Congo-Brazzaville: La diaspora interpelle Emmanuel Macron pour le cas Sassou-Nguesso

Objet : Lettre ouverte sollicitant l’appui de la France pour la tenue d’une conférence nationale souveraine au Congo avant les élections de 2021

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Monsieur le Président de la République

55, Rue du Faubourg Saint-Honoré 75008 Paris 

 Des Copies ont été transmises :

                                           Aux membres du Conseil de sécurité de l’ONU

 

Objet : Lettre ouverte sollicitant l’appui de la France pour la tenue d’une conférence nationale souveraine au Congo avant les élections de 2021

 

Monsieur le président,

Alors que le monde entier se bat contre la pandémie du COVID-19, c'est le moment que choisit le dictateur Denis Sassou-Nguesso pour imposer à son peuple un recensement administratif et une élection présidentielle taillée sur mesure sans garanties de transparence, de liberté et de crédibilité.

En effet, le Congo traverse une crise de fond sans précédent qui remet en cause son existence même en tant qu'État-Nation. Aucun secteur n'est épargné et, rien ne marche à vrai dire dans ce pays pétrolier actuellement. Il ne s'agit plus d'un frémissement, la destruction tant redoutée du Congo depuis l'accession au pouvoir de Sassou-Nguesso par les armes avec la complicité de l'étranger en 1979 et en 1997 (après 12 ans de pouvoir sans partage) a bien eu lieu et, les Congolais le ressentent : banqueroute économique ; détournement des recettes de la vente du pétrole par la famille Sasou-Nguesso ; la dette extérieure gagée sur les ressources est très élevée et donne lieu à des arriérés de paiement ; spoliation du patrimoine immobilier du Congo par le clan d'Oyo ; les acquis démocratiques issus de la conférence nationale brûlés au pétrole ; plus d'élections libres, transparentes et crédibles ; l'État de droit devient la dictature ; la stabilité politique annoncée urbi et orbi n’a jamais eu lieu au Congo…

Et, il n'y a pas de remède dans le cas du Congo en dehors de la tenue d'une conférence nationale souveraine. Elle seule a ce pouvoir d'exorciser les démons de Sassou-Nguesso qui hantent les Congolais et tirent plus bas que la terre le Congo. L'autre remède parmi les meilleurs c'est la pression diplomatique de la France contre le régime de Brazzaville pour le pousser à aller vers cet objectif incontournable.

Parce que, la France en a les moyens et la capacité. En tant que membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU, membre de l'UE ou membre de l'OIF ; si elle le veut, elle peut aider les Congolais à s'asseoir pour réinventer un autre avenir. Monsieur le Président, soyez celui qui a perçu avant les autres, le nécessaire retrait du soutien diplomatique français aux dictateurs africains francophones honnis par leurs propres peuples, pour bâtir un nouveau modelé de relation profitant à nos États et à nos peuples. Il faut changer de modèle pour y rester au Congo et, vous avez là une vraie occasion de rentrer dans l’histoire.

Mais, l’ambiguïté entre les condamnations des crimes de Sassou-Nguesso et le soutien irréductible que lui apporte la diplomatie française révolte la conscience humaine. Alors que les plaies occasionnées par le soutien que lui avait apporté François Hollande au moment de la modification unilatérale de la constitution, ont du mal à se cicatriser et saignent encore. Le soutien de la diplomatie française, au monstre froid de Brazzaville, symbolise la survivance de la Françafrique, ces réseaux d’influence plus ou moins occulte révélant des pratiques inacceptables qui révoltent la conscience humaine, et mêlant argent, pouvoir, faveur, coups d’Etat militaire, hold-up électoraux et guerres civiles. Comment dessiner les contours d’une nouvelle relation entre le Congo-Brazzaville et la France, si l’hypocrisie diplomatique sur les crimes de Sassou-Nguesso est à son comble ?

Pour votre gouverne, nous vous rappelons que le Congo issu de la colonisation est une mosaïque humaine composée des populations issues de la colonisation et des populations locales (Bakongo, Batéké et Pygmées) ; mosaïque que ceux qui nous ont précédés se sont efforcés d’homogénéiser en une nation véritable, malgré leurs différences de cultures et des origines. Mais Sassou-Nguesso quant à lui, il a toujours poursuivi un objectif diamétralement opposé. Jamais il n’a été question pour lui de favoriser l’émergence d’une nation congolaise véritable. La préoccupation de ce dernier a toujours été d’exacerber le tribalisme selon la classification coloniale de 1956. Il a toujours démontré que toute cohabitation entre le nord et le sud était impossible, justifiant ainsi la mise en place des politiques tribalistes, discriminatoires et d’exclusion envers les Bakongo par exemple.

Or, pour beaucoup de francophiles congolais de la diaspora, le soutien de la France à Sassou-Nguesso n'est sans doute pas non plus exempt des reproches. Il donne de l'assurance à ce régime honni par son peuple, qu'il peut continuer d'écraser ce dernier en toute impunité. Face à ce spectacle indigne et, sans perdre espoir, les Congolais espèrent retrouver une France détentrice des valeurs communes partagées violées au quotidien par le tyran Congolais.

Monsieur le Président, la question de la démocratie est trop souvent réduite à la dimension électorale concernant le Congo-Brazzaville par la diplomatie française. Et cette dimension électorale est elle-même réduite au fait de savoir si les élections sont libres, transparentes et régulières sans exiger le respect de ces valeurs communes partagées. Un Sassou-Nguesso arrivé au pouvoir par les armes peut-il organiser des élections libres, transparentes et crédibles sans la pression de la communauté internationale ?

