Alexandria Ocasio Cortez : militantisme d’apparat

Après une opération de « com’ vestimentaire » au gala du Met, l’élue démocrate s’affirme toujours plus comme une égérie des réseaux sociaux, une vedette médiatique en quête de célébrité et d’un statut de popstar progressiste plutôt qu’en combattante radicale du statu quo, des élites et de leur pouvoir.

Au milieu de l’aréopage de stars de la mode, de la musique, du cinéma, des médias ou de la téléréalité présentes au gala du Metropolitan Museum of Art (Met), à New York, Alexandria Ocasio Cortez (AOC) ne dépareillait pas. Bien au contraire elle y fit même sensation.

La cérémonie, « équivalente des Oscars pour le monde de la mode » d’après le magazine hôte Vogue, a tout d’une fête de cour versaillaise louisquatorzienne, notamment par l’extravagante exubérance des tenues arborées par les célébrités participantes (voir ici, âme sensible - ou esthète - sabstenir). Rien de tel qu’un peu d’ostentation criarde pour se démarquer, faire le buzz, promouvoir sa marque et surtout exhiber son statut d’élite.

Certaines personnalités profitent aussi de l’évènement médiatico-glamour pour faire passer des messages politiques, à l’image de la footballeuse Megan Rapinoe et de l’acteur Daniel Levy pour le respect des personnes LGBTQ+, de l’actrice Cara Delevingne contre le patriarcat ou de la députée Carolyn B. Maloney pour un amendement constitutionnel prônant l’égalité des sexes. La représentante du 14ème district de New York Cortez avait choisi d’afficher ses convictions pour la justice sociale en portant une robe subversivement siglée « Tax the rich » (Taxez les riches).

Quune figure de l’aile progressiste du Parti démocrate assiste à une fête de, par et pour les ultra-riches (droit d’entrée : $35 000) pendant une période d’accroissement massif des inégalités, quand 40% des Américains disent redouter une dépense imprévue de $400 et alors que des millions pourraient perdre leur logement d’ici à la fin de l’année, a généré, on s’en serait douter, une petite controverse. Pendant que beaucoup vilipendaient cette visite à valeur d’adoubement de l’aristocratie opulente, indécente, fantasque et déconnectée du monde en crise (économique, sociale, climatique), d’autres saluaient le génie provocateur, la démonstration contestataire, voire l’infiltration dévastatrice de la forteresse des très fortunés.

Dans ce débat homérique, la presse française a choisi son camp. Sur France Tv Info, AOC donnait « le ton pour la réforme fiscale » à venir. Pour Juliette Arnaud dans Par Jupiter sur France Inter, elle avait « fait un coup à la Corinne Masiero », l’actrice qui à la cérémonie des Césars 2020 avait dénoncé « les bourgeois hétéros catholiques blancs de droite ». Sur Slate.fr, Théo Laubry titrait brillamment : « Alexandria Ocasio-Cortez, la plus belle pour aller taxer », flattant celle qui « a frappé fort en réussissant l'exploit d'éclipser toutes les vedettes de la soirée » tout en faisant « un pied de nez aux gardiens du système ». A Terrafemina, Clément Arbrun louait « un coup de génie » et « une leçon de style politique ».

Paris Match, le Huffington post ou encore Le Monde, reprenaient en chœur et en canon la justification prévenant la polémique publiée sur les comptes Instagram et Twitter de l’élue démocrate : « Le média est le message ». Autrement dit peu importe le lieu et les circonstances, cette robe et sa créatrice engagée, Aurora James*, permettaient stylistiquement de focaliser l’attention publique sur un slogan politique réformiste.

Un premier plan progressiste, un arrière-plan arriéré

Pourtant, à bien y regarder, le gala du Met offrait une image d’une tout autre nature. Pour qui se donnait la peine de dézoomer et de parcourir l’arrière-plan de cette liturgie du lucre, se dessinait une métaphore parfaite de la séparation de classe en période de Covid. D’un côté, des élites culturelles et politiques sans masque ne respectant ni distanciation physique ni geste barrière et célébrant dans la joie leurs exubérantes spécificités costumières. De lautre, répondant à leurs desiderata, une classe de servants toute de noir vêtue, masquée, indistincte, anonyme.

