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Billet de blog 26 avr. 2021

Ne pas vouloir d’enfant, un acte politique?

Mon désir de ne pas être mère a d’abord été un simple désir personnel de jeune femme. Il est devenu un choix de femme qui va à contre-courant. Encore largement tabou, la décision de ne pas être parent revêt des centaines de raisons diverses. Mais elle reste un choix politique et féministe pour beaucoup d'entre nous.

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Il y a des childfree (comprenez, personnes qui désirent ne pas être parents) militant.e.s, des childfree non politisé.e.s. Des childfree écologistes, et d’autres qui s’en moquent. Des childfree féministes, et même des childfree misogynes. Hé oui, comme à peu près toutes les communautés de personnes, les childfree ne sont pas un groupe homogène, et il existe sans aucun doute autant de raisons de ne pas faire d’enfant que de personnes désirant en avoir.

Pour moi, ne pas avoir d’enfant est un acte politique. Parce que l’utérus est l’organe le plus politique qui soit. C’est lui et sa fonctionnalité qui permet de faire fonctionner la société et d’assurer sa survie. Pourquoi les lesbiennes sont-elles vues comme un danger sociétal immense, pourquoi sont-elles la communauté queer parmi les plus violentées ? Parce que ce qui définit les femmes, les “vraies”, c’est leur capacité de travail reproducteur, qui ne peut, selon les bonnes mœurs, aller sans l’appareil génital masculin. Les lesbiennes se passent de la sexualité avec les hommes, elles se passent (se passaient, même si la société française met un point d’honneur à leur interdire encore et toujours) de la procréation. Elles représentent un risque d’effondrement de la société, société basée, je le répète, sur l’exploitation des corps des personnes dotées d’un utérus. 

Sans notre consentement à nous reproduire, à souffrir, puis à offrir notre temps dans l’éducation de futurs adultes, les rouages si bien huilés de la société grinceraient sérieusement. 

Le privé est politique, dit-on 

Mon désir de ne pas être mère a d’abord été un simple désir personnel de jeune femme. Il est devenu un choix de femme qui va à contre-courant. Il est maintenant une décision de militante féministe. Je ne pense pas que la maternité soit anti-féministe, ça non. Je ne pense pas non et met un point d’honneur à préciser que tous.tes les childfree ne sont pas politisés.

Je pense néanmoins malheureusement que la parentalité reste un mécanisme de domination des femmes puisqu’il implique plus de précarité à cause des emplois à temps partiel et des plus faibles retraites, plus de travail gratuit, de charge mentale et d’épuisement, moins d’opportunités professionnelles, moins d’indépendance financière donc, moins de libertés aussi. 

A titre personnel donc, ma décision de ne pas mettre au monde un humain est une critique du système dans lequel j’évolue malgré moi.  Je ne veux pas participer à une norme qui utilise gratuitement mon temps pour façonner à sa manière des humains dans la société citée plus haut. Je ne pourrai pas regarder mon enfant en face en lui disant : oui, je savais, mais je t’ai quand même imposé de vivre là-dedans. 

Pourtant, je mets toute mon énergie et une bonne partie de mon temps à tenter, à mon échelle, de déconstruire la société inégalitaire instaurée par des années de patriarcat. Je ne suis ni défaitiste, ni fataliste.

Questionner la famille, le couple, l’hétéronormativité, la sexualité

Décider de ne pas être parent, et le revendiquer ou l’annoncer publiquement (on en parle peu, mais oui, on doit faire son coming out childfree), c’est généralement s’attirer la foudre de sa famille, ses ami.e.s, ses collègues et du modèle patriarcal, capitaliste et hétérocentré tout entier. Rien que ça. 

Oui, parce que, pourquoi se marier si ce n’est pour fonder une famille (véridique, les questionnements agressifs ont commencé à mon égard au moment de mon mariage) ? Pourquoi, quand on est une femme, vivre en couple avec un homme si ce n’est pour bâtir un foyer à soi, et ainsi créer un nouvel humain, afin de sceller le fruit d’un amour ? Pourquoi    continuer à ne pas vraiment jouir (l’étude Becoming clitorate datant de 2018 montre que 80 à 95% des femmes ne peuvent pas jouir sans stimulation clitoridienne), à perpétuer les rapports phallocentrés, sans plaisir et sans créativité, si ce n’est pas pour faire se rencontrer un spermatozoïde et un ovule ? Finalement, pourquoi continuer de prôner l’hétérosexualité si ce n’est pour perpétuer l’espèce humaine ? 

Je le répète : on peut ne pas avoir envie d’être parent sans en faire un cheval de bataille anarchiste. On peut aussi, faire un enfant, et être conscient.e de toutes les problématiques citées ici et les combattre également. Seulement, affirmer son désir de ne pas être parent est une ouverture vers la déconstruction des normes sociétales et des modèles actuels, tous, sans exception, construits socialement, politiquement et culturellement. Évidemment, nous n’allons pas tous.tes arrêter de faire des enfants demain et disparaître en 100 ans. Mais nous pouvons faire évoluer notre mode de vie pour nous émanciper d’une idéologie familiale excluante, construite depuis des siècles pour nous la rendre naturelle et ainsi garder les personnes sexisées sous le joug du patriarcat et du capitalisme. 

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