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Billet de blog 14 avril 2011

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Collomb et la Nation #2. Laïcité, notre schizophrénie.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Un long commentaire sur la laïcité, quelques pages du livre. Il permettra, au delà de l’opuscule de provoquer un débat sur le thème : La dessus j’adhère à la position de Gérard Collomb. Oui, mais.

Laïcité, notre schizophrénie.

Notre nation républicaine est laïque et la laïcité peut se vivre et se promouvoir de deux manières différentes. L’une des deux est philosophique et elle dénie tout bienfait spirituel de la religion pour l’homme. Elle la voit comme un asservissement intellectuel et culturel des individus prisonniers de schèmes conservateurs qu’il faut pourfendre. Le salut de l’âme ne pouvant être atteint que dans la raison du discours philosophique protéiforme. La seconde laïcité est politique. Elle reconnait à l’homme le besoin du recours à la spiritualité religieuse. Lui laisse et offre la possibilité de vivre son culte.

Si la France a expérimenté vers 1793 la première perspective, les Temples de la Raison nés de la Révolution française ne sont plus et aujourd’hui, notre République s’inscrit dans une laïcité politique. C’est-à-dire que, sur les principes, le citoyen est égal à tout autre peu importe sa conviction religieuse. Il est libre aussi de pratiquer son culte. Libre d’écouter le prêche d’un curé, d’un imam, d’un rabbin ou de tout autre clerc qui officiera hors de l’espace public -la rue, les écoles, les administrations.

En revanche, tout citoyen, peu importe sa conception religieuse doit pouvoir vivre, pratiquer, échanger dans l’espace public – la rue, l’école et l’administration. Interdire ou limiter l’accès des administrations et des services publics aux citoyens portant un signe religieux ostentatoire c’est aller contre le principe universaliste de la République. Dans le mot au moins, monsieur Guéant n’est pas républicain.

La diversité dans l’espace public, c’est l’apprentissage de l’altérité, du débat et de la tolérance, entre religions, entre religieux et laïc(ard)s. A mes yeux, aller contre cette diversité dans l’espace public c’est participer au communautarisme de quelque obédience que cela soit.

L’un des espaces publics, lieu d’apprentissage de tolérance et d’ouverture d’esprit par excellent c’est l’école, l’Ecole républicaine, celle d’une République, la nôtre, qui a fait le choix de la laïcité politique. Dans ce cadre, après le cours de SVT qui a montré l’hypothèse de l’impact de la Lune sur la formation de l’hélice ADN et donc de la vie ou qui a expliqué le darwinisme, la religion doit être mise en débat, mise en échange et en compréhension dans un discours laïcisé de son objet. Sans ça, c’est la famille qui forme l’enfant à la religion et qui se retrouve sans autre point de vue. Sans ça, c’est la famille qui forme à la critique de la religion. Et en fonction de son capital culturel, l’Islam c’est l’islamisme ; le barbu un terroriste ; le voile, une femme lapidée ; le catéchiste un Dutrou autorisé. Sans ça, c’est l’accès empêché à une culture, à des cultures d’une richesse insoupçonnée, même par l’auteur du présent billet qui a fréquenté les mêmes écoles. Inscrire dans un menu de cantine scolaire, du porc et rien que du porc, c’est empêcher des enfants de s’y inscrire. Interdire le port de symboles religieux c’est dans l’hypocrisie, empêcher la possibilité du débat. La burqua au collège ? Une prison qui prive la femme d’outils anthropologiques premiers, c’est non, évidemment.

Lyon, focus.