Les travailleur.se.s du service et de l’hôtellerie, les photographes et les journalistes, aux faibles salaires et aux longues heures, forment le décor où se déploient les messages d’inclusivité culturelle et de justice sociale si bravement portés par quelques figures de la classe aisée. Sur le devant de la scène, les vraies personnes, individualisées, expressives, célébrées, choyées, à l’arrière le groupe informe, la masse imprécise, non-remarquée car non-remarquable.

Ces aimables serviteurs sont requis de porter masques et uniformes autant pour leur santé que pour le confort rassurant qu’ils procurent à leurs clients. Une transfiguration des consignes du gérant de l’hôtel (fictif) White Lotus : « […] nous devons disparaître derrière nos masques d’aidants plaisants et interchangeables. C’est du kabuki tropical. Le but est de créer pour les clients une impression générale de flou qui peut être très satisfaisante, où ils obtiennent tout ce qu’ils veulent mais sans même savoir ce qu’ils veulent ou la date du jour ou où ils sont ou qui on est […] ».

La crise du Covid-19 et sa litanie de consignes sanitaires à géométrie variable ont affermi de manière glaçante ces écarts de visibilité entre servis et serviteurs. Comme le note Glenn Greenwald : « la normalisation d’élites sans masque assistées par des servants sans visage est ubuesque ». Scrutant les évènements mondains et courus que furent un rassemblement de riches donateurs pour la présidente démocrate de la Chambre des représentants Nancy Pelosi, la soirée d’anniversaire de Barack Obama et le gala du Met, Greenwald écrit : « il y a quelque chose de particulièrement dérangeant – effrayant même – au fait de s’habituer à voir des élites politiques et culturelles se vautrer dans le luxe, sans masque, pendant que celles et ceux, faiblement rémunérés pour satisfaire leurs différents besoins, sont obligés de garder un linge sur leur visage. C’est un puissant symbole du pourrissement grandissant au cœur de la balkanisation culturelle et sociale de l’Amérique […] les travailleur.se.s de ce pays étaient depuis longtemps sans visage au sens figuré du terme, et maintenant, grâce à l’application extrêmement sélective de restrictions sanitaires résolument non-scientifiques, cette condition est devenue littérale ».

Contrairement à ce que prétend la représentante Cortez pour justifier son excursion au pays des (très) privilégiés, nombre de personnes des classes laborieuses étaient déjà parvenues jusqu’aux cénacles de l’oligarchie mondaine. Elles en étaient juste les employées anonymisées. Pas sûr quune robe même à message suffise à leur redonner une voix ou un visage.

 

En politique, communiquer est-ce agir ?

Une fois l’image nuancée et remise dans un décorum plus général, il est possible de se focaliser sur les conséquences de la détonation finement ourlée quAOC a porté dans les cercles patriciens et le débat public. Ses qualités de communicante hors pair, son armée de followers sur les réseaux sociaux et sa capacité à polariser l’opinion pour ou contre elle ont contribué à faire de la taxation des plus riches un sujet-tendance. Les grands médias ont été obligés d’abandonner pour un temps leur rhétorique pro-guerre, anti-retrait d’Afghanistan, contre les démoniaques menaces intérieures (mouvement QAnon ou culture woke selon leur obédience) et de parler d’équité fiscale et de justice sociale. A l’approche d’un débat parlementaire sur un plan de relance économique ce n’était pas une mince affaire.

Le fait est que dans un pays aussi politiquement divisé que les Etats-Unis toute communication est sujette à instrumentalisation dans la « guerre culturelle » entre droite et gauche. Faire de la juste imposition des plus aisés un sujet d’empoignade à la machine à café à même de fortifier son camp et d’affaiblir l’adversaire est stratégiquement un coup gagnant. Le talent et l’engagement de la députée newyorkaise en la matière ne sont plus à démontrer. Depuis son entrée en politique en 2018, elle a largement contribué à populariser des thèmes de campagne comme « Medicare for All » (assurance santé universelle) ou le « Green New Deal » (plan de transformation économique verte).

