ils sont partis mais ils n’ont pas fui, c’est un repli stratégique rien de plus qui leur permet de garder leurs forces intactes. Ils perdent pour l’instant les principales villes mais ils vont se trouver en terrain connus pour eux et inconnu pour les armées régulières.  Comment les empêcher de revenir dans peu de temps ?

A moins que l’ONU envoie des milliers de casques bleus en compléments de forces de la CEDEAO qui devraient rester , on peu dire que rien n’est fait. S’il y a un pays qui pourrait appuyer durablement  ces efforts internationaux, ce ne peut être que l’Algérie avec les moyens considérables dont elle dispose. L’Algérie le veut elle au risque de voir se développer davantage des groupes islamiques « terroristes » à l’intérieur même de ses frontières ? Rien n’est moins sûr.

Face à des forcenés mus par une idéologie obscurantiste, il n’y a pas grand chose à faire si ce n’est l’instruction, l’éducation et un niveau de vie auquel tous les peuples aspirent. C’est l’absence de ces éléments essentiels qui a permis aux islamistes de s’implanter, d’autant plus que là où ils s’installent, s’ils appliquent leur interprétation de la charia, ils aident aussi toujours matériellement les populations de façon efficace.

Et puis peut on réellement combattre l’obscurantisme avec des canons. Combien d’années a duré l’inquisition en Europe ? 3 ou 4 siècles ? Alors les forcenés obscurantistes ont je le crains  encore un bel avenir.

Bien sûr on peut en changer le cours mais on n’en prend absolument pas les moyens, ni Hollande ni Ayrault devraient se réjouir. Ils ont gagné facilement une bataille, ils n’ont même pas commencé la guerre qu’ils prétendent gagner.

Quant aux Touareg ( à cet égard je signale, ce que semble ignorer les médias, que touareg est le pluriel de targui avec l’approximation orthographique de la traduction du berbère  tamazight  ou tifinagh) il est vrai qu’ils ont bonne réputation qui flatte le romantisme et l’aventurisme attachés en occident aux « hommes en bleu » mais leur culture n’est elle pas celle de prédateurs marchands d'esclaves, trafiquants d'armes et de toutes sortes de choses. Il est tout de même paradoxal que ceux qui ont tellement fait pour maintenir leur propre culture, leur langue et leur mode de vie, embrassent maintenant les idéaux  des radicaux islamistes et veulent l'imposer aux autres populations. Il serait tout de même faux de croire qu’ils sont tous islamistes au sens que l’on donne aujourd’hui à ce terme. J’aurais tendance à croire qu’ils sont une minorité.

Quoi qu’il en soit, ce qu’on pouvait craindre  dès le début des opérations et qui est maintenant avéré est le choc entre les populations Dogon,  Peuls sédentarisés, Bambaras  et globalement les Mandingues  avec les Touareg.  Ce facteur déterminant n’a pas été pris en compte par nos va-t-en guerre satisfaits d’eux-mêmes .Outre que ce qu’on nomme des vengeances de population sont aussi surtout défoulement  de haines ethniques contenues voire raciales.

 Qu’allait-on faire dans cette galère ?

 Bernard Riguet

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.