De plus, pour la diplomatie française et européenne, la tenue d’élections satisfaisant à ces critères suffit pour décerner le brevet de démocratie et de droit de l’homme. Conséquence, l’État de droit est devenu la dictature au Congo, et le dictateur Sassou-Nguesso devient un démocrate fréquentable à qui l’on déroule le tapis rouge à l’Élysée.

En vérité, c'est l’incapacité des partenaires internationaux à promouvoir la démocratie ou les droits de l’homme au Congo qui fait le lit du dictateur Sassou-Nguesso. La tenue d’élection n’est pourtant qu’une étape du processus électoral et du processus démocratique. C’est à cause de cette façon de voir les choses que la victoire de la démocratie sur la dictature n’a plus jamais eu lieu au Congo après le coup d'État de Sassou-Nguesso en 1997.

Ainsi, lors de la dernière élection présidentielle de 2016, les résultats étaient contestés. Sassou-Nguesso qui n'avait obtenu que 8% des voix, avait été déclaré vainqueur. La commission électorale indépendante qui avait piloté ces élections, était contrôlée par le pouvoir en place et, n'avait d’indépendance que de nom. Tous les moyens de l'État, au moment de cette élection présidentielle, étaient contrôlés par Sassou-Nguesso. Le recensement pré-électoral bâclé, appuyé lui-même sur un état civil déficient, avait abouti à définir un corps électoral frauduleux. Ce contrôle du recensement par le pouvoir en place avait permis de minorer le poids électoral des zones acquises à l'opposition et, très favorable aux zones favorables à Sassou-Nguesso dans la distribution des cartes d'électeurs.

Eh oui, cette vision réductrice de la démocratie à la dimension électorale néglige les aspects fondamentaux comme l'environnement institutionnel congolais (la mainmise de Sassou-Nguesso sur toutes les institutions de l'État, l'absence de l'état de droit réel, etc.), et aussi la situation du marché politique (pas d'offre politique réelle de l'opposition, absence d'une vraie opposition au régime, etc.).

Raison pour laquelle, si l'on ne fait rien, le dictateur va organiser des élections frauduleuses, taillées sur mesure pour rester en poste. Il va s'approprier les moyens et les ressources de l'État pour s'assurer d’une victoire qui respecte les standards de l'Union Européenne avec la complicité de ses opposants en trompe-l'œil. Les vrais opposants et la vraie société civile n'auront pas droit d'y participer. Puisqu'une caution de 25 millions de FCFA non-remboursable est exigée à tout candidat. Par contre, pas d'inquiétude pour ses opposants en trompe-l'œil, Sassou-Nguesso paiera leurs cautions.

 

D’ailleurs, la conséquence la plus problématique de cette dimension électorale de la démocratie est le non-renouvellement de la classe politique congolaise. Cinq ans après son dernier hold-up électoral, comme tout bon dictateur, Sassou-Nguesso va encore rouler son peuple dans la farine.

Monsieur le président, les mêmes causes produiront forcément les mêmes effets. Cette élection conduira inéluctablement à des nouveaux affrontements armés. Sassou-Nguesso n'a jamais gagné d'élection et, il ne fait que hold-up électoral sur hold-up électoral. Et en cas de contestation populaire, il bombardera dans le département du Pool avec la complicité de son cheval de Troie Ntoumi pour traumatiser le peuple par la peur. Le Congo est entre les mains des gangsters qui traumatisent tout un peuple.

 

Par contre, s’il y a une chose qui renforce la dictature et prolonge la crise de fond au Congo, c’est bien le soutien diplomatique de la France à ce dictateur d’un autre âge. Ce soutien est loin de laisser indifférents les laissés-pour-compte congolais du nord au sud. Sassou-Nguesso a commis les crimes les plus crapuleux : coup d’État militaire, abrogation unilatérale des constitutions, hold-up électoraux, génocides dans le Pool, exécutions sommaires, pillages des deniers publics, bradages des richesses, arrestations arbitraires et emprisonnements des vrais opposants politiques et d’opinion…

De ce fait, le peuple congolais est traumatisé, il faut l'aider à surmonter ce traumatisme infligé par Sassou-Nguesso : génocides dans le Pool, viols, exécutions sommaires, discriminations, exclusions, arrestations arbitraires, condamnations injustifiées, tortures, etc. Il y a autant d'expérience traumatisante qui marque profondément les Congolais. Sans la tenue d'une conférence nationale souveraine, il sera impossible de vivifier le vivre ensemble entre Congolais et de renforcer l'unité nationale. Sassou-Nguesso a fait trop de dégâts, il a endeuillé des millions de familles. Ces violences et ses horreurs brisent des milliers de Congolais.

Raison pour laquelle, nous vous proposons de saisir le Conseil de sécurité de l'ONU sur le cas du Congo, pour permettre à celui-ci d'appeler à la tenue d'une Conférence Nationale souveraine et, de nommer par la suite un facilitateur qui devrait être de préférence un ancien chef d'État de bonne moralité.

Pour terminer, nous réaffirmons que la conférence nationale souveraine demeure donc en effet la seule option viable pour un règlement durable de la crise de fond qui frappe le Congo et pour la tenue des élections en 2021 dans un environnement apaisé. Avec nos remerciements anticipés, nous serons heureux de vous parler plus longuement lors d’un entretien.

Restant à votre disposition,  nous prions d'agréer, Monsieur le président de la République, l'expression de nos sentiments les plus distinguées.

 

 Paris, le 27 Juillet 2020

Collectif des Congolais de la Diaspora

@ : collectifdescongolaisdeladiasp@gmail.com

                                                                                  

 

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