Mais l’immense influence d’AOC sur la Toile a aussi un revers. Shant Mesrobian décrit comment : « Les réseaux sociaux offrent maintenant aux élu.e.s un chemin vers la célébrité et un statut dans la pop culture qui contourne beaucoup l’ancien et salissant art politique […] Si la priorité de maintenir un empire d’influence sociomédiatique concurrence, ou dépasse, la priorité d’être un.e législatrice.eur à succès – et il n’est pas difficile de voir comment cela peut être plus immédiatement gratifiant– la politique elle-même peut être assimilée par les incitations tordues de l’économie de l’attention en ligne. En effet la figure politique dont le style a le plus en commun avec les membres de la « Squad » [surnom des démocrates progressistes au Congrès dont AOC] est le président Trump – tous génèrent bien plus d’attention, de publicité et de controverse pour ce qu’ils twittent que pour ce qu’ils font réellement de leur mandat ».

Toute action politique s’inscrit dans un rapport de force. Un discours mobilisateur, un message porteur, un slogan percutant sont autant d’armes à disposition pour le faire évoluer en sa faveur. Se placer au centre de l’attention nationale et contribuer aux termes de la conversation publique est un gage important de pouvoir. Il suffit pour s’en convaincre de mesurer la force écrasante des discours dominants (sur la crise sanitaire, la politique économique, les affaires militaires, faîtes votre choix).

Mais un.e député.e, à la différence d’une star du foot ou du cinéma, se voit confier constitutionnellement des moyens politiques supplémentaires substantiels : le droit de vote législatif et la possibilité d’interpeller et de contrôler l’exécutif. Tout l’art politique se situe dans l’alchimique mise en musique de ses moyens institutionnels, médiatiques, de mobilisation sur Internet, en meeting, dans la rue, afin de promouvoir ses convictions et de faire avancer ses buts de guerre. Si votre capacité d’action est inversement proportionnelle à votre grande gueule, quel est votre pouvoir véritable ?

 

De figure subversive à idiote utile anti-Trump

Lors de sa première campagne en 2018, Alexandria Ocasio Cortez comprenait parfaitement les arcanes de la démocratie américaine : la prédominance de l’argent et du pouvoir des grandes corporations, la sédimentation d’une classe politique professionnelle corrompue et déconnectée des préoccupations de la population, la servilité des grands groupes médiatiques tout occupés à manufacturer du consentement public.

Inspirée par Bernie Sanders, prétendant malheureux à la primaire démocrate de 2016, la candidate AOC choisit et assuma d’être une figure révolutionnaire : « le pouvoir du peuple contre celui de l’argent » disait-elle. Sa campagne fût financée par de petits donateurs et refusa les contributions des entreprises et des lobbys. Elle prônait un renouvellement de l’état-major du Parti démocrate ; la contrainte non-violente pour forcer le personnel politique à suivre la volonté populaire, par l’organisation militante, la manifestation et le dépôt de candidatures dissidentes lors de primaires contre les tenants du statu quo ; la remise en cause des budgets militaire, de surveillance intérieure et d’oppression extérieure ; une réforme pénale visant à réparer les torts causés par les précédentes  législations particulièrement répressives ; des mesures de populisme économique (aux Etats-Unis, cette désignation d’une politique redistributive visant à affaiblir les oligarques capitalistes et financiers au profit de la population dans son ensemble n’est pas – si tant – controversée).

Son succès face à Joe Crowley, député pendant 20 ans et membre conservateur de lestablishment démocrate, couplée à d’autres victoires progressistes, était un coup de semonce pour l’aristocratie politique washingtonienne. Sa première action, à peine élue et pas encore investie, fût de participer à une manifestation pour le « Green New Deal » devant le bureau de Nancy Pelosi, leader démocrate au Congrès depuis 10 ans. Son premier acte à la Chambre des représentants fût… de voter pour l’élection de Nancy Pelosi au poste de « Speaker of the House » [Présidente de lassemblée].

