Salafistes / Frontistes : même combat.

Ce n'est pas seulement sur le plan national que l'on assiste à une résurgence, à un retour de phénomènes archaïques qui se nourrissent les uns les autres : religions obscurantistes souhaitant « revenir aux textes », replis nationalistes ou régionalistes, nostalgie d'empires défunts, libéralisme sauvage re-féodalisant le monde…

Cet état de fait, mondial, nous mène au pire : au repli sur une identité fantasmée, et partant, à un probable conflit entre communautés puissamment ressoudées autour d'idées puantes qui excluent l'Autre, le nient et dont la finalité est sa destruction.

 

Première remarque : croire que la solution est étroitement nationale est une erreur absolue puisque le phénomène dépasse ce cadre périmé.

Deuxième remarque : croire que supprimer le symptôme suffira à éradiquer la rhinocérite en est une autre. Sous morphine vous ne sentez plus la douleur, mais sa raison est toujours là, sourde mais agissante.

Troisième remarque : il faut comprendre ce phénomène pour prétendre le traiter au mieux, le circonscrire, et ce sans penser à l'éliminer, car le désir de pureté mène toujours au pire, même lorsque l'on pense combattre celui-ci...

 

 

Qu'est ce qui est donc à l'oeuvre ?

Pour ma part – et je ne demande qu'à être contredit et enrichi dans mon propos-, il me semble que nous voila pris dans un bouleversement insaisissable, peut-être comparable à celui du néolithique, incompréhensible pour la très grande majorité d'entre nous, et que cette période est génératrices d'inquiétudes et d'angoisses.

Quoi de mieux pour répondre à la déstructurante angoisse que les rassurantes croyances de jadis, que les vieilles valeurs conservatrices (qui donc, sont censées conserver...), que l'amas d'argent qui arrête -croit-on- le temps, que les frontières gravées dans le marbre, que les livres sacrés pris à la lettre… ?

De toutes ces solutions, aucune ne tient debout, évidemment, aucune n'attaque le mal à la racine, aucune ne révèle une conscience de ce qui provoque réellement le mécanisme de l'angoisse, mais le placebo a son utilité lors même qu'il n'a pas d'efficience réelle, et les petits rats de Laborit (voir Mon Oncle d'Amérique de Resnais, ou lire Eloge de la fuite…) ne souffrent pas de l'anxiété lorsqu'ils peuvent se défouler sur un congénère, innocent, mais dont le corps peut à point nommé servir d'exutoire.

 

En quoi consiste ce bouleversement radical, d'autant plus angoissant qu'il nous échappe ?

Il me semble qu'il procède de phénomènes économiques, environnementaux et techno-scientifiques qui interagissent et se renforcent, débouchant sur une mutation anthropologique historique.

 

Quelqu'uns d'entre eux, pêle-mêle :

 

- mondialisation des flux de personnes et de marchandises

- libéralisme et financiarisation sans barrières

- totalitarisme de la marchandise et perte de sens

- destructions de cultures et d'identités séculaires

- innovations en génétique dont on ne perçoit qu'assez mal encore les finalités et monstruosités à venir

- rupture consommée de l'Homme avec la nature

- diffusion exponentielle du savoir et de l'information grâce à internet

- catastrophe climatique,

- invasion du numérique de la robotique et de l'informatique

- fin du travail

- surveillance généralisée,

- basculements géostratégiques

 

etc

 

 

On parle ces jours-ci sur Mediapart de salafisme… Qu'y voir d'autre qu'un type de de réponse aux soubresauts de notre temps, une réponse aussi simpliste et rétrograde que celle du FN ?


 

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