Carnet d’un atelier pédagogique: Questionner les pratiques électives

Dans le cadre du projet « Démocratie : rêver, penser, agir ensemble », la bibliothèque municipale s’est associée avec Olivier Christin et le Centre européen d’études républicaines (CEDRE) pour proposer des ateliers sur le vote, la décision en commun et les différents modes de scrutin. Ce projet se construit en partenariat avec le lycée La Martinière Duchère et le lycée Aragon de Givors.

Enseignants, bibliothécaire et chercheurs travaillent ensemble pour mettre sur pied un jeu permettant aux élèves de tester les différents modes d’élection ou de décision : du référendum à la proportionnelle en passant par le tirage au sort, du vote à haute à voix au scrutin. Ce jeu devra permettre de réfléchir aux formes prises par la démocratie : directe, délibérative, représentative et de réfléchir à la représentativité des citoyens et citoyennes, à leur intégration aux processus de décision en démocratie mais aussi à la parité et au respect des minorités en démocratie.

Les classes qui participent à cet atelier sont composées de jeunes bientôt en âge de voter et qui ont parfois du mal à cerner les enjeux des élections. L’objectif est donc, à travers le jeu, de leur faire découvrir les différents modes de scrutin et la façon dont ils peuvent influencer les résultats du vote et à terme les prises de décisions. Un moyen de leur rappeler que leur voix compte.

Plusieurs réunions de préparation sont nécessaires pour construire cet atelier et imaginer les mises en situation qui doivent éveiller la réflexion des élèves. Pour cela, il faut les confronter à une situation concrète de vote, imaginée par les professeurs des trois classes concernées par l’atelier. Il est alors nécessaire de se détacher de prises de positions partisanes, la question n’étant pas de présenter les différents partis du paysage politique français mais plutôt de souligner les enjeux de la décision commune juste. Ce sont des projets liés à l’aménagement du territoire qui ont été choisis  pour les problèmes qu’ils soulèvent: financement public/privé, développement économique, réhabilitation de quartiers isolés, attractivité économique, protection de l’environnement et conservation du patrimoine, renforcement de la solidarité et de la cohésion territoriale.

L’atelier amène à étudier le processus démocratique : de la participation citoyenne et du choix des représentant.e.s à l’arbitrage final entre deux projets proposés aux élèves. Les différents exercices doivent montrer qu’un même groupe d’élèves, en fonction de modalités d’élection différentes, n’aboutira pas à la même décision et au même choix de projet. La création d’un jeu de rôle, avec des cartes électeur/électrice, élu.e/ candidat.e- doit permettre aux élèves de tester les différentes modalités de vote. Plusieurs techniques sont expérimentées : le référendum, le tirage au sort, la proportionnelle, le scrutin majoritaire à un et deux tours. Pour construire le jeu de cartes, il est nécessaire de penser à ce que les élèves doivent expérimenter : le mode de scrutin permet-il une réelle représentation des citoyens et citoyennes ? Une réelle participation ? Faut-il un consensus autour d’un projet pour atteindre l’intérêt général ? La supériorité de la majorité permet-elle de prendre des décisions justes ? Quels intérêts doivent primer lors de la prise de décision : celui des individus ou celui du collectif ? Les représentant.e.s doivent-ils ou elles faire des choix en fonction de leurs électeurs et électrices ou en fonction de leurs opinions personnelles ? Une fois élu.e.s, les représentant.e.s doivent-ils/elles défendre leur propre projet ou se fier à nouveau à une majorité au sein des organes décisionnels ? 

Il est apparu essentiel de montrer les enjeux autour des prises de décisions et de la représentativité. Pour cela, chaque carte comporte le caractère sexe et doit conduire les élèves à se questionner sur la parité et la difficulté de la respecter. Elle n’est pas acquise de fait et elle peut se poser lors de l’élection de représentant.e.s qui doivent manifester la diversité de la population. L’attache territoriale est également indiquée sur ces cartes car le projet sur lequel les élu.e.s doivent se prononcer est celui d’un aménagement urbain. Cette option territoriale permet de conduire les élèves à réfléchir s’il faut voter en fonction d’intérêts personnels : je ne veux pas de parc d’activités près de chez moi donc je vote non ou d’intérêt général : cela peut créer des emplois donc je vote oui. Pour faire ressortir d’autres aspects plus politiques, il est apparu nécessaire de préciser pour certaines cartes la sensibilité politique, plus précisément la prédominance de certains facteurs de vote : intérêt pour la sauvegarde du patrimoine/ attractivité économique/ financement privé et public… Les aménagements urbains, les grands projets doivent tenir compte de ces différents facteurs pour établir un modèle le plus juste possible, prenant en compte les différentes problématiques liées à la spécificité d’un territoire, à la volonté des habitant.e.s et au développement du territoire en terme économique et social.

Autant de questions qui peuvent être soulevées lors de ces ateliers. Chaque phase du jeu fera l’objet de retours et d’échanges pour comprendre ce qui fonctionne ou pas et comment s’est construit le processus pour aboutir à la décision. Après une première journée d’atelier, les élèves travailleront en classe pour approfondir la découverte de l’un des modes de scrutin. L’objectif est de leur faire construire un poster permettant de présenter le fonctionnement et les enjeux de chaque mode de scrutin.

L’enjeu est de taille, puisqu’il faut non seulement encourager une réflexivité de ces jeunes vis-à-vis du vote et leur faire comprendre les failles et les atouts de chaque méthode, les difficultés inhérentes à la démocratie. Celle-ci n’est pas la négation de la divergence des intérêts ou du conflit mais une méthode pour la surmonter. Suivre le processus de décision : du choix des représentant.e.s à la délibération permet de redonner sa valeur à la participation citoyenne et de faire comprendre que voter n’est pas un acte anodin, dénué de sens. 

En savoir plus sur :

-le CEDRE

-Démocratie : penser, rêver, agir, ensemble

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