Quand est-ce qu'il faudra imposer des sanctions économiques contre le Brésil?

Bien que nous traversions un moment de grave crise sanitaire sur toute la planète, le Brésil a besoin de mesures fortes de la part de toute la communauté internationale pour arrêter un projet dictatorial du président d'extrême droite.

Tous les dirigeants du monde qui défendent la démocratie devraient commencer à imposer des sanctions économiques au Brésil afin de faire pression sur le gouvernement actuel pour qu'il renonce à son projet de coup d'État milicien. Les institutions brésiliennes, Parlement, Sénat et Cour suprême, se trouvent fortement menacées par des milices armées qui, encouragées par le président et financées par l'argent public, tentent maintenant de dominer la rue après s'être déjà appropriées l'environnement virtuel lors de l’élection présidentielle de 2018, comme l'indiquent les enquêtes sur les fake news impliquant l’équipe qui a remporté l’élection.

Bien que nous traversions un moment de grave crise sanitaire sur toute la planète, le Brésil a besoin de mesures fortes de la part de toute la communauté internationale, du G20 aux des Nations unies, de l'Union européenne au Mercosur ainsi que de tous les membres de la société civile qui travaillent pour la paix et le progrès, afin que les erreurs du passé ne se répètent pas. De nombreux éléments néo-fascistes (ou néo-nazi) ont été utilisés par le groupe qui occupe aujourd'hui la présidence de la République fédérale du Brésil, comme l'ont récemment signalé les juges de la Cour suprême qui, en toutes proportions gardées, comparent le moment présent du Brésil à celui qu'a connu l'Allemagne avec la montée d'Hitler et la chute de la République de Weimar.

Nous sommes à la mi-juin 2020 et les mesures prises par le gouvernement fédéral pour contenir de la pandémie de COVID-19 contredisent et nient les connaissances scientifiques, brisant les recommandations de la distanciation sociale et exposant la population la plus vulnérable au risque de se faire contaminer, induisant un potentiel crime contre l'humanité. Pendant plusieurs semaines depuis le 15 mai et après deux démissions de ministres de la Santé, ce portefeuille ministériel est resté vacant et son activité pilotée par les militaires avant d'être confié à un général. Et malgré le débat scientifique sur l'efficacité du traitement à la chloroquine, le pouvoir ne jure que par ce médicament, notamment pour les plus pauvres. Les sanctions économiques, avec l'interruption immédiate de toutes les transactions commerciales avec le Brésil comme forme de pression diplomatique pour exiger la démission du président et de son cabinet est désormais une condition sine qua non pour le bien-être de son peuple. Celui-ci subit aujourd'hui non seulement les effets d'une pandémie, mais aussi les conséquences des manipulations électorales commises par la famille de l'actuel président qui, guidée par les idéologues de la campagne du Brexit et de Donald Trump, a réussi à se faire élire malgré les mensonges qui ont trompé et confondu systématiquement une grande partie de la population. Maintenant que les enquêtes ont atteint le noyau de la famille du président, les menaces contre la démocratie avec la menace d'une dictature deviennent chaque jour plus constantes.

En 1999, alors qu'il était député, le président actuel a déclaré que s'il était président, il armerait la population pour la guerre civile et que ce n'est qu'en “tuant quelque 30.000 personnes que quelque chose pourrait changer dans le pays”. L'épidémie de COVID-19 lui apparaît comme providentielle : les plus pauvres meurent déjà, ils seront bien plus que des dizaines de milliers. Néanmoins, sa famille, ses partisans et la milice armée qui campait depuis des semaines devant le palais du gouvernement disent déjà qu'il ne s'agit pas de savoir "si" il y aura une rupture institutionnelle ou non, mais "quand" elle se produira. Ne vous y trompez pas, il y a sous nos yeux la naissance d'un dictateur de la trempe de Saddam Hussein, et il ne servira à rien de le laisser agir pendant des années, voire des décennies, avant de l'arrêter : nous devons intervenir immédiatement. Avec l'interruption des transactions commerciales et des relations économiques avec le Brésil, les pays du monde démocratique doivent demander la démission immédiate de l'actuel président, qui doit être jugé pour les crimes qu'il a commis tant par le système judiciaire brésilien que par la Cour de justice de La Haye, sachant que ses crimes sont du ressort individuel (corruption, meurtre, trafic de drogue), à une politique qui porte atteinte aux droits de l'homme et contribue à la destruction de l'environnement, en créant des affrontements successifs avec les institutions nationales et internationales.

