Congo-Brazzaville: Macron cautionne et légitime le hold-up de Sassou-Nguesso

Congo-Brazzaville : Macron et Le Drian cautionnent et légitiment le hold-up et l’empereur sans états d’âme

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Ce que les Congolais reprochent à la France officielle, c’est cette volonté apparente de cette élite politique dirigeante et de ces médias (RFI et France 24) qui les accompagnent dans cet exercice de pouvoir leur imposer à chaque fois le dictateur sanguinaire Sassou-Nguesso, et de stigmatiser comme immature et immorale l’expression de la volonté populaire sortie des urnes, lorsqu’elle n’est pas conforme à la ligne préétablie par l’Élysée ou le Quai d’Orsay. L’amitié ne se nourrit-elle pas de la vérité ? -Si tel est le cas, nous allons dire dans les quelques qui suivent ce qu'en pensent les laissés-pour-compte congolais.

 Tout d’abord, les images de la réception de Sassou-Nguesso à l’Élysée par Macron que l’on nous a donné à regarder en boucle sur le site de RFI et sur la télévision France 24, n’étaient pas des dons gratuits et innocents, mais des produits aux objectifs plus ou moins affichés : imposer le dictateur Sassou-Nguesso comme président aux Nègres africains du Congo-Brazzaville, tout en habillant et maquillant son dernier hold-up et le décès de son principal opposant à l’élection présidentielle, Guy Brice Parfait Kolélas.

Également, comme d’habitude RFI et France 24 ont fait passer le message aux opposants Congolais qui contestent la légitimité de Sassou-Nguesso : « regardez de tous vos yeux, Regardez !) ; on montre du doigt que Sassou-Nguesso a été reconnu par la France comme président du Congo. Cette image est bien comprise de tous les opposants Francs-Maçons des loges françaises, elle parle plus aux émotions, aux sentiments, elle se déchiffre sans médiation de langage, et son impact est immédiat dans l’inconscient collectif.

Conséquence, un clivage entre antifrançais et profrançais se fait visible maintenant au Congo et dans la diaspora congolaise, chose qui était impossible hier. Et beaucoup de francophiles congolais ne croient plus au vocabulaire de la diplomatie française de poids deux mesures en Afrique noire francophone (ex-colonies françaises), et cela renforce le sentiment antifrançais chez les plus jeunes partout au Congo.

Mais, si l’on entend mesurer le chemin parcouru jusqu’à la reconnaissance de Sassou-Nguesso par l’Elysée, un regard plus attentif sur l’ensemble du processus électoral de la présidentielle congolaise, et non sur les seuls résultats publiés par la Commission électorale s’impose. Et ce regard fait apparaître une réalité plus contractée.

Parce que, l’organisation de l’élection présidentielle a toujours été marquée par des phénomènes récurrents au Congo, sans que cela n’inquiète l’ONU, l’UE, la France et les USA. Et trois atouts majeurs conduisent quasi-mécaniquement à la victoire frauduleuse de l’empereur autoproclamé du Congo, papy Sassou-Nguesso. Tout d’abord la commission électorale indépendante qui pilote le processus électoral est étroitement contrôlée par le pouvoir sortant, et n’a d’indépendante que de nom. Le deuxième atout est l’accent privilégié du président sortant papy Sassou-Nguesso à certaines ressources : moyens de l’État, médias audiovisuels et bienveillance des administrations civiles et militaires. Le troisième atout est le contrôle du recensement pré-électoral, bâclé, appuyé lui-même sur un état-civil déficient. Ce contrôle de l’état civil, du recensement pré-électoral, et donc de la distribution des cartes d’électeur, permet à chaque fois de minorer le poids électoral des zones acquises à l’opposition, et d’être au contraire très généreux dans les distributions des cartes d’électeur dans les zones acquises à Sassou-Nguesso.

Ceci dit, bon gré mal gré cette situation de fraude massive, Parfait Kolélas s’était déclaré candidat à l’élection présidentielle. Il était près de croiser le fer avec son père adoptif Sassou-Nguesso. Dans ces meetings, il n’hésitait plus à dénoncer l’existence de ces fraudes massives. Il pointait avec courage certaines fraudes à l’image du vote anticipé des militaires. Il était très déterminé d’aller jusqu’au bout. Et cela fessait très peur aux membres du système honnis par le peuple congolais. Il y a donc lieu de s’interroger sur les vraies causes de la mort de Parfait Kolélas et sur le débat de son inhumation en France.

Alors que les causes de la mort en pleine campagne présidentielle de l’opposant Guy Brice Parfait Kolélas ne sont pas encore élucidées et les opposants crient encore au hold-up électoral ; l’invitation de Sassou-Nguesso au dernier sommet de Paris et surtout sa réception à l’Élysée ont été un vrai désastre qui a brisé tous les ressorts francophiles chez Congolais.

Raison pour laquelle, les Congolais accusent Macron et Le Drian d’aider Sassou-Nguesso à contourner la volonté populaire sortie des urnes. Et les Congolais l’affirment sans risque d’être contredit, que c’est le soutien de la France qui l’éternise au pouvoir au nom des soi-disant intérêts français qu’aucun Congolais ne menace d'ailleurs.

Pour terminer, la France officielle, soutien indéfectible du dictateur Sassou-Nguesso, se retrouve de nouveau dans une situation inconfortable. Aujourd’hui, ce soutien au régime de Brazzaville semble exaspérer la jeunesse congolaise. La rupture qui s’opère, au Congo, entre Sassou-Nguesso soutenu par la France et son peuple, ne peux pas s’expliquer sans évoquer l’État de l’empire Soviétique à la veille de la chute du mur de Berlin. Comme l’Empire Soviétique, la France se croit encore toujours détenir le monopole de la vérité en légitimant la totalité des crimes de Sassou-Nguesso et sa dictature. Il y a un temps pour toute chose, et rien n’est éternel. Si la France ne change pas de logiciel, elle va perdre l'Afrique bientôt !

Par BISHIKANDA DIA POOL

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