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Billet de blog 21 nov. 2021

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Militer pour survivre

Quand Metoo à commencé j’étais déjà féministe, parce qu’on m’a expliqué en grandissant que les gens étaient tous égaux, et que le sexisme c’était pas gentil. Ce qu’on ne m’avait pas expliqué c’est à quel point le sexisme est partout, en nous, autour de nous. Comment il forge la moindre de nos pensées. Comment toute la société est régie par des rapports de forces, des privilèges, des oppressions, des classes sociales.

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J’ai été violée, comme des tas d'autre femmes. 

Comme des amies, des cousines, peut être ma soeur, ma mère. Je ne sais pas on ne parle pas de ça. Ou plutôt on ne parlait pas de ça.

Quand metoo à commencé j’avais 13 ans presque 14, j’avais déjà vécu des violences sexuelles sans en avoir encore conscience.

Quand metoo à commencé j’étais déjà féministe, parce qu’on m’a expliqué en grandissant que les gens étaient tous égaux, et que le sexisme c’était pas gentil. Ce qu’on ne m’avait pas expliqué c’est à quel point le sexisme est partout, en nous, autour de nous. Comment il forge la moindre de nos pensées. Comment toute la société est régie par des rapports de forces, des privilèges, des oppressions, des classes sociales.

Longtemps je me suis dis que j’étais « super bonne » parce que c’est ce que les garçons m’avaient dit, autant ceux qui m’ont aimé que ceux qui m’ont traumatisé quand ce n’était pas les deux en même temps. « Bonne » c’était mon rôle social, parce qu’en tant qu’ado on doit être bandante, pas trop, pas provocante, mais quand même bandante sinon on ne vaut plus rien.

Bonne c’était aussi l’excuse, oui on m’a touché, violé, manqué de respect, mais je suis quand même sacrément bonne. C’était l’excuse parce que si je n’ai rien d’irrésistible alors j’ai été violée sans raison, sans rien pour le justifier.

J’ai été violée parce que je suis une femme. Et ça je ne peux rien y faire, c’est mon groupe social, je ne peux pas le fuir par simple volonté.

Alors qu’être bandante je peux maigrir à plus pouvoir me regarder dans le miroir, je peux mettre des couches et des couches de vêtements. Je peux en jouer, me le « réaproprier » poster mon corps nu sur internet parce que c’est de « l’empowerment ». Mais quand on est juste une femme on fait quoi ? Quand on à été violé parce que toute la société, ses rapports de force, tout ce qu’on nous a dit, permit, interdit, montré, caché a mené à ce moment précis, on fait quoi ?

Prendre conscience des discriminations et des oppressions c’est difficile, déprimant. Plus on avance, plus on veut tout changer et plus on voit l’ampleur du travail. Et dès qu’on à commencé à le voir on ne peut plus l’ignorer, la société prend un sens nouveau.

C’est difficile d’expérimenter ça quand on le lit dans les livres, dans les journaux, les témoignages, etc. Mais quand on fait partie d’une minorité alors on le découvre en le vivant. Et comment survivre à ça, à cette triple peine ? Je suis traumatisée, je suis traumatisé parce que j’appartiens à ce groupe social, et tous les jours de ma vie me rappelleront ces rapports de forces.

Les personnes issues de minorités racontent souvent comment leur politisation à été précoce. Vivre le racisme ou le sexisme en primaire pousse à se politiser dès le collège ou lycée. Je ne parle pas ici de partis politiques, je parle du politique, de tout ce qui est politique dans notre rapport aux autres et à nous même. On se politise pour avoir des armes, c’est ça le militantisme c’est nos armes. Passer du féminisme libéral dans lequel j’ai grandi au féminisme matérialiste ça été ça mon arme, ça a surtout été ça mon pansement. 

La première fois que j’ai vécu une violence sexuelle en en ayant conscience je venais d’avoir 14 ans. Parcourir le féminisme par moi même ça à été me soigner et me pardonner. Personne savait ce que j’avais subi, mais je voyais sur internet des tas de femmes ayant vécu la même chose en parler. On me disait que ce n’était pas ma faute, qu’il aurait du me demander, que je n’avais aucune responsabilité dans cet acte, on me disait aussi que c’était grave. C’est difficile d’accepter que ce que l’on à vécu est grave.

Pour le viol il y a, je trouve, un paradoxe, c’est l’acte de barbarie ultime, tout le monde est d’accord pour dire que c’est atroce, inhumain, mais alors dés que le viol n’est plus monstrueux il n’est plus grave. Mais le viol n’est pas monstrueux, au sens où il n’est pas commis par des monstres. On psychiatrise le crime que l’on ne comprends pas. Le viol est tellement traumatisant comment faire subir ça à quelqu’un ? Ceux qui font ça ne peuvent alors être seulement des monstres ou des fous. 

