Du danger d’une démocratie en dérive : Notre parti, le Sénégal ! 1
Il nous vient d’ici, de là, que le Sénégal va mal, plus exactement très mal comme jamais son devenir compromis, irrémédiablement presque, n’est plus à démontrer. Une telle situation, incomberait à un seul homme, le Président en exercice, nous précise-t-on. Vieux, ringard, caractérielle, omniscient, tout y passe, l’on oublierait qu’il a été adulé et fortement élu. D’ailleurs une élection oh combien menée avec entre autres des revanchards, opportunistes. Bref. Que le Sénégal soit mal, politiquement nous en convenons, et admettons par conséquent les effets ressentis sur le plan économique et social. Mais, est-ce que cela fait du Sénégal une exception ? Bien que non. Aux Trente glorieusesont succédé les Trente calamiteuses, et le passage aux Trente prometteusesest critique partout au monde. Wade n’a pas tenu ses promesses, c’est vrai ; voilà en un mot le reproche. En avait-il fait trop pour ne pouvoir les réaliser toutes ? Ou, s’est il refusé par choix ? Il reste que le Sénégal est un pays démocratique, laïque, et à gouvernance civile jusqu'à ce jour. Grâce à cela et au-delà, depuis le Sénégal de nos ancêtres, des populations sont venues progressivement de partout s’y greffer. La paix sociale qu’affiche le pays est le terreau qui nourrit l’harmonie de cohabitation entre divers groupes nationaux, linguistiques, religieux, confrériques... Ce capital social et humain facteur de développement, l’on ne prend souvent pas la mesure de son inhérente fragilité. Le chaos n’est l’exclusivité d’aucun pays. S’il y a diagnostic à faire, nous ne saurions le faire mieux que le citoyen lambda, ni différemment de lui. Les disparités de revenues avec leur cortège d’incidences sont davantage fortes : l’éducation, la santé sont à trois vitesses, les causes structurelles sont irréfutables. Cependant nous introduirons une nuance par l’interrogation : un seul homme, peut-il dans une démocratie en être le responsable ? L’alternance ayant fonctionné avec la transhumance politique qui l’a caractérisée, la volonté du peuple entendue, la nation et l’état ont été en phase au moins un laps de temps. La nation tout entière pratiquement, dans sa grande frange composée de société politisée -la société civile, notion obsolète- décida du changement de régime, le sopi prit effet. Dès lors cet état d’un Sénégal nouveau n’est il pas l’incarnation politique du peuple souverain ? Si oui -c’est le cas- sa légitimité demeure tout le temps de la mandature légale, d’autre part le président comme tout autre citoyen éligible peut prétendre à se (re) présenter. Libre à chacun de le contester, le mieux est de lui refuser une seconde légitimité présidentielle par les urnes. Ce n’est d’autant pas si compliqué que les débats contradictoires et les élections démocratiques sont possibles -bien y veiller. Le pire est d’entrer en guérilla pré électoraliste, s’arc-bouter sur ses positions au simple motif que le mal gouvernance préjudiciable qu’elle est, justifie toute réaction. C’est là un risque de tensions claniques sans merci au mépris des règles institutionnelles. Les insuffisances, manquements, abus de pouvoir dont fait preuve un pouvoir ne s’auraient servir de prétexte à un état de déliquescence, de guerre civile.D’ailleurs faut-il ignorer que toutes les démocraties sont en crise ? Faut-il oublier que l’état, organe central politique, administratif et gestionnaire est partout au monde moins apte qu’avant ? Faut-il laisser croire que les questions économiques et sociales se résolvent par les seuls moyens financiers si les mentalités n’évoluent, et ce à court terme... si l’intégration régionale est molle alors même qu’aucun pays ne peut s’affranchir des contraintes de la globalisation ? Faut-il nier que l’un des buts de tout politique est de se hisser au sommet et de vivre superbement dans le confort en toute tranquillité surtout dans les démocraties -ce qui ne l’excuse des dérives ? Faut-il se plaindre de la privatisation croissante de l’état -relative appropriation par les dirigeants des moyens budgétaires- lorsqu’on est prêt à y participer pour promouvoir cela, et que l’unique motif de contester le pouvoir est quand on n’en profite pas? Faut-il ne jamais concevoir l’effort citoyen pour les taxes et impôts, et attendre trop du pays ? Et cetera, etcetera...Nul doute, que la situation critique du pays est d’ordre politique, le choix de société annoncé est sans effet en termes d’avancée. Mais ceux à l’origine de ce choix, devenus en court de route protagonistes, ne laissent-ils pas perplexe le citoyen lambda ?Les querelles de personnes ne nous intéressent pas -respects à chacune des parties. Notre parti s’il y a parti pris, est celui de l’intérêt général. L’Enjeu, c’est le Sénégal où tout citoyen quelle que soit sa posture a droit à un traitement digne et une justice équitable. C’est sans