Popularisées en 1992 au Sommet de Rio, nous assistons depuis 2004 à un retour des thématiques de la décroissance et du développement durable notamment dans leur appropriation par les partis politiques et les entreprises comme dans l’émergence des initiatives locales et citoyennes.
Certes les divers tenants de la décroissance se rejoignent sur quelques éléments cognitifs et politiques tels que la baisse de la consommation, la multiplication des mécanismes éco-efficients ou sur la nécessité d’insuffler une révolution culturelle gage d’une modification des comportements plus acceptée qu’imposée. Ils s’opposent cependant sur les arrière-plans idéologiques notamment entre la génération de Serge Latouche et celle de Paul Ariès. La seconde de réhabiliter la République et l’Humanisme dénoncés dans les années 60’ par la première.
Stéphane Lavignotte nous propose de repérer les composantes idéologiques de ce que Félix Gattari appelait un territoire de référence, de projets et de représentations dont va découler toute une série de comportements et d’investissements, celui de la décroissance.
**
Reprenant les thèses de l’écologie politique depuis Nicolas Georgescu-Roegen et ses thèses novatrices sur la finitude de l’économie et la nécessité de prendre en compte la rareté des ressources naturelles dans le calcul économique,[1] les objecteurs de croissance dénoncent l’importance donnée à la volonté éperdue de croissance économique sur les considérations humanistes. Celle qui favorise, au détriment de la qualité d’usage, une junkconsommation toujours plus insatiable et stimulée par la publicité et des mécanismes volontaires d’obsolescence des produits afin de créer artificiellement une demande source de profits capitalistiques.
Dans cette perspective de remise en cause de la préemption du raisonnement économique qui s’est diffusé au cours des Trente Glorieuses du système productif vers toutes les sphères sociales, les objecteurs de croissance se proposent d’élargir la réflexion sur le bien-être et d’inviter l’homme unidimensionnel[2] – i.e. économique – à réinventer, réinvestir d’autres formes de richesses que sont les liens sociaux ou la culture. Reprenant la critique éllulienne de la technique, Ariès dénonce son utilisation comme outil laissant suggérer la possibilité d’un monde infini et sans limite dont la sémantique même du développement durable est porteuse. S’ils se disent non-technophobes, lui et Latouche dénoncent le mythe, l’idole technologique propre aux sociétés occidentales[3] et critiquent l’association de la technique et de l’économique formant une méga-machine qu’il faut débarrasser de ses frelatâtes prothèses technicistes.