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Billet de blog 1 janv. 2022

Hiérarchies et dominations dans les bibliothèques universitaires (1/2)

Rapide tour d'horizon des schémas de hiérarchie et de domination en bibliothèque universitaire sous l’approche des types de postes, des missions et des rémunération. Entre étudiant.es-bibliothécaires, simple employé.es, responsable de service et « manageur.es » de « tout en haut » : se rendre compte de la situation des rapports sociaux et de la place du travail dans les services publics.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Dans une université en 2022 tu as des hiérarchies à la fois très présente pour te dire quoi faire et à la fois totalement absente pour te répondre quand tu soulève un problème, une injustice du quotidien, un non-sens sur le fond du travail à faire ou sur la façon de le réaliser.

Invisible où es-tu ?

Quelques mots tout d'abord sur ces personnes qui travaillent dans l'ombre la plus totale puisque même à temps plein nous ne les voyons pas, nous ne les croisons pas, nous ne les connaissons pas : les personnels d'entretien et de nettoyage.

Un travail entre le nuit et la jour, en marge du rythme de la plupart, rarement employéEs par la fonction publique, ils et elles, surtout elles, dépendant très souvent du privé.

Des emplois souvent permanents dans les facs mais où la force publique préfère payer d'importantes sommes en sous-traitant ce travail à des entreprises tout en sachant que les contrat de travail du personnel sont souvent très précaires. Leurs conditions de travail en pâtissent, leurs droits souvent réduits à peau de chagrin - encore plus que dans la fonction publique - et en principe pas respectés. Les cadences infernales, les scandales de harcèlement ou d’agressions de la part des patronnEs, surtout des patrons ont étaient mis en lumière ces derniers mois. En 2021 à la Sorbonne, en 2020 à l'Université du Mirail à Toulouse ...

EtudiantEs en veux-tu en voilà

Pour combler les non recrutements et les non remplacements de départs, on fait appel aux étudiantEs. On les appelle moniteurs ou monitrices. "Moniteurs" est souvent d'usage dans certains établissements, on ne va quand même pas s’embêter à souligner la différence de genre (selon certaines personnes c'est beaucoup trop leur accorder ...).

Une manière supplémentaire d'invisibiliser les femmes, précaire parmi les précaires.

La direction et le ministère dans leur mépris va jusqu'à dire que c'est une bonne chose pour ces jeunes qui ont envie d'apprendre et qui ont un revenu grâce à ça. Sauf que ces jeunes en Master ou Doctorat auraient autre choses à faire que de travailler et d'être payer au SMIC horaire à coup de 7, 9 ou 12 heures par semaines. Des études par exemple, prendre du temps libre, rencontrer des gens ?

Non, on leur offre la possibilité de se « professionnaliser » voyez-vous. Parfois payéEs des mois et des mois en retard. CDD à répétitions sans possibilités d'embauches, sans évolution de salaires, sans être concernéEs par les primes. Super ... .

Ces postes sont devenus l'Eldorado des manageurEs suprêmes et des comptables qui nous imposes leurs conditions. Plus besoins de s'inquiéter pour le budget, les salaires n’augmentant pas.

Si le budget craque, pas de problèmes à la fin du CDD on n'en renouvelle que la moitié et le tour est joué !

Surtout la direction fait passer les non recrutements ou remplacements comme des embauches car "là où on avait besoin de 1 personnes auparavant on a 3 jeunes aujourd'hui. On a recruté !" Les faits sont tout autres car 1 équivalent temps pleins remplacé par 2 ou 3 quart-temps ça fait un gros déficit à la fin (cité à titre d'exemple, des fois c'est pire).

Il faut étendre les horaires d'ouverture du service

Ah oui la fameuse ouverture étendue des horaires aux publics. Une bibliothèque qui n'ouvre pas aux heures qu'ont besoin les usagerEs c'est con y a pas à dire. Mais ouvrir de manière quasi illimité ça l'est aussi et ça se fait contre les personnels.

