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Billet de blog 5 juil. 2021

Non, le congé paternité n'est pas suffisant

Le 1er juillet dernier, le congé paternité passait enfin de 11 à 25 jours, dont 4 jours obligatoires après la naissance de l'enfant. Néanmoins, l'écart reste saisissant avec le congé maternité, qui dure au total 16 semaines.

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Tout le monde félicite le gouvernement d'Emmanuel Macron qui semble agir réellement en faveur de l'égalité entre les genres, comme il l'avait promis en 2017. L'allongement du congé paternité, qui est passé le 1er juillet de 11 à 25 jours dont 4 obligatoires (en plus des 3 jours de naissance, eux aussi obligatoires), semble effectivement faire partir des grandes avancées du quinquennat.

Comme on peut le lire sur le site du gouvernement, le congé paternité est une "avancée sociale majeure" qui a pour objectif, entre autres, de "favoriser plus d'égalité entre les hommes et les femmes". Mais est-ce réellement le cas ?

Une inégalité qui persiste

Si les pères vont enfin pouvoir profiter de quelques jours supplémentaires lors de la naissance de leur enfant, ils n'auront toutefois que 7 jours (3 jours de naissance + 4 jours de congé paternité obligatoire) à prendre de manière "forcée" s'ils n'avaient pas particulièrement envie de s'investir dans leur rôle de père de famille. 

En effet, même si j'espère sincèrement que les chiffres vont montrer un réel désir de prendre leur place au sein de leur famille, le sondage réalisé en juin 2021 par le cabinet de conseil Génie des lieux montre que 61% des répondants masculins se positionnent contre cette nouvelle loi. Ils sont également 68% à considérer que ce droit n'est pas important, alors même qu'ils estiment à 56% que l'allongement du congé paternité permettrait de briser le plafond de verre, cette barrière invisible qui empêche les femmes de gravir les échelons d'une entreprise aussi vite que les hommes. 

Les conséquences de ce congé genré 

Cette dernière information est essentielle : le congé maternité et l'essentialisation de la catégorie "femmes" de notre société joue un rôle crucial dans les inégalités entre les genres. Les femmes passent plus souvent à temps partiel suite à une grossesse, elles sont donc plus précaires en cas de séparation. Elles se voient également proposer moins de promotions, puisqu'on s'attend d'elles qu'elles soient absentes, en retard, à cause de la charge mentale et maternelle qu'elles occupent. 

En plus du congé maternité et paternité, il existe en France et en Europe le congé parental, qui permet à un parent d'arrêter de travailler pour s'occuper de son enfant, et ce pendant 1 an, renouvelable deux fois, jusqu'au 3ème anniversaire de l'enfant. Les deux parents peuvent donc le prendre, mais au sein des couples hétérosexuels, on remarque que moins de 1% des pères choisissent d'avoir recours au congé parental. Les femmes sont donc plus nombreuses à sortir du monde du travail pendant plusieurs mois ou années, et sont donc pénalisées lors de leur retour au sein de leur entreprise, ou bien pour avoir une promotion, ou bien pour postuler ailleurs.

Ce qui est d'autant plus étonnant, si l'on revient au sondage mentionné plus haut, c'est qu'une partie des hommes ont bien conscience de ces raisons, et qu'ils préfèrent néanmoins ne pas prendre leur part de responsabilité en tant que parent, quitte à disqualifier leurs partenaires.

Peut-on faire autrement ?

Je suis personnellement pour un congé parentalité qui soit non genré, et qui soit divisé entre les deux parents de manière égale et obligatoire. Cela permettrait de réduire la discrimination à l'embauche, sans aucun doute, puisque tous.tes les employé.e.s seraient susceptibles de prendre un congé parentalité.

Parce qu'il est primordial que les mères qui veulent rester près de leur enfant puissent le faire sans être dévalorisées sur le marché du travail, il est impératif aujourd'hui d'éduquer les hommes à prendre leur responsabilité. Ils ne sont ni baby-sitters, ni aidants, ils sont pères à temps plein dès lors qu'ils émettent un projet de grossesse avec leur partenaire. Le gouvernement ne va pas assez loin puisque la durée obligatoire du congé paternité est anecdotique, et parce qu'elle ne s'accompagnera certainement pas d'une sensibilisation massive sur le territoire.

Le congé paternité n'est pas une avancée sociale majeure, tant qu'elle restera non "contraignante" et qu'elle ne s'accompagnera pas de changements structurels pour offrir enfin aux enfants, la même opportunité de grandir auprès de ses deux parents lorsqu'il a été conçu dans une famille hétérosexuelle composée d'un père et d'une mère. 

Messieurs, on vous attend au tournant.

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