Assemblée nationale (RDC) : Pour qui roulent réellement les députés nationaux ?

Le 25 mai dernier, les députés de l’UDPS (minoritaires) en sont venus aux mains avec les députés FCC dans une plénière de destitution du député UDPS Jean-Marc Kabund, Premier vice-Président de cette chambre. Ce 12 juin, les députés ont tenté, en vain, de forcer l’entrée de l’Assemblée pour élire un nouveau Premier Vice-Président en dépit de la décision du Conseil d’Etat ordonnant la suspension de cette procédure. S’il est une chose sur laquelle s’accordent les députés de cette législature (2019-2023) toutes tendances confondues, c’est faire sourde oreille aux cris de détresse des congolais.e.s qu’ils prétendent représenter et la majoration de leurs émoluments.

L’importance de la représentation nationale dans toute démocratie ou dans les sociétés qui y aspirent n’est pas discutable. A l’instar des substances chimiques, correctement utilisée, l’Assemblée nationale peut contribuer sensiblement – à travers la production législative et le contrôle parlementaire – à l’amélioration de la qualité de vie dans une société. En revanche, une Assemblée nationale qui ne fait pas des préoccupations du peuple son souci majeur peut être très nocive pour celui-ci, comme le benzène ou le cadmium, deux des dix produits chimiques qui, selon l’OMS, posent un problème majeur de santé publique (cancers, anémie aplastique, toxicité rénale, atteintes du squelette et pneumoconioses). La progression de la troisième législature en RD Congo ne semble pas différente de celles des deux toxiques susmentionnés (benzène et cadmium) dans le corps humain. Le rapport cout-rendement de cette institution – joint au budget de la Présidence et du Gouvernement - asphyxient sur les congolais.e.s. We can’t breath ! Les spectacles auxquels l’on assiste depuis un moment à l’Assemblée nationale ne sont pas de bon augure.

Censée représenté le peuple dans l’exercice de sa souveraineté (article 5 de la Constitution) et partager, avec le Sénat, l’exercice du pouvoir législatif (article 100 de la Constitution), la troisième législature de l’Assemblée nationale (Le Front Commun pour le Congo de l’(ex) Président Joseph Kabila y détient une forte majorité) brille par un infantilisme sidérant. En suivant les débats, prise de positions et rixes au sein de cette législature, on se rend vite compte que les préoccupations majeures des congolais.e.s ont été sacrifiées sur l’autel des positionnements individuels, du partage du pouvoir, des égos et de règlement des comptes tant politiques que physiques.

La « crise » entre le FCC et le l’UDPS n’est pas idéologique mais « affairo-pouvoiriste »

Certains commentateurs de l’actualité politique congolaise comparent les démonstrations de force entre le FCC (majoritaire) et le CACH (minoritaire) à la crise des années 60 entre Kasavubu et Lumumba. Pourtant, si celle-ci était nourrie par les divergences de vision – sans ignorer les ingérences belgo-américaines largement documentées -, la « crise » actuelle est essentiellement et fondamentalement « affairo-pouvoiriste » teintée, selon le cas, d’une manipulation tribalo-ethnico-régionale. En réalité, il s’agit d’une poignée d’individus qui ont pris en otage l'avenir de plus de 80 millions de congolais.e.s. Dire que pour ces individus, les vies des congolais.e.s ne comptent pas, est une lapalissade ! Plus de 8 millions de morts ! Pillage des milliards de dollars US depuis plus de deux décennies dans l'un des pays les plus pauvres du monde. Pour eux, seul le pouvoir compte. Accéder aux coffres de l'Etat. Non pas pour servir mais pour écraser, dominer, anéantir, assujettir, avilir, exploiter, éventrer, zigouiller, castrer, violer, piller, s'enrichir. Une mafia dégoûtante et nauséabonde que rien ne semble limiter. Voilà les vrais ennemis des congolais.e.s !

Le pays fait face à des agressions et à la covid-19, les députés brillent par l’irresponsabilité et la cupidité

Curieux ? Les deux regroupements politiques qui se livrent à des bagarres et autres quolibets propres aux cours de recré, participent au gouvernement Ilunkamba (FCC) dans une alliance dans laquelle les alliés ne semblent s’accorder que lorsqu’il s’agit du partage du « gâteau », de la « proie ». La poursuite de la patrimonialisation de l’Etat, après les promesses de changement faites par Félix Tshisekedi, ne sont pas sans rappeler les heures sombres de la colonisation léopoldienne. Rien ne semble arrêter les élans kléptocratiques du régime actuel. En pleine crise de coronavirus, alors que le pays fait face à des problèmes majeurs, les fonctionnaires n’ont pas encore été payé pour le mois de Mai, le pays ne dispose que d’un seul centre de test de la covid-19 (INRB) basé à Kinshasa,  la population congolaise se paupérise davantage - en réalité un manque de volonté politique -, les députés nationaux viennent de demander au Gouvernement une majoration de leurs émoluments de 2000 dollars US ainsi qu’une augmentation de 50% des frais de fonctionnement de l’Assemblée nationale. Il convient de noter qu’un député national gagne environ 7000 dollars US par mois. Si leur demande est acceptée, leurs émoluments vont atteindre 9000 dollars US contraste insultant avec le salaire de certains fonctionnaires qui gagnent à peine 100 dollars US (enseignants, infirmiers, policiers, militaires etc.).

Cela intervient au moment où le pays fait face à des agressions de ses voisins zambien (l’armée zambienne occupe une partie du territoire congolais à Pweto et Moba depuis plusieurs mois), sud-soudanais, centrafricain en plus des (groupes) armées rwandaises, burundaises et ougandaises qui n’ont jamais quitté le territoire congolais. Dans ce capharnaüm, la retransmission en direct du « procès » contre Vital Kamerhe (Directeur de cabinet du Président de la République) dans un scandale de vaste détournement et de corruption de plusieurs millions de dollars dans l’exécution du programme dit de 100 jours initié par Félix Tshisekedi à son arrivée au pouvoir en janvier 2019, chercherait-t-elle de cacher l’incompétence, l’amateurisme et l’inconscience qui animent le (nouveau) pouvoir ?

Que faire ?

Il faut que les congolais arrêtent de se faire berner par une « alternance politique hollywoodienne », par un « Etat de droit sans État » et par une « démocratie liberticide et illusoire ». Pour se libérer de cette servitude, arrêter l’« état de décomposition », de putréfaction très avancée, les congolais.e.s doivent faire le choix entre se comporter tel des esclaves de la maison ou payer le prix de leur liberté et de leur dignité. Le moment n'a jamais été aussi propice !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.