remettre en cause la légitimité d’une procédure de clarification d’un conflit pour le moins complexe.Alors, serions-nous faire éviter aux uns et aux autres de tomber dans la mégalomanie, d’autre part cesser de prendre le peuple en otage dans un règlement de compte né de conflits d’intérêts pour le pouvoir sur fond d’utilisation à notre sens inadaptée quant à la manière, de la mort d’un notable. Malgré notre entière conviction à récuser toute censure, avouons que des propos récurrents à goût de cadavre désolent le sens critique. Une ardeur moins passionnée mais non moins vigoureuse profiterait davantage à dire le droit et à consolider la paix sociale qui du reste jamais acquise d’avance, est un socle certain sur lequel les pays développés ont bâti leur devenir. Ainsi, le citoyen-état trouve là toute sa justification par le rôle qui est le sien de récuser toute forme de chasse aux sorcières et d’exactions.A propos, les promessesnombreuses et innovantes que Wade a faites ont la vertu de lever la nation au rang des ambitions de l’ère nouvelle. C’est cela avoir du rêve, et c’est gracieux. En cela nous concevons qu’il ne réussisse pas tout. Mais il aura ouvert la voie à l’exigence d’inscrire dorénavant la nation dans la culture de l’utopique vision d’un pays qui n’a le choix que de se renouveler ou sombrer. Certes la vertu recherchée n’est perceptiblecar relativement trahie par le règne qui est mené -la métaphore du verre à moitié, vide ou plein-; et s’est produit l’effet inverse, le cercle vicieux. Le mal est chronique et la nation a sa part de responsabilité. Une responsabilité citoyenne qu’elle se doit d’assumer, ne trouve sa traduction au plan opérationnel, au-delà des incantations, que dans l’ancrage de chacun, au quotidien, dans la posture mentale d’une conviction et/ou d’une culture politique patriotique. Sauf que, au Sénégal chacun voudrait des milliards par le passage à la politique. Des villasde millionnaires voire de milliardaires pour tout le monde est-ce possible ? Bien que non, d’ailleurs nulle part au monde parce que là, le souhaitable dépasse le cadre du rêve pour celui de l’illusion. Par ce mécanisme psycho politique à faire patauger dans « l’illusion monétaire »,s’est propagée la maladie contagieuse du « si tu ne le faispas -sous-entendupuiser dans la caisse- ton prochain le fera. » A cet imbécile procédé tout Président devrait tordre le cou par l’exemple d’une relative retenue. Hélas une fois au faîte du pouvoir, aussitôt laboîte de pandore est ouverte... on connaît la suite. C’est là une pratique qui porte la marque ne serait est-ce que dans l’idée, de porteur de projet infanticide, liberticide. Combien d’enfants meurent, et de jeunes filles livrées à la prostitution ? Combien les droits de l’homme de millions de citoyens sont bafoués par leurs droits économiques et sociaux ignorés ? Voilà la cléptocratieà l’impact plus souvent peu tangible à court terme, mais non moins exécutoire qu’un peloton d’exécution.C’est dire qu’à la longue s’il ne se produit une rupture psychologique avec ce que j’appelle l’intégrisme modernité -modernité ingurgitée sans retenue- celle-ci ensevelira notre société. Il est dit que « le gourmand creuse sa tombe avec ses dents.» L’avènement du jeu de l’alternance n’est pas gage en Afrique d’un réel changement politique impliquant un autre choix de société -Mandela, Rawlings, A. Toumanie Touré font exception. Très majoritairement l’on n’est pas de nature à renoncer au pouvoir. La démocratie quel qu’en soit le niveau sans le verrou de la paix sociale ne suffit à garantir un embryon de devenir politique efficace à cause des visées égoïstes.C’est d’autant plus inquiétant notamment pour l’image du pays, que c’est les sphères politiques et médiatiques qui de fait se télescopent dans la fabrication de l’opinion à des fins électoralistes, qui sont utilisées comme armes dans la dispute entre deux anciens proches à avoir partagé le pouvoir. Une discorde à ce point critique au sommet de l’état, c’est la deuxième du genre après l’affaire Senghor-M. Dia. Entre Diouf d’alors et Wade son farouche opposant, leurs longues et denses tensions relevaient d’une confrontation entre camps politiques. Quant à la crise politique actuelle, c’est l’affrontement. Nul n’est à exclure certes mais nul n’est indispensable. Le pays avant tout.Alors, plutôt capitaliser les points de convergence que les points de divergence, car une nation est forte non pas par ces moyens matériels et immatériels, réels et potentiels, mais par sa capacité à assurer l’entretien de progrès politique, social, en créativité, etc. Rien ne doit mettre en péril l’intégrité nationale.A bon entendeur salut !
1 S. Beye Article de septembre 2006 de contribution d’avant les présidentielles, objet de tous les risques.
Que Dieu bénisse le Sénégal !
Bien sincèrement
SEYDOU BÈYE
Beyeimpact.art@gmail.com
NB. Merci de signaler tout anomalie