Après quelques échanges houleux et malgré quelques coups d’éclat AOCiens, l’aile gauche et le centre droitier du Parti démocrate trouvèrent un modus vivendi : unité de façade et sus aux Républicains. La députée Cortez clara donc qu’il y avait « de la place pour les socialistes au sein du Parti démocrate » et surnomma la présidente de la Chambre Pelosi « Mama bear » [Maman ours].

Les membres de la « Squad » n’étaient pas assez nombreux pour impacter l’agenda législatif, encore moins avec un Sénat à majorité républicaine. L’état-major démocrate pouvait laisser aller leur rhétorique réformiste, d’autant qu’elle captait et canalisait la colère de leur propre électorat, tout en servant les intérêts de leurs grands donateurs : vote des budgets militaires et de surveillance en hausse, allégements fiscaux pour les plus riches, blocage de toute tentative de régulation financière ou environnementale…

Pour la classe des élites culturelles aussi aisées qu’éduquées, ces femmes jeunes, progressistes, issues des classes laborieuses et des minorités raciales, étaient des figures d’opposition au trumpisme bien plus pratiques et légitimes que ne l’était l’establishment âgé, blanc, bourgeois et néolibéral du Parti démocrate. Pourvu qu’elles ne menacent pas (trop) le statu quo socio-économique, elles étaient révérées sur les plateaux-télé et les réseaux sociaux comme des incarnations de ce que l’Amérique avait de meilleur. Tout le contraire de l’aberration orange, incompétente, raciste et misogyne qui trônait dans le bureau oval.

 

Militante en captivité cognitive

Les primaires démocrates précédant les élections générales de novembre 2020 furent en grande partie focalisées sur la personnalité la plus à même de battre Donald Trump. Pendant un temps AOC soutint Bernie Sanders mais elle s’en distança en raison du soutien que le sénateur du Vermont avait reçu du plus populaire podcaster du pays, Joe Rogan. Ce dernier était jugé négativement par une partie de l’élite culturelle de gauche du fait de propos jugés « problématiques » par des activistes LGBTQ+. Après quelques succès Sanders fût confronté à un « tout sauf Bernie » de la part des autres candidats qui abandonnèrent unanimement en faveur de Joe Biden. L’électorat âgé, convaincu par des médias catégoriques quant aux chances de victoire de l’ancien vice-président, et ne voulant pas risquer les remous d’une candidature ouvertement socialiste, termina d’enterrer les espoirs nés en 2016.

Non-contente du petit carré d’herbe coupée sous le pied de son ancien champion, AOC refusa son soutien aux candidatures challengeant des démocrates conservateurs installés. En dépit de son propre parcours et de ses anciennes promesses, elle resta à l’écart des conflits sur la ligne du parti et de ses représentants, préférant « travailler à l’intérieur du système ».

Malgré cette désertion, son camp progressa dans les urnes, alors que la majorité démocrate dirigée par Pelosi s’amenuisait. La « Squad », passée de 4 à 6 membres, et le caucus progressiste au Congrès étaient désormais en posture de peser plus fortement dans le processus législatif, leur soutien se révélant quasi-indispensable.

Né sur Internet en décembre 2020, un appel populaire prescrit aux démocrates de ne pas voter pour la réélection de Nancy Pelosi pour la position de « Speaker » si elle ne s’engageait pas à soumettre au vote des députés le projet « Medicare for All ». Une façon toute politique d’utiliser son pouvoir institutionnel. En pleine pandémie et alors que des millions d’Américains avaient perdu l’assurance santé liée à leur travail, le projet d’une « Sécu » universelle et publique n’avait jamais été aussi prisé. Bien conscients qu’ils perdraient ce vote, ces internautes-activistes voulaient forcer les démocrates à sortir de leur rhétorique de principe et à révéler leur véritable position par un vote officiel afin de pouvoir les challenger lors de primaires le cas échéant. AOC s’opposa au mouvement et à sa stratégie, déclarant qu’il y avait plus d’avenir à agir en coulisses. Pelosi redevint « Speaker » le 4 janvier 2021.