Le lien maintenant avec le propos de monsieur Collomb. Peu de chose m’oppose. Nous nous rejoignons sur sa première phrase : «une France républicaine où chacun sera libre de pratiquer une religion ou de n’en pas pratiquer. […]Une laïcité qui ne saurait se confondre avec l’hostilité de toutes les religions,» «des religions aurais-je écrit.» Dommage cependant que la majeur partie de son texte ne soit dévolu qu’au Catholicisme républicain et lyonnais. Dommage aussi qu’il n’évoque l’Islam que dans une dernière phrase en rappelant dans la même l’héritage judéo-chrétien de l’Europe. Dommage enfin qu’il ne précise pas une série de propositions favorisant la tolérance évoquée plus haut, le rôle de l’Etat et du politique dans la relation avec le religieux. (C’est l’expression des défauts du livre évoqué ailleurs.)

On pourrait se contenter d’évoquer la loi 1905, celle qui mis entre l’Etat et la religion, un cordon sanitaire qui ôta toute influence d’une religion officielle dans la conduite de l’action politique. Mais un principe est universel, une loi ne l’est pas, elle est contingente des structures sociohistoriques qui l’ont favorisée. Celle-ci est un aboutissement de plus d’un siècle d’anticléricalisme qui fut cependant négocié non pas seulement à l’aune de l’universalisme républicain mais en négociation avec l’Eglise catholique pour la préservation des réseaux et du patrimoine.

Une injustice originelle en devenir qui ne saurait perdurer aujourd’hui et depuis les années 1960, le temps des premières immigrations des anciennes colonies dont les ressortissants pouvaient être de confession musulmane. Pour garantir «le libre exercice des cultes» des citoyens de la République Française, second principe de ladite loi, l’Autorité publique doit aujourd’hui intervenir dans le champs religieux, il le fait déjà. Libérer du foncier, participer au financement des lieux de culte lorsque les fidèles n’en ont pas les moyens.

Une question plus épineuse est celle du dialogue entre le politique et le religieux. En lisant Gérard Collomb, je prends connaissance de la constitution en 2002 d’une instance réunissant l’ensemble des représentants des religions principales présentes sur Lyon : «Concorde et Solidarité». Un groupe informel où les représentants « [apprennent à se connaitre] ». Je crois qu’il s’agit de l’expression d’une dérive possible. Pas d’accusation ici, évidemment, mais une réflexion sur l’institution la plus respectueuse du cadre républicain.

Gérard Collomb agit dans la limite des responsabilités qui sont les siennes, celles d’un Maire qui peut être amené à résoudre des problèmes, des tensions conjecturelles entre communautés ou mieux, à les prévenir. Toutefois instaurer une instance de concertation entre les deux types d’acteurs peut tendre vers un risque de clientélisme, d’électoralisme. Pour prévenir ceci, il eut été possible de créer une commission municipale annuelle ou plus fréquente, en tout cas officielle, dans laquelle les représentants des cultes pourraient témoigner des problématiques impactant «le libre exercice de liberté de culte» – et seulement celles-ci et dont la Municipalité a autorité.

Dans cette commission, nous pourrions en transparence discuter du besoin en lieux de culte ou des contenus des menus dans les cantines scolaires. Nous pourrions aussi témoigner des tensions éventuelles dans certaines zones urbaines et des mesures à adoptée en collectivité. En revanche, c’est l’évidence, cette commission ne pourrait pas statuer, ni même simplement donner son avis sur, par exemple, la pertinence de la tenue du salon de l’érotisme. En définitive, les sujets de discussion ne seraient pas légion. Juste assez pour apaiser un débat ou ne pas le fantasmer.

L’avantage de cette instance, c’est son caractère pluraliste qui garantit, au sein de l’espace public, un traitement équitable des religions, du religieux. Je suis en effet souvent embêté à l’idée de voir défilé très médiatiquement les représentants politiques au dîner du Crif, embêté de voir le président de la République se rendre au Vatican, embêté aussi de voir le chef du gouvernement adouber Hassen Chalghoumi, «l’imam républicain», et interférer de fait dans le champs idéel de la Religion. La séparation de l’Eglise et de l’Etat fonctionne dans les deux sens. Le second de rappeler à la première les règles de la République à respecter.

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