Facebook très conciliant avec Trump...

Mark Zuckerberg, contesté, Facebook sous pression. Le contraste entre Twitter et Facebook est devenu aveuglant aux yeux des observateurs.

Le dénominateur commun à l’actualité qui concerne ces 2 monstres du numériques est la « Policy of privacy », ce long contrat illisible que personne ne lit quand on s’inscrit sur ces réseaux sociaux, et qui indique les droits et devoirs des utilisateurs et des gestionnaires, en matière de confidentialité des données, d’autorisation de publication, de contenu explicite ou pas.
De plus en plus, les notions de « non diffusion de fausses nouvelles », (les fameuses fake news), de refus de l’incitation à la haine et à la violence, sont incluses et précisées dans ces contrats.
Depuis les derniers jours de mai 2020, le macrocosme des 2 principaux réseaux sociaux s’est emballé autour de la personnalité au combien polémique de Donald Trump, 45e président des USA.
On sait que ce dernier raffole des tweets et posts Facebook. Il en pond des dizaines par jour, en moyenne 29 en 2020.
Trump est entré en guerre contre Twitter, au moins apparemment, malgré les 80 millions de suiveurs du Président. Cela, parce que La société de Jack Dorsey a durci sa politique vis à vis des contenus polémiques, mensongers, complotistes et incitant à la violence du chef de l’état américain. Le signalement des derniers tweets de Trump a déchainé son camp contre Twitter.
Étrangement, Facebook, lui, a laissé inchangés et non signalés les posts du Présidents, au contenu identique à celui des tweets.
Par exemple, ce message sur une éventuelle fraude électorale permise par le vote par email, particulièrement en Californie. Twitter a signalé qu’il s’agissait d’une information inexacte et fourni des sources indépendantes qui contredisent le Président.

 

post-facebook-trump-ballots

Ou bien celui-ci-dessous, ou Trump appelle à la violence contre les émeutiers de Minneapolis au lendemain de la mort de Georges Floyd :

post-facebook-trump-minneapolis-fusillade

 

Mark Zuckerberg, contrairement au floutage de Twitter, a refusé toute modération ou filtrage sur Facebook des propos de Trump.
À titre "personnel", il a avoué avoir hésité toute une journée sur la conduite à tenir. Il a condamné la "rhétorique clivante et incendiaire" du président dans un post sur son profil personnel. Mais sa position, assumée, fait polémique. Il argue de la défense de la liberté d’expression sur son réseau social. Si des règles de modération et de filtrage sont appliquées, les personnalités et candidats politiques en sont exemptés, pour l’essentiel. Mark Zuckerberg se réfère à l’usage de la force de l’état évoquée dans le post de Trump, et autorisée dans la politique de Facebook.
Pour la première fois, la contestation interne est très forte, publiquement exprimée.
Ryan Freitas, directeur du secteur Design produit de facebook, Jason Toff, directeur de la gestion produit, Jason Stirman, responsable en recherche et développement, David Gillis, designer, Nate Butler, développeur font partie des dizaines d’employés qui critiquent ouvertement la complaisance de Zuckerberg envers le Président américain. Ils évoquent que l’on ne transige pas avec le racisme, et que le message de Trump était un appel à la violence contre la population noire de Minneapolis.
Des démissions sont arrivées, d’autres sont évoquées. Deux ingénieurs, Timothy Aveni et Owen Anderson, ont publiquement annoncé leur départ volontaire, pour montrer leur désaccord avec la position de leur CEO.
Une manifestation virtuelle des salariés de Facebook, en soutien aux manifestants anti racistes, a réuni des centaines d’employés. Mais cette tension interne résonne douloureusement au sein de l’entreprise. Elle fait suite à un évènement, qui a été vécu comme un traumatisme, par beaucoup de salariés de la société. Fin 2018, Une ONG indépendante, Business for Social Responsibility (BSR), a été mandatée par Facebook. Suite à des dénonciations de militants et de membres des Nations Unies, le réseau social avait été accusé d’avoir contribué à attiser la haine et la violence contre une minorité musulmane du Myanmar (Birmanie), les Rohingyas. Ceux-ci ont été littéralement massacrés avec 10 000 morts et 700 00 déplacés. Le rapport de l’ONG est sans appel et la responsabilité de Facebook révélée. Facebook a fait son mea culpa. Il doit veiller à ce que la prochaine campagne électorale birmane soit contrôlée comme il se doit. Mais la tâche est restée indélébile… Des accusations similaires ont été évoquées pour les Philippines et au Sri Lanka.
La démonstration, publique, que Facebook contribuerait à attiser la violence, raciste, dans cette Amérique en crise, est donc très mal vécue. Un nom circule, dont on demande ouvertement la démission. Il s’agit de Joël Kaplan, Vice-Président en charge, justement de la politique de confidentialité de Facebook…Ancien conseiller de Georges Bush Jr. Il est considéré comme un conservateur, trop proche de Trump.
À tout cela s’ajoute l’accusation de la proximité de ces grandes sociétés internet, avec les gouvernements, fussent-ils des régimes autoritaires comme le Brésil, et autres, pour continuer à pouvoir se développer.
On ne pourra pas continuer sans rajouter un problème ethnique interne à Facebook. On arrive à peine à 3,9% d’employés de couleur. On explique alors que le groupe majoritaire, à la tête de l’entreprise, n’éprouve peut être pas, avec la même force, la douleur et les sentiments ressentis par cette minorité qui se sent blessée dans son travail.
Pour ne pas arranger les choses, Mark Zuckerberg, malgré sa richesse et son milliard d’abonnés, a fait, d’énormes erreurs de communication. La première a été de révéler une communication, « productive », avec le Président américain, ce qui a, du coup, fait sauter la neutralité de l’entreprise, le post étant maintenu. La deuxième, de donner une interview sur Fox News, tweetée par Trump, où il indique refuser d’être « l’arbitre de la vérité en ligne ». Quant à la troisième, c’est une grosse faute de gout. Au moment de rencontrer 3 dirigeant de mouvements des droits civiques, Vanita Gupta, Sherrilyn Ifill et Rashad Robinson, il annonce offrir 10 millions de dollars à des associations de défense de justiciables afro américains. Rashad Robinson a déclaré que c’était une des choses les plus insultantes qu’il ait jamais vécu.
Enfin, on pourra quand même évoquer, en filigrane, le soutien extrêmement offensif de Donald Trump aux entreprises américaines du numériques, les GAFA, menacées de taxe en Europe, notamment en France. Les menaces du président américain de surtaxe de produits français importés, et d’autres produits européens, font craindre, d’ailleurs un retard dans l’application de ces taxes. Cela pour le plus grand plaisir de ces champions du dumping fiscal que sont multinationales.
De là à voir une relation de cause à effet, entre la participation active de Trump, à la lutte anti taxe GAFA, et la mansuétude du PDG Mark Zuckerberg, il y a un pas que certains pourraient peut-être franchir…

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.