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Billet de blog 30 août 2013

A Bobigny le 28 août 2013

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Maltraitance
Véronique Decker est directrice de l'école Marie Curie à Bobigny. Voici une petite fenêtre ouverte sur la vie au sein de son école:
http://www.icem-pedagogie-freinet.org/blog/189
Véronique Decker a écrit un mail le 28 aout dernier:
" Hier, le camp ou vivent une partie de ces enfants a été expulsé. Manuel Valls et le préfet sont ravis de cette expulsion qui est  respectueuse de nos principes et fermes en même temps".
Alors, je vais vous raconter les principes, car pour l'avoir vécu hier  en direct, je cherche et les principes et la fermeté.
Veille de l'expulsion : Amnesty International appelle la préfecture  pour savoir ce qui se passera : la préfecture affirme qu'il n'y a que 12 familles qui seront expulsées, qu'il n'y a pas d'enfants scolarisés  dans ces familles et que trois chambres d'hôtel ont été prévues pour  les familles avec souci de santé. En effet, il n'y a que la moitié du  terrain qui est visé par l'expulsion, et la plupart des gens se sont  déjà regroupés dans la partie non expulsable, qui appartient à la mairie. LA PRÉFECTURE MENT.
Jour de l'expulsion : 7 h du matin. Tout le camp est évacué. La police  refuse de laisser sortir les caravanes. Puis elle accepte. Puis elle  refuse à nouveau sans raison. Puis elle accepte. Dès que les habitants auront garé leur caravane dans la rue pour attendre des solutions  d'urgence, la police va les emmener en fourrière, puisqu'elles sont  garées illégalement dans la rue. LA POLICE HARCÈLE.
8 h du matin. Les habitants du camp et les militants associatifs sont repoussés de l'entrée du camp. Nous nous retrouvons avenue Salvador  Allende et nous décidons de faire une manifestation assise au milieu de la rue. La police bloque la circulation pour nous protéger. Petit à  petit, il fait chaud, les enfants ont faim. Une personne part et va  chercher du pain et de l'eau. Lorsqu'elle revient la police interdit  que le pain et l'eau soient donnés, et elle bloque cette personne loin  de nous. Puis elle accepte. Puis elle refuse lorsqu'une autre personne  va également chercher du pain. Puis elle accepte à nouveau. LES  ENFANTS ONT UNE BIEN ÉTRANGE VISION DE LA PAROLE DE L ÉTAT.
10 h du matin . Nous sommes toujours dans la rue . Lorsque les gens  finissent par avoir envie de faire pipi, la police explique que ceux  qui sortiront du dispositif ne pourront pas y rentrer. Alors les  mamans déplient une couverture, la tendent le long du trottoir, et  s'abritent derrière pour uriner. La police se moque ouvertement de ces  pauvres femmes. Je me tourne vers une policière et je lui demande :  
Vous feriez comment à leur place ???
11 h : Une petite fille a fait caca sur elle. Son père me l'apporte,  ne sachant que faire. Deux autres enfants me demandent à aller faire  caca aussi. Je négocie avec la police pour sortir avec trois enfants  et aller jusqu'à mon école, la laver et la changer, et permettre aux  autres de faire caca plutôt dans les WC. La police m'interdit de  sortir, puis accepte mais à condition que je fasse le tour d'un pâté  de maison c'est à dire qu'ils vont m'interdire de prendre la rue qui  va à l'école, m'obligeant à faire le tour de trois rues complètes,  avec deux petites filles mourant d'envie de faire caca, et un bébé de  4 ans pour qui s'est déjà trop tard. LA POLICE ABUSE DU POUVOIR QUE LA  FORCE LUI DONNE.
13 h : La police qui est épuisée comme nous d'être en plein soleil  nous propose de nous installer sous un pont un peu plus loin à  l'ombre. Un homme s'est évanoui. Les pompiers sont venus le chercher.  La préfecture explique qu'ils ont trois chambres d'hôtel, et il y a  plus de 100 personnes sous le pont. Nous attendons. LA PRÉFECTURE MENT ENCORE, car le préfet peut réquisitionner un hébergement et ne le fait pas.
17 h : La policière propose aux gens qui le souhaitent d'appeler le  115. Une famille, dont la femme a le cancer et a des soins lourds  accepte : la policière reste plus d'une heure en attente, avec la  petite musique énervante que tous ceux qui ont appelé le 115  connaissent. Puis le 115 répond qu'en cas d'expulsion, les  hébergements dépendent de la préfecture. La policière appelle la  préfecture. La préfecture lui donne le n° de téléphone de la DDE....qui ne s'occupe pas du tout de l'hébergement et qui de toutes  les façons ferme à 17 h. La policière est dépitée. LA PRÉFECTURE SE  MOQUE DE LA POLICE...
19 h : Les policiers nous disent qu'ils vont partir et qu'ils vont  rétablir la circulation. Ils proposent aux Roms d'aller se faire  héberger dans d'autres camps roms, chez des amis ou dans leur famille. Nous doublons les policiers et nous partons nous installer devant la  mairie. La encore, la préfecture refuse d'ouvrir des hébergements, la  mairie refuse d'ouvrir un gymnase. Les enfants et leurs parents vont  dormir dehors. LE MINISTÈRE DE L ÉDUCATION NATIONALE DIT VEILLER A LA  RENTRÉE SCOLAIRE DES ENFANTS !
20 h : La mairie nous informe que les familles pourront réintégrer la  partie non expulsée du camp à la fin des travaux. Sans date. Peut-être  la semaine prochaine. On ne sait pas.
Mais dans quel état seront ces enfants dans une semaine ?  
Physiquement, psychiquement ?
Qui peut croire qu'ils seront disponibles pour apprendre ?
Qui peut croire que réinstaurer des règles de droit avec eux sera  simple ?
LA RENTRÉE DES ÉLÈVES AURA LIEU MARDI 3 SEPTEMBRE. MAIS CELLE DES  ELEVES ROMS ? "
Véronique Deker m'a ré écrit hier pour m'autoriser à diffuser son mail, elle a ajouté:
"Ici tout a bien fini puisque les familles,  après avoir dormi dehors et perdu caravanes et objets personnels, ont  tout de même réintégré le terrain.
Cordialement;
Véronique DECKER "

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