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Billet de blog 13 avril 2011

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Collomb et la Nation #1.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Face au fait-mondialisation, un socialisme sans Etat.

De la vertu en politique.

On rejoindra aisément le point de vue du Baron* quand celui-ci affirme que l’administration française ne peut plus faire fi et des collectivités territoriales, et des relations européennes dans la mise en œuvre des politiques publiques. Les collectivités locales, depuis la décentralisation ont acquis les compétences et la légitimité de la direction de l’action publique et notamment dans le développement économique mais pas seulement. Bien sûr qu’il faut «faire des collectivités des partenaires» de l’Etat et combattre la réforme des collectivités territoriales, lutter contre la «recentralisation». On dénoncera, comme l’auteur, le transfert de charges de l’Etat vers les collectivités sans les moyens qui vont avec. On dénoncera la tentative de caporalisation des collectivités locales par les Préfets.[1]

A ce propos, si notre Maire juge légitime le travail des collectivités locales, on aurait aimé qu’il s’engage dans les cantonales avec l’éthique de la responsabilité politique. Plutôt que de le prier, on aurait aimé qu’il déconseille Thierry Philip de se présenter dans le canton VII, alors qu’il s’était engagé devant les électeurs de la Région pour un mandat envers lesquels il tenait une responsabilité sociale.

La politique, à mon sens, doit être le fait des citoyens respectés ou du plus grand nombre possible de représentants, de praticiens. Il me parait dommageable pour la démocratie que le politique se résume à poser et imposer un VRP, une image-symbole, le relais d’un pouvoir politique donné qui conquièrent les places et les réseaux d’influence, laisse son suppléant-obligé se faire le lobbyiste et le capteur de ressources au service du socialisme collombiste. Ce pourrait être utile pour la coordination des institutions territoriales. Mais ça ne saurait être respectueux du citoyen et de la démocratie. Ce ne sera pas non plus utile pour penser, laisser émerger de nouvelles idées.

Has been l’Etat donc,

«L’Etat ne peut pas tout faire» nous dit le potentiel candidat à la présidentielle en reprenant la phrase de Lionel Jospin, candidat socialiste éliminé on se souvient. C’est un discours «pragmatique,» «réaliste» qu’on a trop entendu à droite pour légitimer un retrait de l’Etat du soutien «de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre» comme le dit Arlès Dufour et que s’approprie monsieur Collomb. C’est un discours qui n’est pas à la hauteur du récit national dont a besoin la communauté. Il n’est pas à la hauteur de l’impérieuse reformulation de son contrat social entre chaque individu inscrit dans des territoires et des conditions sociales diverses et dont l’Etat ne peut être que le seul garant.

L’Etat socialiste pour Gérard Collomb c’est toujours plus de lois et de dépenses, c’est un «mécontentement fiscal qui touche tous les milieux.» Mais il ne s’épanche pas sur les mesures (fiscales) à adopter et stigmatise un Etat qui est sorti de la crise avec des dettes. D’accord, mais une crise en 2008 et depuis les années 1980, d’un Etat qui s’est soumis à la logique d’une mondialisation libérale, de la libre concurrence entre les hommes, les entreprises et les modèles sociaux nationaux. Tous devant revoir à la baisse leurs prétentions sociales. C’est ce qu’Alain Supiot décrit en effet dans son ouvrage, que cite monsieur Collomb et qu’il s’approprie avec une certaine légèreté. Alain Supiot de dénoncer dans celui-ci les attaques répétées contre le projet social et économique de la charte de Philadelphie une économie au service de l’homme, des attaques notamment de la part de l’Union européenne. On y reviendra.

La mondialisation néolibérale, pour Gérard Collomb est un fait (ça aussi, c’est une rhétorique de droite) auquel l’Etat et les citoyens doivent se soumettre. C’est la démission du politique, du social face à l’économique. Et dans cette lignée, la social-démocratie «dépassée» et organisée par l’Etat-Nation doit, pour le maire de Lyon, s’effacer. Les politiques industrielles nationales ne sont plus à l’ordre du jour et ne doivent plus revenir. Terminer la production et la consommation de masse.[2] Terminer aussi le plein emploi.

D’ailleurs, monsieur Collomb va plus loin. Bien sûr et c’est pas un mal de lutter contre l’emploi unique de toute une vie, c’en est pas une. Mais pour lui c’est «l’emploi stable qui doit être remis en cause.» Reformulé, c’est l’instabilité de l’emploi et sans autres précisions c’est la précarité de l’emploi. Et si Gérard Collomb assure que les entreprises fuient le territoire si le code du travail est fort. C’est acter un peu plus encore le principe de politique économique de moins-disant social.

