(sur) Vie du camp au jour le jour

Dimanche 21 juin : arrivée à Pajol

 

Nous sommes aujourd'hui le 8 juillet 2015. Cela fait donc 16 nuits passées sur les pavés devant la Bibliothèque Vaclav Havel, entre deux bars oeuvrant à la gentrification du quartier. 

À la louche, j'estime à au moins 150 le nombre de migrants qui ont dormi ici cette nuit. 

Un flux intarissable de réfugiés arrive chaque jour.

Un bénévole travaillant dans un centre d'accueil clandestin m'a indiqué que les migrants passant la frontière en Italie n'avaient qu'un mot à la bouche : ''LaChapelle''.

Cette réalité n'est pas prise en compte par les autorités qui nous gouvernent. 

Cent places d'hébergement par ci, deux cent par là. Quand elles sont salubres, ces places apportent une ''solution'' pour quelques cas particuliers, et on ne peut que s'en réjouir. 

Mais la réalité et la complexité de la situation devrait amener les pouvoirs publics à apporter une réponse globale aux problèmes migratoires. 

Je pense que la France, si elle agit seule, ne pourra rien régler. Quand bien même une politique européenne commune se mettrait en place (chose inimaginable aujourd'hui), celle-ci ne pourrait venir à bout de la crise que nous connaissons. 

C'est pourquoi je milite, à mon très faible niveau, pour que soit réfléchie une réponse mondiale à ce problème majeur de notre début de siècle (que je considère, soit dit en passant, comme 10 fois plus préoccupant et prioritaire que le problème du réchauffement climatique).

Le flux d'hommes, de femmes et d'enfants qui fuient la guerre et la misère ne se tarira pas de lui-même. D'autant lorsqu'on constate les récents développements géopolitiques du côté des pays d'origine des réfugiés. 

La situation de crise actuelle résulte d'années et d'années de fonctionnement du monde profondément injuste. 

Ceux qui possèdent le capital, clé de voûte de l'ensemble de notre système actuel, imposent leurs décisions à celles et ceux qui ne possèdent rien de matériel. Et ces décisions vont rarement dans le sens de ces derniers... 

 

Vivre depuis plusieurs semaines aux côtés de mes frères migrants est le plus grand enseignement que j'ai pu recevoir. 

Cela m'aura dissuadé pour de nombreuses années de voter PS. 

Comment un gouvernement et une mairie dits de gauche (cela a-t-il toujours un sens ?) peuvent-ils laisser perdurer une telle situation de déni des droits de l'homme les plus fondamentaux.

 

 

 

Sinon, ici, les migrants s'organisent. 

Après avoir vu la mort, traversé la méditerranée à soixante sur une embarcation en plastique, les migrants conservent une force de vie incroyable. 

Avec l'aide des soutiens, simples riverains pour la plupart, la nourriture est distribuée et manque rarement.

Nous avons un bon nombre de matelas. Mais l'arrivée incessante de nouveaux migrants en contraint certains à dormir à même le sol, sur un carton ou un tapis pour les plus chanceux... 

 

 

 

 

Si vous êtes indignés du sort que la France réserve à ses demandeurs d'asile, rejoignez la page Facebook 'Comité de soutien de migrants de la Chapelle', ainsi que le groupe Facebook 'réfugiés de la Chapelle en lutte'

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