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Billet de blog 17 oct. 2010

Les chiffres folkloriques de l’insertion des Bac+5.

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Valérie Pécresse peut se targuer d’avoir essayé de faire passer une calamité pour un bien et d’avoir réussi à pousser dans le piège des chiffres la plupart des crédules. Force est de constater l’autosatisfaction béate de la ministre qui découvre son ministère et veut casse des clichés en détournant la réalité des faits. Ainsi, plus de 80% des Bac+5 disent avoir un emploi dans les 30 mois suivant la réussite de leur master. L’idée est belle, séduisante. Encore faut-il creuser le message qui cache une génération sacrifiée, déclassée au point qu’on veut en nier l’existence.

L’étude vient de sortir. Cela ressemble pourtant à une réussite mais c’est un vrai désastre. Ainsi, les universités discutent de leur excellence en se flattant du pire. On ne peut pas imaginer que ces chiffres puissent avoir été plus tristes que ceux énoncés dans les médias, radio, TV et presse écrite. Mais voilà, c’est un peu comme si on se disait que 99% de la population des maternelles de France n’était pas touché par le tabagisme ou l’alcoolisme, que dirait-on d’un ministre de la santé qui se féliciterait d’une telle baliverne. Ainsi, l’étude de l’insertion des bac+5 soufre d’un problème d’échantillonnage d’emblée. Hors une étude digne de ce nom est très sensible à la notion de choix de la population. Comment vous convaincre de l’ivresse abyssale de Valérie Pécresse disant qu’elle est si heureuse d’un résultat pitoyable concernant l'insertion des masters...

Bon, il faut être carré dans l’objection à la ministre et lui dire que probablement son microcosme très « argenté » ne reflète en rien la vie quotidienne du jeune master sorti de l’université. En effet, rappelons que le couple Pécresse vit sur un seuil de « pauvreté » d’environ 600000 euros-700000 euros annuels (données calculées en fonction des chiffres avoués des comptes de la société Iméris, société de l’époux Pécresse). Certes, il faut rappeler que Madame Pécresse est plutôt sorti de la cuisse de Jupiter, son grand père ayant soigné la fille Chirac pendant des années. Idem pour d’autres éléments qui laissent comprendre pourquoi une ministre peut ne pas être sensible à « l’infinie épouvantable vérité » que ces 30 mois d’errance à la suite d’un diplôme équivalent à celui d’ingénieur peut représenter pour tout étudiant issu de la « société d’en bas ».

Ceci étant, rappelons que l’étude agitée par Mme Pécresse ne dit pas grand-chose sur les sources de l’information, l’échantillon des répondants. On apprend dans le Figaro seulement que les structures n’ayant pas eu plus de 30% de réponse n’avaient pas été incluses dans les chiffres gouvernementaux… le mathématicien primaire sera surpris de cette redondance amusante 30 mois, 30%... c’est de l’ordre du détail et n’a rien d’important. Mais voilà, que vaut le chiffre pris d’une université qui aura eu 31% de réponse au questionnaire. Le biais est terrible. On peut considérer que parmi les 31% de cette cohorte, ce sont ceux qui ont eu soit du bol, des appuis, des aides pour avoir un job dans les trente mois qui ont pris la peine de renvoyer un questionnaire assez odieux pour ceux qui seront en errance au delà des 30 mois, voire qui auront été déclassés sinon qui auront pris des petits boulots pour s’en sortir… oups, on tombe là dans les sombres explications des APEC (Cadres) qui vous considèrent réellement que lorsque vous avez déjà été dans un emploi de cadre malgré le fort diplôme que vous avez pu obtenir… mais qui se souviennent de vos références lorsque vous avez fait un petit job dans un fast-food… histoire de décrire une image moins affligeante des diplômés en France.