Mais alors quand on est violé par quelqu’un en qui on avait confiance, quelqu'un de tout à fait sain d'esprit, quelqu’un qui dit nous aimer ? Ça ne peut pas être un viol. Alors comment vivre avec le traumatisme dans le corps quand notre esprit nous dit que tout va bien ? Il m’a fallu plus de 6 mois pour m’en rendre compte, pour mettre le mot dessus. Que même si c’était mon copain et pas inconnu, que c’était dans ma chambre, dans mon propre lit et pas dans un parking la nuit, c’était un viol. Mais si ce n’était pas un inconnu, si ce n’était pas la nuit, pas dans un parking, que je portais ni minijupe ni décolleté alors pourquoi ? Pourquoi moi ? Pourquoi avoir continué alors que disais non ? Comme je l’ai dit plus tôt je me suis d’abord dit que j’étais « bonne », bonne à en être irrésistible.

Alors j’ai caché mon corps, et puis voyant que c’était inutile, j’ai montré mon corps. Si on dépasse mon consentement peu importe ma tenue alors autant mettre le moins de vêtements possible, au pire quoi ? Je me fais violer ? Trop tard. 

Cette période à duré plus d’un an, j’avais 16 ans, ça faisait déjà deux ans que je m’intéressais beaucoup au féminisme. C’est aussi à ce moment que onlyfans à commencé à devenir quelque chose de connu, que je me suis intéressé au féminisme sexpositif, d’abord en soutien aux travailleurs et travailleuses du sexe, et puis comme « empowerment ». Le travail du sexe est devenu un truc de « girlboss », le capitalisme avait fait son oeuvre et son hégémonie culturelle été passée par là aussi.

Le travail du sexe devenait une manière de se réapproprier son corps, de « faire de l’argent sur le dos du patriarcat ». On avait gentrifié le travail du sexe, oubliant par là les premières concernées, les plus précaires, les femmes trans, non blanches, etc. Le travail du sexe était devenu blanc, cis, bourgeois : instagramable. Ce travail du sexe, vendu comme un « empowerment » l’était souvent à des mineures. Et comment en vouloir aux jeunes filles de se sexualiser quand toute la société les sexualise depuis des années ? Comment leur reprocher de montrer leur corps sur internet quand tout les pousse à le faire, même le féminisme ?

Pourtant c’est bien la pédopornographie que cela alimente. Vendre le travail du sexe comme un « empowerment » est inconscient et dangereux, le faire à des mineurs est criminel, c’est les rendre à nouveau victimes de violences sexuelles sous prétexte de les aider à guérir des dites violences. C’est surement ça la plus grande force du patriarcat, être partout, même dans certains féminismes. 

Mais alors si je n’ai rien d’irrésistible, si les hommes sont les mêmes devant une jupe ou un pantalon, pourquoi ai-je été violée ? Je l’ai dis en introduction, je suis une femme.

J’avais assez tôt pris conscience que j’étais une femme en tant qu’individu, mais il faut plus de temps pour le comprendre en tant que groupe social. Le patriarcat, et plus largement le capitalisme et tous les autres rapports de domination, n’ont aucun intérêt à ce que nous raisonnions en tant que groupes. Nous n’avons nous même aucun intérêt à cela, déjà parce que nous sommes tous ou presque dominants dans certains rapports de forces, mais aussi car c’est d’une très grande violence.

Le militantisme est une arme à double tranchant, nous pouvons nous défendre face aux oppressions que nous vivons, mais plus nous avançons plus celles ci se complexifient, plus leurs ramifications s’étendent. Le sexisme n’est pas un truc d’homme méchant ou bête, le sexisme est partout, en chacun de nous, dans tout ce que la société patriarcale produit pour nous.

Alors face à cette violence quotidienne et omniprésente, militer c’est survivre.

Militer c’est découvrir qu’on appartient à une classe, qu’on à un vécu et une existence matérielle, et donc militer c’est comprendre notre place dans la société.

Militer c’est comprendre, apprendre.

Militer c’est se retrouver, découvrir que l’on est pas seul.

Militer c’est créer des endroits à l’écart pour que les oppressions que l’on vit y pénètrent le moins possible.

Militer c’est respecter ces espaces pour les autres, accepter notre statut de dominant dans certains rapports de forces.

Militer c’est fatiguant, déprimant, usant. Mais militer c’est vital, militer c’est se sauver de cette violence, c’est prendre soin de soi, marquer ses limites, les faire respecter.

Militer c’est les forcer à respecter notre consentement jusqu’a ce que le viol ne puisse plus être une arme d’oppression efficace.

Militer c’est survivre.

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