Les bibliothèques qui ouvrent qu'à partir de 9h ou 9h30 ça ne leur suffit pas à l'Université et à la direction car voyez-vous au ministère iels l'ont dit "Étendre les horaires d'ouverture" ! De même fermer à 19h, c'est trop tôt. Donc petit à petit on passe à 9h, puis 8h30, 8h00, on parle à présent de 7h30 dans certains endroits. Le soir on est carrément passé à des heures affolantes dans certains établissements : 22H, 22H quoi ! Le samedi aussi on ouvre le samedi.

Puis y a ce vieux monsieur à quelques poussières de la retraite mais qui est dans les directions d'établissements et qui veut nous faire ouvrir le dimanche. Une bonne idéologie de bourgeois comme on en voit par-ci par-là. Ce n'est pas discuté avec le personnel d'en bas bien entendu, ou alors seulement pour nous dire qu'on peut voir comment le mettre en place, pas si oui ou non il faut le faire.

Bien sûr ce ne sont pas nos chèrEs manageurEs qui viennent le samedi et qui terminent à 22h, on a "réservé" ça aux monitrices et moniteurs et aux catégories C et B sur la base du volontariat avec heures revalorisées en termes de rémunération. Étonnant non ?

quand tu as du mal à finir tes fins de mois, refuser des jours mieux rémunérés ce n'est pas vraiment possible. Et le tour est joué (un de plus).

Ce n'est évidemment pas un système glissant, si tu travailles, le samedi tu dois revenir le lundi, pas le mardi. Comme beaucoup seraient crévéEs, iels prennent un jour de congé pour se reposer, sauf les monitrices et moniteurs qui n'ont pas de jour de congé car en cours. Bilan : un jour de week-end en moins car au travail et un jour de congé rémunéré sans vraiment pouvoir en profiter car exténuéE (le tour est joué, numéro trois, arrêtons de compter).

Que faire alors ?

La question de l'étendue des horaires d'ouverture aurait dû être arrêtée de se poser au moment où par pénurie de personnel, des étudiantEs ont été recrutaient en masse pour combler les déficits. Elles auraient également dû être arrêtées quand les week-end de certainEs employéEs ont commencé à être dilapidés derrière des arguments de façades qui ne prennent pas en compte la réalité matérielle et les besoins de repos des personnes.

Le fait est que les manageurEs ne sont pas là pour tirer le frein de la machine mais pour la renforcer. Très bien, prenons ce constat dans sa version la plus simple : la bibliothèque de demain devra se faire sans manageurEs.

Prenons maintenant le constat dans sa version complexe. Si l'on ne peut étendre les horaires d'ouvertures d'un service à l'infini, alors c'est peut être les disponibilités des usagers qui devraient être interrogées.

Quand unE étudiantE vient à la bibliothèque après 20h car avant il travaillait pour quelques maigres revenus comme baby-sitter où livreur ou livreuse, il faut se débrouiller pour que les étudiantEs touchent un salaire en tant que "travailleu.r.ses en formation", en soi une sorte de salaire différé, comme la retraite, mais avant le travail effectif.

Pour les personnes qui sont obligées de venir à la bibliothèque en week-end, c'est certainement car elles sont épuisées la semaine de leur quantité de travail salarié ou d'études, il faut donc réduire la durée hebdomadaire de travail, permettre d'avoir du temps libre. Certainement qu'il faut ouvrir des bibliothèques aussi et stopper leur concentration dans les métropoles et en particulier dans leurs quartiers centraux.

Embaucher du personnel, l'embaucher sur des contrats stables. Le champ des possibles est vaste et sûrement qu'il faut encore l'ouvrir.

Enfin en dernière chose, il faut aussi dire que si on a la possibilité d'aller à la bibliothèque à d'autres moments que tôt le matin, tard le soir ou le week-end, alors il faut le faire. Car l'inverse serait s'accorder ce luxe sur le dos des personnels et donc un non-sens moral et en soit une forme d'exploitation.

Ce billet n'a volontairement mis en avant que les personnels invisibles ou peu visibles et précaires. La seconde partie viendra par la suite pour ne pas trop alourdir la lecture et la réflexion déjà un peu chargée.

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