Main basse sur le sable

**Le Sable, enquête sur une disparition** © Guillaume Rappeneau

Mardi 28 mai 2013, à partir de 20 heures 50,
sera diffusé par Arte le documentaire de Denis Delestrac :
Le sable : enquête sur une disparition.


Après l’air et l’eau, juste avant le pétrole, le sable représente la troisième ressource naturelle la plus consommée dans le monde. Les utilisations en sont nombreuses (fonderie, fabrication du verre, composition des détergents et cosmétiques, puces et autres composants électroniques, abrasion, délavement des jeans, amendement agricole notamment), mais c’est surtout la filière du bâtiment qui fait figure d’ogresse. En effet, le sable est le principal constituant des matériaux de construction, en particulier du béton. Chaque année, à l'échelle mondiale, ce sont ainsi plus de 15 milliards de tonnes qui sont extraites.

Or, la structure du grain de sable du désert étant impropre à la construction, la ressource est principalement prélevée sur les plages, dans les fonds marins ou dans des carrières ouvertes à proximité immédiate du littoral. En d’autres termes, les plages ne sont pas seulement menacées de disparition du fait de la submersion marine, mais aussi à cause d’une extraction sauvage et imprévoyante de sable. Ce pillage cause également des dégâts sur la faune maritime, accroît le risque d’engloutissement d’îles et contribue à la multiplication des cyclones.
 

Sand.jpg Dans son livre Sand : A journey through science and the imagination (2009, Oxford University Press), Michael Welland nous avait déjà mis en garde sur les perspectives dramatiques qui se dessinent, ainsi que sur les motivations peu louables des différents acteurs. “Le sable reste une matière première qui n’a pratiquement aucun coût. On ne paie que la main d’œuvre et le transport. Il est donc considéré comme une ressource gratuite qui, pas plus que l’air ou l’eau, n’est quantifiable économiquement. Pour la plupart, y compris parmi les décideurs politiques, il n’est pas perçu comme une richesse naturelle menacée, donc à protéger. Les besoins économiques immédiats priment sur toute autre considération. Il faut une prise de conscience collective. 

C’est pourquoi des dispositifs de régulation sont à la fois impératifs et urgents. Il est grand temps de privilégier des méthodes de construction écologiques, ne recourant pas au sable mais par exemple au bois et à la paille, ainsi qu’à des matériaux composites ou existants qui peuvent être recyclés. Malheureusement, des solutions (plus honorables que celles qui sont aujourd’hui déclinées en masse) seront d’autant plus difficiles à mettre en œuvre que, selon Denis Delestrac, nous avons affaire à des “nouveaux contrebandiers du sable, millionnaires aux pieds nus, politiciens corrompus et promoteurs immobiliers sans scrupules”. Ce n’est d’ailleurs pas sans raison que, durant les deux années d’enquête et de tournage, l’équipe a subi des menaces de mort au Maroc et en Inde, ainsi que des censures à Singapour.
 

Pour plus d'informations,
voici la bande annonce du documentaire
et le lien vers la page Facebook
 

Quand la planète sera exsangue, on pourra dire “bonne nuit les petits, les marchands de sable sont passés”, sauf que ce ne sera pas drôle. En attendant, vous êtes invités à regarder le film documentaire réalisé par Denis Delestrac. 
 

Le sable, enquête sur une disparition : documentaire de Denis Delestrac
(France/Canada, 2013, 1 h 14 mn).

Coproduction :
Arte France, Rappi Productions, La Compagnie des Taxi-Brousse, Informaction. 

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