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Billet de blog 15 févr. 2017

Pourquoi accepter d’animer un atelier sur l’empowerment dans une maison d’arrêt?

«La démocratie, ça ne doit s’arrêter nulle part, et surtout pas au seuil de la prison» (Georges Kiejman).

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Vivre et faire vivre la démocratie, c’est aussi pour la Bibliothèque Municipale de Lyon introduire et questionner cette thématique derrière les murs de la Maison d’Arrêt de Lyon Corbas. Dans ce but, des murs d’expression ont été mis en place dans les 4 bibliothèques de bâtiments. En 2 mots, 3 post-it… La prison / La (non) prison « idéale » (les améliorations, alternatives à l’emprisonnement) / L’après prison.

mur d'expression à la MALC © BmL

Ces dispositifs ont permis de recueillir de riches témoignages, de faire remonter des idées, des colères concernant l’univers carcéral… Une opportunité saisie par beaucoup de détenus pour s’impliquer et tenter de faire bouger les choses ! Ces réflexions serviront de point de départ à une rencontre avec Hélène Balazard, spécialiste de l’empowerment, qui questionnera le 9 mars 2017, avec les détenus, la notion du pouvoir d’agir en prison et plus généralement dans notre société. Des enregistrements sonores liés à ces actions seront prochainement disponible sur la webradio de la Bibliothèque de Lyon.

La Bibliothèque Municipale remercie vivement Hélène Balazard pour son travail et son investissement qui ont rendu ce beau projet possible.


 Quand on s’intéresse à l’empowerment, c’est à dire aux moyens de développer les capacités d’action individuelle et collective - le pouvoir, quoi de plus naturel que de rencontrer et discuter avec les personnes qui en sont le plus dépourvues ? L’incarcération, c’est le déni (qu’on le justifie ou non) de toute capacité d’action sur la société et sur les autres.

 Il y a dix ans, j’ai fait un stage en tant que community organizer au sein de London Citizens. Le but de cette association londonienne est de rassembler les différents habitants d’un territoire afin qu’ils identifient et agissent sur des causes communes : l’augmentation des salaires, la construction de logements abordables, l’accueil de réfugiés…

Agir en démocratie

Depuis j’ai essayé de comprendre quels mécanismes permettaient, au sein de cette structure, à des personnes souvent très éloignées du militantisme politique comme associatif de s’impliquer dans des campagnes qui permettent de changer leurs conditions de vie.  Les « organisateurs » sont par exemple là pour aller vers les personnes les moins enclines à s’engager spontanément dans de telles actions. Dans le cas de London Citizens, ils passent notamment par l’intermédiaire d’écoles, d’associations, d’églises ou de mosquées[1]. En France, au sein de l’Alliance Citoyenne à Grenoble et Aubervilliers, les organisateurs font du porte à porte dans les quartiers les plus pauvres de ces villes.

J’ai également eu l’opportunité, lorsque j’étais chargé d’étude au CEREMA, de participer à d’autres démarches d’empowerment, notamment mis en place dans le cadre des Agenda 21, des Evaluations Impact Santé ou de la politique de la ville. Nous intervenions au sein d’établissements scolaires, d’associations, de centre sociaux, de dispositifs de concertation…

 Je n’ai par contre jamais eu l’occasion de travailler au contact de l’univers carcéral dont ma connaissance se restreint à peu de choses près aux échos que l’on entend ici ou là, aux infos, en croisant un ancien détenu ou encore dans les films. 

J’ai tout de même était sensibilisée de plus ou moins loin à certaines problématiques de l’univers carcéral.

Celles des conditions de détention et des raisons parfois arbitraires de détention. Mon frère a donné des cours de mathématiques à la prison de Fresnes dans le cadre de l’association Genepi et a été marqué par le manque d’humanité des conditions de détention mais aussi par certains cas de détenus qui n’avaient même pas été condamnés. Des personnes auxquelles les droits de l’Homme ne s’appliquent pas. Cette problématique est également au cœur d’un documentaire que j’ai vu l’été dernier à Londres, The Confession, qui revient sur le parcours d’un ancien détenu de Guantanamo, finalement innocenté après avoir subit des crimes horribles justifiés ironiquement par la « Guerre contre la Terreur ».

Celle de la discrimination raciale du système judiciaire. Je travaille actuellement à Londres sur un projet de recherche sur les discriminations ethno-raciales, religieuses et territoriale[3]. J’ai ainsi appris qu’au Royaume-Uni, quand on est noir, on a plus de chance de finir en prison qu’un blanc pour un même délit[4]. En France, malheureusement, aucune étude fiable et rigoureuse n’existe à ma connaissance sur le sujet.

Wall of H.M. Prison Brixton © David Anstiss

Celle de la spirale de la récidive, liée notamment au manque de perméabilité entre l’univers carcéral et l’ « extérieur ». Je réside dans le quartier de Brixton dans le Sud de Londres, où se situe l'une des principales prisons de la capitale anglaise. J’ai alors découvert qu’une association avait créé un projet de formation professionnel de détenus aux métiers de la restauration. The Clink Charity, qui officie dans d’autres prisons, a même ouvert un restaurant où les détenus en formation officient tantôt en cuisine, tantôt au service. Après quelques formalités à effectuer en avance je m’y suis rendue avec des amis et nous avons pu discuter avec le détenu qui nous servait. On comprend qu’il en est au moins à sa troisième incarcération et que cette formation enhôtellerie est pour lui une réelle chance de briser ce cercle vicieux de la récidive. Il a d’ailleurs un entretien d’embauche plus tard dans la semaine dans un grand hôtel. Mais il nous explique également que les places sont chères, que les élèves sont ensuite considérés comme des privilégiés et qu’il y a ainsi un sentiment d’injustice encore plus grand qui s’installe chez leurs co-détenus.

Et enfin celle de la délinquance comme porte de sortie de la pauvreté et de l’inactivité. C’est notamment l’association Zonzon 93 dont l’objet est la prévention de la délinquance et la sensibilisation des jeunes à la réalité de l'univers carcéral par le biais de l'éducation populaire qui m’a ouvert les yeux sur les actions à mener.

Pour toutes ces raisons, autant d’injustices à combattre, je remercie la Bibliothèque municipale de Lyon de me donner à présent l’opportunité de confronter mes connaissances et questions sur l’empowerment à celles des personnes incarcérées.

Hélène Balazard, février 2017


[1] Cf. Agir en démocratie, 2015, Ivry-Sur-Seine, Editions de l’Atelier

[2] Projet EODIPAR

[3] http://uk.reuters.com/article/uk-britain-justice-minorities-idUKKBN13B1KB

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