Encouragés par le Président, le 5 août 2019, les bûcherons ont mis le feu à des zones de la forêt amazonienne, lors de ce qui est devenu le "Jour du feu". L'épaisse fumée a parcouru des milliers de kilomètres et est arrivée en deux semaines à São Paulo où elle a couvert le ciel au point de plonger la mégalopole dans la nuit en pleine journée. En réponse au crime environnemental commis par ses partisans, le président et son ministre de l'Environnement ont accusé des ONG, des personnalités internationales et des chefs d'État, comme le président français Emmanuel Macron (à qui il a offensé personnellement ainsi que son épouse), et ont aussi attaqué les gouvernements de Norvège et d'Allemagne. Le ministre de l'Environnement veut maintenant profiter de la pandémie pour accélérer le processus de destruction de l'Amazonie, en assouplissant les règles d'occupation et de déforestation et en avançant sur les zones protégées. L'Union européenne, par le biais du Parlement européen, les États nationaux, par leurs dirigeants, les parlementaires et les entreprises, doivent prendre des mesures urgentes pour éviter une catastrophe d'une ampleur inimaginable. Nous devons agir et non réagir : il faut empêcher la résurgence d'idées autoritaires incompatibles avec les modèles démocratiques mondiaux. Les négociations sur l'accord commercial de l'Union européenne avec le Mercosur doivent être interrompues pendant l'enquête sur les crimes présumés commis par le président et sa famille.

L'Amérique latine, en particulier le Brésil, a souffert au cours des siècles de la contagion de diverses maladies apportées par les étrangers. D'abord, la variole, la rubéole, le paludisme, plus récemment le H1N1, le Sida et maintenant le COVID-19. Cependant, outre les infections biologiques, l’héritage de la colonisation se manifeste également dans l'organisation de la vie sociale où les modèles économiques sont importés de manière irréfléchie et où les idéologies déjà en désuétude dans d'autres parties du monde sont aujourd'hui revisitées. Lors des élections argentines, le président brésilien a insulté l’équipe a remporté le scrutin et qui gouverne le pays voisin, en disant que c'étaient des bandits et des criminels. Aujourd'hui, mi-juin 2020, l'Argentine compte 62.000 personnes contaminées par COVID-19, le Brésil plus de 1,370.000. Cette différence n'est pas seulement le résultat de la géographie humaine et physique qui sépare les deux pays, mais surtout une conséquence directe de la politique d’Etat adoptée par chaque pays. C'est la différence entre la civilisation et la barbarie. Les dirigeants d'Amérique latine doivent fermer leurs frontières aux Brésiliens afin de faire pression, de manière diplomatique, sur le président actuel pour qu'il démissionne. Le Mercosur doit imposer au Brésil des sanctions aussi, voire plus, sévères que celles imposées au Venezuela. Nous sommes témoins d'un génocide et nous ne pouvons pas agir après coup : nous devons agir pendant qu'il est encore temps.

S'alignant sur la politique étrangère américaine, le président, sa famille et le ministre des Affaires étrangères ont lancé des attaques successives contre la Chine, remettant en question, de manière irrespectueuse, la gestion de la crise sanitaire par ce pays. La xénophobie et le racisme sont les arguments utilisés par le président et ses partisans pour critiquer le gouvernement chinois, fomentant des théories de conspiration et favorisant la désinformation à un moment aussi critique de la vie sociale dans le monde entier. Le gouvernement chinois et ses entreprises devraient faire pression sur le BRICS pour que des sanctions économiques soient imposées au Brésil, afin de renforcer les autres pouvoirs de la République face à l'imminence d'un projet dictatorial imposé par le président actuel.

Favorables au multilatéralisme économique et sociale du 21ème siècle, les institutions brésiliennes ont besoin du soutien et de la reconnaissance de l'ensemble de la communauté internationale. Le gouvernement de l'actuel président de la République fédérative du Brésil ne devrait plus être reconnu comme légitime en raison des fortes menaces que sa politique intérieure représente pour l'équilibre entre les nations. Les membres du "Bureau de la haine", les miliciens du groupe armé "300 du Brésil", les hommes d'affaires et les chefs religieux qui soutiennent le projet criminel de pouvoir et d'autoritarisme doivent faire l'objet d'une enquête et être punis conformément à la loi, en respectant la Constitution brésilienne de 1988 et les principes de la Déclaration universelle des droits de l'homme, en particulier la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. Le Parlement, le Sénat et la Cour suprême du Brésil ont besoin  du soutien de la communauté internationale en ce moment délicat de l'histoire mondiale et un premier pas, conforme à nos sociétés capitaliste est d’instaurer d'urgence des sanctions économiques et commerciales à l’encontre du Brésil actuel.

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