Restée de nombreuses années sans nom, la guerre d’indépendance algérienne est reconnue officiellement en 1999. Longtemps taboue, elle marque les mémoires de femmes et d’hommes qui peinent à mettre des mots sur cet événement et à transmettre des récits de cette période. L’association Grand ensemble œuvre depuis 2006 pour récolter et transmettre ces mémoires de la guerre d’indépendance algérienne.

 © Grand ensemble © Grand ensemble

 

Cette collecte a permis la création d’une plateforme d’une grande richesse rassemblant des entretiens vidéo, des documents et photographies d’archives, et des mises en perspective historiques afin de mieux comprendre le contexte et les enjeux de ce conflit : elle sera au cœur de cette soirée du 19 janvier 2017 à la Bibliothèque municipale de Lyon.

"La plate-forme de Grand Ensemble « Une guerre. Récits d’une rive à l’autre » est le résultat d’un projet tenant à la fois de la générosité et de la citoyenneté. Elle est en effet un acte généreux car elle est née de l’envie de mettre à disposition de tous des récits de vie recueillis, dans un premier temps, à l’occasion de productions documentaires et d’expositions. Le projet n’était pas conçu d’avance. Il a surgi comme une évidence devant la richesse du matériau accumulé. Pourquoi ne pas partager ces premiers récits plutôt que de se contenter de les conserver, comme des archives, accessibles mais dormantes tant qu’on ne vient pas les solliciter ? Pourquoi ne pas continuer la quête ainsi commencée tant les récits ont donné à voir une guerre telle qu’on ne l’avait pas perçue ? C’est ici que la dimension citoyenne prend tout son sens. Les récits permettent d’appréhender la guerre d’une façon sensible et humaine. Ils sont divers, dépeignent des vécus différenciés du conflit, en France, en Algérie, de la part de Français de métropole, de Français d’Algérie, d’Algériens vivant sur les deux rives de la Méditerranée. Cette diversité, les concepteurs de la plate-forme ont décidé – à juste titre – de la respecter.

Sbah Berbagui et les élèves © Grand ensemble Sbah Berbagui et les élèves © Grand ensemble

Nulle trace ici de cette vaine injonction de la « réconciliation » des mémoires. Les témoins de la guerre ne sont pas obligatoirement toujours en guerre les uns contre les autres, même si leurs souvenirs, leurs ressentis, leurs opinions divergent. Et quand bien même ils se sentiraient toujours mobilisés au profit d’un camp plutôt que d’un autre, quelle serait l’utilité d’une injonction à la « réconciliation » ? Il est autrement plus pertinent, pour la connaissance du passé, de les écouter et de tenter de comprendre ce qu’ils ont à dire. Aussi la plate-forme ne se contente pas de mettre à disposition des récits, sans donner les moyens de les contextualiser. C’est le rôle des « entrées historiques » qui présentent la guerre de façon très générale, d’abord, puis de façon resserrée sur la région Rhône-Alpes et la ville de Lyon. De la sorte, la plate-forme offre un outil pédagogique de toute première qualité. Elle permet aux enseignants désireux de consacrer du temps à cette période de l’histoire – dans la limite des programmes et des horaires disponibles – de disposer de ressources premières, par les témoignages, et les moyens de leur exploitation avec les élèves. Reste à souhaiter qu’ils s’en emparent et que les institutions de l’Éducation nationale favorisent l’enseignement de cette guerre, dans toute sa complexité. " Sylvie Thénault, historienne, directrice de recherche au CNRS, spécialiste de la guerre d'indépendance algérienne.

 

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