Outre ces points désolants de statistique, d’échantillonnage, il faut rappeler des faits européens et français. Génération Précaire a longtemps combattu l’abus des stages et celui des stages hors cursus. Ainsi, pendant les 30 mois de tristes solitude de ces diplômés, « l’espace temps » est il occupé par des stages ? un ou deux stages proposés par des DU de Polonais si connus dans les universités… c’est si fictif comme diplôme qu’on propose à 1000 euros d’inscription, une heure de cours universitaire et environ 6 mois de stages voire plus… quelle catastrophe si on y réfléchis… ainsi les universités seraient fières d’avoir des diplômés casés au bout de 30 mois de stages ou de chômages.

Pour référence, la moyenne de durée d’une thèse en France est de 38 mois… imaginez la bronca si Mme Pécresse avait simplement annoncé que 95% des masters étaient embauchés (CDI ou CDD ou autre ?) dans les 36 mois soit quasiment la durée d’une thèse…

Plus prosaïquement, il faut réfléchir à la ligne politique actuelle qui montre une volonté de Nicolas Sarkozy de transformer ses échecs cuisants en images de réussites brillantes. Ainsi, il se glorifie de la réforme des universités et du calme de ces professions, ce qui est bien éloigné des dizaines d’appels à la fronde qui sortent de la plupart des institutions de recherche du pays. Idem pour l’autosatisfaction du « prisonnier du château » lorsqu’on voit certains ministres présenter les futures dispositions d’un plan pour l’avenir de la jeunesse. Là encore, Monsieur Daubresse fanfaronne sur un RSA jeune qui aujourd’hui culmine à moins de 5000 dépôts de dossier alors que la moitié de ce nombre sera déboutée de cette « discrimination nouvelle ». Toujours dans cette fantasmagorie politique, Daubresse se flatte d’un décret contre les stages hors cursus. A ce sujet, un des porte parole de Génération Précaire a ironisé en pariant d’emblée avec le ministre une bouteille de champagne s’il trouvait une seule condition qui pouvait empêcher un seul stage hors cursus d’avoir lieu.

Continuant dans la verve puérile de Pécresse, Daubresse a également présenté une stratégie pragmatique d’aide à la jeunesse… on aura sur ce plan choisi 5 régions les plus riches pour être sur d’avoir des statistiques au mieux médiocres pour son expérimentation sociale en temps réel. Oui, la jeunesse aujourd’hui est devenue la fixation d’un président rongé par sa réélection… preuve en est donc cette cumulation de déclamation festive qu’elles soient de Pécresse ou de Daubresse.

En conclusion, il faut donc plomber certes l’ambiance en rappelant à Pécresse que des familles se saignent pour payer des études à leur enfant pour trouver rapidement un diplôme et non un stage de 400 euros par mois. Il faut éclairer le monde puéril de Mme Pécresse en soulignant que ces familles veulent un travail pour leur gamin dans les quelques mois post-diplomes et non deux ans et demi-âpres… N’oublions pas que 18% de l’échantillon improbable rame encore en CDD et qu’on ignore la grande partie d’une population qui se fiche de répondre à des investigations statistiques insultantes. En effet, lorsqu’on vit des déclassements, on apprécie peu les fac qui vous demande mielleusement des comptes.

Oui, les universités ont commis une double erreur en suivant l’autorité bancale actuellement en tète d’un ministère important. Elles ont donné des échantillonnages foireux qui vont à l’encontre de bon nombre d’étude sérieuse. Oui, la plupar t des jeunes sont en désinsertion, déclassement à la suite de leur bac +5… il faut plus que ce soit un tabou, car ceux qui ne répondent ni aux APEC, ni aux Universités sont massivement ceux à qui on n’a pas donné de chance de prouver leur compétence.

Enfin, la calamité qui s’abat c’est de voir des ENARques se flatter que des jeunes se trouvent massivement en galère sur plus de deux ans… deux ans de CDD, de stages ou de chomage avant d’aller postuler pour des petits boulots qui certes permettent de dire à la classe dirigeante et universitaires que les diplomés sont casés. Pour pasticher les slogans actuels… 90% d’entre nous seront morts dans 70… ou 80% des chomeurs auront trouvé un job (CDD, CDI, contrat précaire) dans les 5 prochaines années… mais flattons nous de voir que nos dirigeants arrivent à voir du meilleur là ou il n’y a que les stigmates d’une génération précaire ou sacrifiée…

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