Le problèmes des mythes «gauchistes» sur le conflit syrien

Alors que le nombre de morts dans la banlieue de la Ghouta orientale de Damas a atteint plus de 740 civils tués en 20 jours d’offensive, un bilan qui continue de s’alourdir de jour en jour, de nombreuses voix dites « progressistes » continuent de justifier le carnage.

 Beaucoup de ces voix sont convaincus mordicus que le régime combat « Al-Qaïda » dans la Ghouta orientale, qui utiliserait des civils comme « boucliers humains ». Ainsi les centaines de morts ne seraient pas vraiment la faute du régime.

 Un grand nombre d’hommes et femmes de gauche, de l’Occident comme de l’Est, adhère à la propagande du régime depuis des années. De l’universitaire australien Tim Anderson, qui affirme que Bachar al-Assad n’a pas été impliqué dans des massacres de civils et a été simplement diabolisé par l’Occident impérialiste, aux journalistes britanniques et américains Robert Fisk et Seymour Hersh qui ont prétendu que le régime n’utilisait pas d’armes chimiques lors des différentes attaques contre des civils ; diverses personnalités de gauche continuent de croire que la dictature d’Assad est un bastion de l’anti-impérialisme dans la région et doit être pour cela soutenue.

 Ils refusent d’accepter que plus de 500.000 personnes ont été tuées dans cette guerre, la grande majorité victimes du régime, qui, contrairement aux rebelles, possède et utilise sans discernement la puissance aérienne (y compris les bombes notoirement destructrices larguées par hélicoptère).

 Bien qu’il y ait des raisons historiques à l’adoption de ces idées par de larges sections de la gauche, dans le contexte des atrocités actuelles qui se déroulent, elle n’en demeurent pas moins inexcusables.

 Il est en effet incompréhensible que des gens qui se sont battus pour la « justice sociale » et les « droits de l’homme à travers le monde » continuent à soutenir un régime qui a exploité sa population économiquement, torturé et tué des civils innocents de la manière la plus horrible possible. Il est également inconcevable, que des gens qui ont su voir avec perspicacité la propagande de guerre impériale qu’a pu dans l’histoire mener les Etats-Unis, être incapable d’en voir l’équivalent quand il question de la Russie. 

 

Deux grand mythes « de gauche » justifient actuellement la barbarie du régime syrien. 

 « C’est un complot visant le changement de régime d’un gouvernement légitime ».

 Beaucoup de personnes qui n’ont pas suivi les événements en Syrie en 2011 et 2012 pourraient ne pas réaliser que le conflit actuel a commencé avec un vrai soulèvement populaire dans le pays.

 En mars 2011, les Syriens ont rejoint le printemps arabe, et avaient toutes les raisons de le faire.

 Ils ont rêvé de changements politiques et socio-économiques, d’élections libres et d’un état qui respecte les droits du peuple. Et personne ne peut dire, a fortiori des personnes du «monde libre», que la révolte n’était pas justifiée.

 Le président actuel, Bashar Al-Assad, est arrivé au pouvoir en 2000. Non, pas par des élections ou même des consultations avec les partis ou un consensus issus des leaders communautaires et religieux. Il a simplement « hérité du trône » de son père, Hafez, après sa mort.

 Hafez, lui aussi, n’était pas élu: il est arrivé au pouvoir en 1970 lors d’un coup d’état militaire.

 Les Syriens n’ont jamais voté dans leur vie d’adulte. 

 La Syrie a toujours été un état policier répressif. Les Syriens ont grandi en sachant que les murs avaient des oreilles et qu’il était interdit de critiquer le régime, même dans votre propre maison.

 Dans les écoles, c’est un lavage de cerveau qui était subi tous les jours par les écoliers. Dans les écoles baasistes, le portrait du président orne tous les murs. Pendant le salut du drapeau tous les matins, les écoliers appellent à l’immortalité de Hafez al-Assad avant de se rendre en classe. On mémorisait des chansons en l’honneur d’Al Assad et du parti Baathiste, on récitait par coeur ses discours. 

 Le pays appartenait à la famille Assad. Les proches d’Assad et ses proches collaborateurs contrôlaient directement toutes les licences d’importation et les contrats gouvernementaux.

 Le cousin de Bashar, Rami Makhlouf, est l’homme le plus riche de Syrie. Makhlouf contrôle la principale compagnie de téléphonie mobile, les chaînes de télévision, les journaux pro-gouvernementaux et contrôlait également l’industrie pétrolière et gazière du pays avant la guerre.

