D'autres catastrophes de types Lubrizol et AZF sont encore possible

A côté du dessin, je travaille pour les élus au CSE (et pour ceux au CHSCT avant les ordonnances Macron) et quasi exclusivement dans des entreprises Seveso de la chimie, dans le but d’améliorer les conditions de travail, de santé et de sécurité des salariés.

Je ne comptais pas parler de Lubrizol, n’étant jamais intervenu dans cette entreprise et ne connaissant pas, de fait, ni le procédé ni l’organisation du travail de ce site. Cependant, aujourd'hui, je suis sur les nerfs…

En effet, à côté du dessin, je travaille pour les élus au CSE (et pour ceux au CHSCT avant les ordonnances Macron) et quasi exclusivement dans des entreprises Seveso de la chimie, dans le but d’améliorer les conditions de travail, de santé et de sécurité des salariés.
Or, depuis 6 ans que je fais ce métier, je constate que malgré nos multiples alertes concernant la dangerosité de baisser les effectifs, la dangerosité de toujours charger plus les salariés, la dangerosité d’avoir un recours accru aux contrats précaires (CDD et intérim) ou bien encore la dangerosité d’avoir plusieurs niveaux de sous-traitance, les directions s’en foutent ou bien, lorsqu’elles ont l’oreille plus ou moins attentive, se soumettent à leur direction internationale, la finalité étant toujours la même : produire plus (ou autant) avec toujours moins de salariés.
Encore cette semaine, j’intervenais dans une usine Seveso, et le pompier que j’ai rencontré me confiait que la fréquence et la gravité potentielle des incidents qui ont eu lieu au cours de ces deux dernières années est inquiétant, surtout que le personnel est en sous-effectif, qu’il n’est quasiment pas formé sur les questions de sécurité, que le POI (Plan d'Opération Interne) est catastrophique, que les salariés se retrouvent, à force, dans une situation très dégradée de RPS (Risque PsychoSociaux), etc. Pourtant, quasiment rien n’est fait pour mettre un terme à cette situation…

Alors oui, aujourd'hui, j’ai les larmes au bord des yeux et je suis énervé. En rage même de constater qu’il faut qu’il y ait une catastrophe pour qu’enfin on s’intéresse à ces questions dans les « grands médias ». Et encore… Est-ce qu’on ira plus loin dans les investigations (à Lubrizol comme ailleurs) ou se contentera-t-on, comme trop souvent de fois, d’écouter les salariés et leurs représentants syndicaux qu’une fois qu’une catastrophe a lieu ? Est-ce qu’on écoutera enfin les salariés et leurs représentants quand ils se battent chaque jour contre des baisses d’effectifs et des réorganisations qui ne font que désorganiser le travail et mettre en danger les salariés ? Est-ce qu’on n’arrêtera de traiter de conservateurs les militants qui remettent en cause la fusion des CHSCT, des CE et des DP, alors que le CHSCT était justement une instance à part entière pour que les questions de santé et de sécurité puissent être traitées pleinement sans être soumises à des questions économiques ? Est-ce qu’on rendra compte des conséquences dramatiques, en termes de santé et de sécurité, de la casse de la médecine du travail et de l’inspection du travail ?

Bref. Je ne connais pas Lubrizol, et j’étais trop jeune pour pouvoir connaître AZF, mais ce dont je suis sûr, c’est qu’il y a des Lubrizol et des AZF en puissance !
Peut-être que pour l’instant cela ne se traduit que par des situations de RPS, des accidents du travail, etc. Mais si l’on continue dans cette voie, où d’un côté on privilégie les dividendes des actionnaires aux conditions de travail, de santé et de sécurité des salariés, et de l’autre, on n’écoute pas, voire on dénigre, les militants syndicaux et leurs revendications, alors oui, dans 1, 5, 10 ans, peut-être plus, peut-être moins, d’autres Lubrizol et d’autres AZF auront lieu.


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