Au cours de la campagne, après les manifestations « Black Lives Matter » (« les vies noires comptent », mouvement contre les violences policières et l’oppression raciale), un autre appel était devenu tendance sur le Net activiste et dans les cercles huppés des chics banlieues démocrates : un projet pour le « dé-financement » de la police (« Defund the police »). Bien qu’assez peu populaire dans les milieux modestes, il fût pleinement embrassé par les membres de la « Squad », dont AOC. Pourtant quand la proposition de financement de la police du Capitole arriva au Congrès lestée de deux milliards de dollars supplémentaires, les progressistes s’organisèrent pour la laisser passer. Quelques-uns votèrent contre, d’autres pour, AOC vota « présente » (ni pour ni contre). Le projet passa d’une voix.

Dans la perspective des élections de mi-mandat de novembre 2022, toujours délicates pour le parti au pouvoir, l’élue newyorkaise fit don de $ 160 000 pour aider des démocrates en péril. Beaucoup de ceux-là étaient des conservateurs tout-à-fait opposés aux priorités législatives progressistes (certains retournèrent même les donations de peur d’être associés à la diablesse socialiste). Imaginez ce que durent ressentir les donateurs d’AOC. Verser à une candidate un peu de son argent durement gagné dans le but qu’elle se batte pour améliorer la situation de tous par des mesures radicales et la voir financer des candidats tenants du statu quo.

Mais à Washington plus qu’ailleurs le nerf de la guerre, c’est l’argent. Dans les couloirs du Capitole, ce sont les dollars que vous pouvez rapporter au parti qui fondent votre pouvoir et votre influence. Voilà le jeu qu’AOC a décidé de jouer avec les donations de ses petits contributeurs.

On pourrait multiplier les exemples des retraites et des renoncements « squadiens » : le soutien apporté au président Joe Biden contre vents et marées ; le vote d’un budget militaire encore en hausse ; l’indifférence quant à la situation des migrants à la frontière sud (alors que sous Trump, on s’insurgeait contre les « camps de concentration ») ; l’absence d’une hausse du salaire minimum contrairement aux promesses de campagne ; une inaction quasi-criminelle face à la crise climatique ; etc.

Ce n’est pas tant que les progressistes n’aient pas pesé dans les débats, ce n’est pas qu’ils n’ont pas remporté quelques succès. Mais, alors que les démocrates contrôlent les deux chambres du Congrès et la Maison Blanche, l’aile gauche radicale refuse systématiquement d’employer la manière forte, celle qui était promise par AOC et ses soutiens, celle d’un courant minoritaire visant à devenir majoritaire, celle de menacer de subversion (non-violente et démocratique) les élites au pouvoir.

Dans son livre « Twilight of the elites », le journaliste Chris Hayes analysait la faillite de la méritocratie américaine. L’un de ces points les plus pessimistes, dans une perspective de changement radical, était que : « avoir accès aux élites » et plus encore « une immersion prolongée » dans leurs cercles a pour « résultat inévitable » la « capture cognitive ». A force de côtoyer le gratin, n’importe quelle personne, aussi brillante, engagée et déterminée soit-elle, finira par se retrouver la captive des modes de pensée et des référents de l’aristocratie en place. Persuadés de leur bon droit, de la justesse de leur vue et de la légitimité de leur position, ces aristocrates toujours ignorent, souvent méprisent et avec acharnement combattent toute figure menaçant de subvertir l’ordre établi. Mais s’ils ne peuvent l’écraser, ils l’intègrent.

En faisant le choix de jouer le jeu du système plutôt qu’à chercher à le renverser, non-seulement la députée Cortez abandonne ses électeurs modestes, sauvegarde le statu quo et préfère la popularité sociomédiatique à la combativité radicale, mais pire elle trahit l’intrépide candidate qu’elle a été.

 

*Au moment de l’écriture de ses lignes, l’entreprise d’Aurora James est soupçonnée de devoir des milliers de dollars au fisc américain et de ne pas indemniser ses stagiaires.

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