 Avant 2011, aucune activité politique n’était autorisée, dans la mesure où même participer à des réunions politiques pouvait vous emprisonner et torturer pendant des années. Après le bref « printemps de Damas » au début des années 2000 – où nous avions osé espérer que les choses changeraient sous Bashar – et la répression qui a suivi, nous avons réalisé qu’il serait comme son père.

 

Seulement, il s’est avéré être pire.

 

Ainsi, en mars 2011, lorsque les Syriens ont vu des Tunisiens et des Egyptiens se lever et renverser leurs dictateurs, ils ont pensé qu’ils pouvaient aussi exiger le changement. Malgré toute la répression et la propagande institutionnalisées, les Syriens ont pris le risque et sont sortis dans la rue. Des gens de tous horizons se sont joints aux manifestations – chrétiens, druzes, musulmans, sunnites, alaouites, ismaéliens, palestiniens, circassiens, etc., des hommes et des femmes jeunes et âgés ont réclamé le changement.

Le peuple savait que le prix du changement serait élevé, mais les Syriens n’avaient aucune idée a quel point il le serait. Les manifestants ont été abattus avec des munitions réelles. Des gens se sont fait tirer dans le dos par des tireurs d’élite et la police. Les gens ont commencé à disparaître en masse, à ne jamais revenir; certains sont morts après des arrestations.

Donc non, ce n’est pas un changement de régime imposé par l’Occident. C’est un soulèvement contre un dictateur illégitime. Les Syriens ont encore toutes les raisons d’exiger le changement.

 Les Syriens, n’en avaient cure de la position des États-Unis dans leur lutte. Le changement de régime quand il est exigé par les gens, qui ont souffert sous l’autoritarisme, est légitime. Que divers pouvoirs, comme les Etats-Unis et leurs alliés dans le Golfe et en Turquie, se sont impliqués dans le conflit par la suite ne rend pas moins légitime cette lutte. Et nous nous attendions à ce que les mouvements de gauche internationaux soutiennent les Syriens, ne les ignorent pas ou ne se moquent point d’eux.

 

« Les djihadistes se cachent dans la Ghouta. Le régime syrien les combat. »

 

Comme dans tout conflit où règne le chaos, le régime a poussé à la radicalisation qui a trouvé un terrain fertile dans la lutte syrienne. Quand les gens sont exposés à une pression et à une injustice énormes, c’est une évolution naturelle. 

 Le fait qu’il y en ait qui ont pris une voie plus radicale au cours des sept dernières années ne signifie pas que tous ceux qui sont anti-Assad sont des « terroristes ». Au début de la guerre le régime allait jusqu’à nier les bombardements. Ce n’est que par la suite, qu’il a utilisé le prétexte du « terrorisme ».

 Si certains groupes rebelle de la Ghouta orientale (Est de Damas) ont commis de manière marginale des violations et des violations des droits de l’homme, cela ne signifie pas que l’enclave assiégée est peuplée de « terroristes ». Beaucoup de Syriens, non seulement dans la Ghouta, mais aussi dans les zones contrôlées par les rebelles, ont résisté et ont résisté à l’extrémisme et à l’oppression, quelles que soient leurs origines.

 Alors oui, il y a eu des violations par les groupes armés, et oui, ils ont également bombardé des zones civiles à Damas. Mais en regardant les abus d’un seul côté, on manque un point essentiel : d’abord, la population civile dans la Ghouta orientale – qui souffre le plus – ne se bat pas ; deuxièmement, le régime tue à grande échelle. Les bombardements par les rebelles ont tué 64 civils en février dans toute la Syrie, tandis que les bombardements du régime ont fait 852 morts. Le régime a également arrêté, mené des disparitions forcées, torturé et exécuté des dizaines de milliers de personnes.

 Et les accusations russes selon lesquelles les groupes armés retiennent les civils comme boucliers humains sont bien connues dans la propagande. Chaque fois que les « Israéliens » bombardent Gaza, ils glissent dans le même récit. Les 1 500 civils qui sont morts durant l’été 2014 étaient également tous des «victimes des boucliers humains». Les États-Unis, eux aussi, ont dit la même chose au sujet des quelque 1 000 personnes qui ont perdu la vie lors de l’offensive sur Raqqa.

 L’Arabie saoudite, le Qatar, la Turquie, les États-Unis ont tous été impliqués dans ce conflit mais également la Russie et l’Iran que les gauchistes semblent oublier de citer dans leur liste des « Impérialistes ». SI les groupes rebelles ont effectivement fait des victimes civile, c’est sans commune mesure avec l’entreprise de guerre d’extermination qui est en train d’être menée par le régime.
On ne peut pas condamner les crimes d’un côté et pas de l’autre, tout en continuant à se définir comme un « partisan de la justice. »

© thawra-news.com

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