La gauche, un detail pour Mediapart?

Il a fallu attendre 21h, soit une heure et demie apres le debut de cette speciale municipales 2014, pour que Mediapart parle des scores de la gauche. Jusqu'ici, la discussion etait dominee par les commentaires tels que nous pouvons les entendre sur les chaines de TV, sur la progression du FN, le fait que le FN ait emporte telle ou telle ville, sur ce que sa chef allait dire ou faire, etc. Ceci etait ponctue par des 'analyses' sur l'abstention par une soit-disant specialiste, caracterisees par leur abstraction et leur absence totale de valeur ajoutee. Mais ouf, enfin a 21h, on parle de Grenoble, avec la une election historique. Cette arrivee d'oxygene a ete rapidement polluee par un commentaire expliquant que Grenoble a toujours ete un cas particulier, une sorte de ville avant gardiste que l'on ne peut pas comparer aux autres. La realite que la majorite gagnante a Grenoble en 2014 est tout a fait nouvelle: ni le Front de Gauche, ni EELV n'existaient dans les annees 70 et 80. Cette majorite est d'ailleurs bien plus large que ces deux partis, elle inclut de nombreux independants. Le descriptif de 'vert-rouge' est donc faussement reducteur. Le choix des mots est tres importants en journalisme et en politique. Parler de 'la gauche de la gauche' est egalement trompeur, car bien des membres du rassemblement autour d'Eric Piole ne s'y reconnaissent pas. Il s'agit plus d'une alliance de la gauche, des ecologistes et d'independants qui l'a emporte, face au candidat du systeme PS. Ce systeme qui a produit tres peu de mesures de gauche malgre une situation inedite ou il detenait tous les leviers du pouvoir politique. Robert Huertas a en revanche releve un fait egalement nouveau et essentiel de ces municipales: les faibles reports des votes de gauche et des ecologistes vers les candidats PS au second tour. Bien plus que la porosite entre les electorats UMP et FN, ceci est un vrai changement par rapport aux precedentes elections. Dans un grand nombre de communes, les electeurs de gauches, alternatifs ou ecologistes, ont refuse de cautioner ceux percus comme des apparatchiks de la hierarchie PS. C'est un signal tres fort, ils ont dit a la hierarchie PS: vous ne pouvez plus compter nos voix comme acquises aux second tour. C'est fini.

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