Jean-Claude Casanova vs Paul Jorion, ou la volonté de disqualification

Sur France-Culture, La Rumeur du Monde de ce samedi 19 décembre proposait un "Grand entretien avec Paul Jorion", animé par Jean-Marie Colombani et son compère Jean-Claude Casanova. Si l'emission a permis à Paul Jorion de présenter ses diganostics - lucides et pertinents- sur l'actualité de la crise économique et sociale à l'échelle du monde, elle a aussi permis de mesurer la morgue dont pouvait faire preuve un "édicocrate" affublé du statut d'expert à l'égard de quelqu'un qui n'est pas du sérail. Un seul souci semblait présider aux interventions de l'ancien conseiller de Raymond Barre ("plus grand économiste de France" selon VGE) : disqualifier ce griot qui avait eu l'outrecuidance de prédire la crise du capitalisme américain.

Ainsi, et entre autres :

- emploi répété et méprisant de "Monsieur Jorion" en rupture avec la connivence habituelle dont bénéficient les invités,

- saillies du type "Vous comprenez parfaitement le fonctionnement des marchés du terme, ce qui pour un anthropologue est extrêmement louable"; "La condamnation grossière de la spéculation n'est pas un raisonnement digne d'une personne qui réfléchit".

- recours cynique à l'étymologie : "Je vous rappelle que le mot spéculateur vient du latin speculare qui consiste à voir clair. Par exemple celui qui achète un tableau impressioniste à la fin du XIXe, puisque vous aimez Zola (1). Celui qui achète un tableau impressionniste avant les autres, celui qui comprend que le tableau a de la valeur, est un spéculateur".

Au-delà des réactions outrancières d'un expert qui se sent menacé dans l'exercice de sa fonction, ce comportement ne fait-il pas partie du mouvement de réactions (qui peuvent être verbalement violentes) que l'on constate dans les interventions de plus en plus nombreuses contre Internet et la remise en cause du quasi-monopole du débat public ? Tout semble se passer comme si ces personnes sentaient la maîtrise de l'espace public, au sens d'Habermas, c'est-à-dire les lieux où s'impulsent et se déroulent les débats publics, leur échapper.

(1) Pour Casnova, aimer Zola, c'est être plus ou moins populiste.

Pour écouter et/ou podcaster l'émission : http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/rumeur/index.php?emission_id=30127

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