Pour une économie sociale et solidaire. #2

La légitimité de l’ESS par la théorie économique.

Karl Polanyi montre que depuis les physiocrates l’économie s’est réduite dans la construction et les perceptions à un espace marchand, un marché autonome et autorégulé par le simple mécanisme d’offre et de demande. Pourtant, les travaux de l’anthropologie économique, notamment ceux de Marcel Mauss, s’évertuent à montrer qu’au contraire l’organisation, la structuration du champ économique s’opère en intégration, en interrelation avec les champs social et politique et dans le recours à des cadres juridiques formels donnés. Dis autrement, l’économie telle que nous la vivons aujourd’hui dans nos sociétés occidentales n’est pas naturelle mais bel et bien socialement construite. Et pour le dire rapidement, ce qu’on appelle aujourd’hui néolibéralisme s’approche peu ou prou de l’ordolibéralisme étudié entre autres par Michel Foucault qui montre comment l’Etat à créé et garantit le cadre légal et institutionnel de la pérennité d’un marché concurrentiel qui fait plus ou moins fi des impératifs sociaux et environnementaux.

On le voit bien, l’économie sociale et solidaire comme l’économie néo-libérale mondialisée, capitalistique et aujourd’hui dominante, est un système économique – politique et social – possible parmi une diversité.

 

L’ESS : une présentation synthétique

Nous pouvons, pour définir l’économie sociale et solidaire, nous saisir de deux perspectives. La première est celle des statuts. Dans celle-ci, nous pouvons dire que les organisations d’économie sociale et solidaire sont celles qui s’organisent selon des statuts tels que ceux des associations, des fondations, des mutuelles, des organismes à but non lucratifs ou, dans le secteur entrepreneurial, des SCOP – Société coopérative ouvrière de production.

La deuxième perspective nous invite à définir les organisations d’économie sociale et solidaire (OESS) selon l’objectif social qui les anime. Celles-ci donnent la priorité à la personne sur le capital. D’abord, dans le cas la finalité de l’action, ces organisations se parent d’une utilité sociale évidente comme par exemple, les crèches, les soins à domicile pour les personnes âgées, l’éducation populaire, la réinsertion professionnelle des individus exclus du marché du travail. Ensuite, les OESS se caractérisent dans leur mode d’organisation par un fonctionnement démocratique où chacun des salariés participe à la définition des objectifs de l’entreprise. Enfin elles s’organisent comme des entreprises sans actionnariat et sans rémunération du capital, ou limitée. Les bénéfices, parce que les entreprises d’ESS recherchent comme toutes les autres la viabilité et les bénéfices, sont redistribués équitablement entre tous les salariés ou réinvestis dans leur objectif social.

L’ESS est une économie, des entreprises qui ont une volonté politique et sociale inclusive, réciprocitaire, ancrées sur le territoire dans une logique de proximité. Mais elle ne correspond pas seulement à cette description simplificatrice et laisse entrevoir une certaine hétérogénéité notamment entre deux groupes particuliers. Le premier est celui des acteurs traditionnels, historiques de l’ESS, économiquement puissant il correspond aux mutuelles, aux banques coopératives. Le second groupe est celui des plus petites entreprises ou associations qui tirent leur énergie des ressources militantes et citoyennes.

Les deux n’ont pas le même regard sur l’économie marchande. Les premiers l’acceptent, l’accompagnent et n’assument pas ou peu leur rôle, leur posture politique alternative. Pis, l’économie sociale à longtemps cantonné l’économie solidaire à la seule gestion de la pauvreté en limitant leur financement. Enfin les premiers sont plus ancrés dans une organisation traditionnelle, pyramidale de leur structure alors que les associations et entreprises solidaires se vivent plus proches des aspirations salariales et citoyennes.

Ces deux perspectives pour présenter les organisations d’économie sociale et solidaire rencontrent cependant des apories. La première est celle que la définition par les statuts évince des statistiques toute une séries d’entreprise qui fonctionnent en SA(RL), et non en SCOP et qui pourtant ont une finalité sociale et un fonctionnement démocratique. Un autre exemple, pour prendre celui de l’Automobile Club, est que le statut d’association ne garantit pas un objectif social tout comme certaines banques coopératives ne sont pas les plus vertueuses. Prenons pour simple exemple les déboires de Natixis sur le marchés financiers. Natixis pourtant filiale des Caisses d’épargne et des Banque Populaire.

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