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Billet de blog 2 janv. 2022

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3 féminicides en moins de 24 heures : en 2022, la France est toujours un pays sexiste

Nous sommes le 2 janvier 2022, et 3 hommes ont tué leur compagne ou ex-compagne. Le gouvernement français n'en dit pas un mot.

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Si vous aviez encore besoin de preuves quant à l'héritage patriarcal et sexiste de notre pays, en voici une énième. 

Le 1er janvier 2022, à Labry, en Meurthe-et-Moselle, une femme de 56 ans a été retrouvée morte, après que des voisins ont entendu des cris entre la femme et son conjoint et appelé la police. Le même jour, une militaire de 28 ans a été tuée de plusieurs coups de couteau ; son conjoint est l'auteur présumé du crime. Le même jour encore, une femme de 45 ans a été tuée à Nice, a priori par son ex compagnon. 

Trois hommes ont tué leurs conjointes ou ex-conjointes, en une seule et même journée. Nous avons l'habitude de dire qu'en France, une femme meurt sous les coups de son conjoint ou ex tous les trois jours : en 2022, la violence envers les femmes va-t-elle s'accélérer ? Assiste-t-on à une guerre ouverte contre le genre féminin ? Pourquoi ces femmes meurent-elles sous l'indifférence générale d'un gouvernement qui a promis de faire de sa "grande cause du quinquennat" la lutte contre les inégalités entre femmes et hommes ? 

L'Etat français ne soutient pas les femmes

“Les moyens ne sont toujours pas là, les réformes structurelles ne sont toujours pas là, et ce qui a été annoncé relève soit de la mesurette, soit de la redite de choses qui existaient déjà” déplorait déjà en mars 2021 Ursula Le Menn, porte parole de l'association Osez le féminisme. Trois femmes meurent le 1er janvier 2022, et aucun message de la part d'Emmanuel Macron, de Jean Castex ou même d'Elisabeth Moreno, qui brillent par leur silence sur leurs réseaux. 

Elisabeth Moreno annonçait au mois de juillet dernier, pour l'année 2022, un budget de 50,6 millions d'euros pour lutter contre les inégalités entre les genres, avec un accent mis en particulier sur les violences que subissent les femmes. Cela semble être une bonne nouvelle, mais quid des 41 millions alloués pour l'année 2021 ? 113 hommes ont pu tuer leur compagne en 2021, combien pourront encore le faire avant que l'on mette les bons termes sur les actes des hommes qui tuent, et que l'on prenne enfin les mesures nécessaires pour combattre la misogynie systémique ? 

Les bracelets anti-rapprochement ne servent à rien, et les plaintes portées par les femmes non plus. En effet, dans une étude menée par Libération entre 2014 et 2016, on découvre que seulement 14% des femmes victimes de violences portent plainte, 8% déposent une main courante. Pourquoi ? Par exemple, parce que Cécile, âgée de 44 ans, a été tuée par son mari en 2019, alors qu'elle avait déposé 22 plaintes. En 2020, près d'une femme sur 5 avait porté plainte avant d'être tuée par leur conjoint. Comment cela peut-il encore arriver ? 

La France est un pays sexiste

Si le terme féminicide est entré dans le dictionnaire, les violences spécifiques de genre peinent encore à être reconnues pénalement. En effet, le parquet de Nice a ouvert ce jour une enquête pour "homicide volontaire sur conjoint" à la suite du meurtre d'une femme de 45 ans, mais il est intéressant de noter que de nombreux pays, en particulier en Amérique du Sud, incluent la notion spécifique de féminicide dans leur droit pénal. 

En France, les femmes ne sont pas en sécurité : en 2019, 22 900 viols ont été enregistré. 113 femmes ont été tuées par des hommes. Gérald Darmanin, accusé de viol, est ministre de l'Intérieur. Une étude IPSOS montre que 81% des femmes en France ont déjà été victimes de harcèlement sexuel dans les lieux publics. L'OIT a mené une enquête entre 2017 et 2019 et conclut que 52 % des femmes ont été victimes de harcèlement sexuel au travail.

Oui, cela arrive aussi aux hommes. Des hommes meurent, des hommes sont harcelés, des hommes sont agressés. Seulement, dans de nombreux cas, ils ont en amont fait subir des violences à celles qui les tuent. Seulement, dans de nombreux cas, ils se font agresser, tuer ou violenter, par d'autres hommes. 

La masculinité est toxique, la virilité est toxique : elle justifie la domination, la violence, le sexisme et même l'homophobie. Il est grand temps que notre pays s'en rende compte, qu'il utilise les bons termes et qu'il prenne enfin la mesure de l'urgence de la situation. Nous devons en finir avec cette société patriarcale, et vite. 

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