Les réponses de Gérard Collomb, ne sont pas innovantes. On les trouvent depuis quelques années, pardon d’insister, à droite. Le Smic à 1500€, il ne faut pas le faire. Les 35 heures, il faut revenir dessus. La retraite à 60 ans. Il faut s’assoir dessus. Le Maire de Lyon de prendre en exemple l’Espagne et l’Allemagne dont les salariés travaillent jusque 67 ans. Travailleurs, travailleuses : bon courage.

Travailler plus longtemps, si nous vivons plus vieux, pourquoi pas. Mais là encore, pas de précisions selon les professions, pas non plus de pondération comme celle de Michel Rocard qui proposait de travailler plus longtemps dans l’âge mais moins longtemps la semaine. Mais c’était le propos d’un ancien homme d’Etat. Le salut dans la «sécurité sociale professionnelle.» Quelle forme prendrait-elle ? Comment on la met en place ? On ne sait pas.

L’Entreprise-providence.

Sans l’Etat, on le devine, le socialisme de Gérard Collomb se fait avec l’entreprise. Il ne faut pas diaboliser l’entreprise, bien sûr je le rejoins. Et dire que les socialistes de Solferino le font c’est je crois porter une critique trop facile et caricaturale. On me rétorquera que je ne suis pas dans l’appareil, soit.

Bien sûr je le rejoins sur la priorité à donner aux entreprises créatrices de richesses dans l’économie réelle. Bien sûr il faut critiquer l’économie financière et actionnariale. Mais n’est-elle pas le fruit de la mondialisation néolibérale? Bien sûr qu’il faut promouvoir un autre modèle économique. Des investissements à long terme sont indispensables contre les raisonnements courtermistes des actionnaires qui vident les entreprises de leur contenu et les salariés de leur dignité. Nous le rejoignons également. Mais comment nous y prendre ?

Je ne suis pas sûr que l’intérêt bien compris des actionnaires nous y engagent. Je ne suis pas certain non plus que les PME, les sous-traitants d’exigeants commanditaires ou les concurrents d’entreprises d’exportation des pays low-cost puissent penser l’investissement quand elles luttent pour leur survie. D’ailleurs, monsieur Collomb se fend de son exemple et prend celui de la Chine. Elle qui sait investir dans l’avenir. Je fabulerai surement en pensant que la Chine c’est le capitalisme d’Etat, la puissance publique exigeante avec la mondialisation.

Pas d’Etat donc et la mondialisation acceptée, une autre martingale (de droite, décidément) s’impose, c’est la «compétitivité». Un projet basé sur «l’excellence économique.» Rajoutez-y «pour tous.» Et ça fait une belle promesse de campagne, intenable et déjà faite au demeurant, dont le genre est pourtant réprouvée par monsieur le Maire de Lyon.

Alors bien sûr les individus doivent être créatifs, inventer, des biotechs, des cleantechs, des nanotechs. Plus de compétitivité, une plus grande productivité salariale, la clef. C’est un peu court. Surtout si cette compétitivité n’est lue par les chefs d’entreprises que comme accroissement du travail et des responsabilités sur le même nombre de salariés, voire moins. C’est ce qu’on appelle « optimisation des processus de production. » Monsieur Collomb écrit « renouvellement des processus de... » Puisse-t-il préciser.

Terminons, cette première partie.

Le socialisme collombiste du XXI° siècle ne sera pas tout à fait socialiste, on aura compris. Si les socialistes ne diabolisent pas l’entreprise par principe, ils ne peuvent pas non plus en faire l’institution sociale primordiale de notre société. Parce que non, à la différence de monsieur Collomb, je ne crois pas que ce soit « dans l’entreprise et dans l’entreprise seulement que se crée la richesse. » C’est oublier l’association, l’école, les arts, le don contre don, la solidarité. C’est penser la société de demain avec les outils économiques étriqués d’hier comme le PIB.

Enfin, je ne me reconnais pas monsieur Collomb, dans un socialisme qui fait du travail, une valeur directrice de notre société. Le travail n’est pas une valeur, il ne libère pas. Je n’atteindrai pas mon point Godwin ici.


* Nous nous permettons de mobiliser cette caractéristique. Monsieur Collomb s’étant déclaré de même dans son opposition à Solferino, relativement au non-cumul des mandats.

[1] Ce qu’Arnaud Montebourg, Claude Bartolone entre autres ont combattu avec succès.

[2] A ce sujet, nous auront l’occasion de le développer ailleurs dans le quartier-citoyen, un autre logiciel est à penser.

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