LE MONDE au secours de SYNGENTA?

 

Le JOurnal LE MONDE, dans son édition du dimanche 3 février / lundi 4 février 2013 publie  « une page entière entouré d’un fin liseré » se présentant comme une lettre ouverte  à Monsieur Le Ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, signée par Martin Taylor, Président du Conseil d’Administration de Syngenta AG « Abeille et agriculture : un malentendu politique. »

 http://issuu.com/kanabiz/docs/le_monde_du_dimanche_3_et_lundi_4_f_vrier_2013?mode=window&pageNumber=1

 J’ai été très mal à l’aise à la lecture de cette page car rien ne laisse discerner de façon claire la nature de ce document. Est- ce une publicité ? Est-ce un point de vue ? Le JOurnal Le Monde a-t-il été rémunéré pour le publier ?

 D’autre part, Martin Taylor constate « avec une grande consternation être le témoin d’attaques  de la part de notre gouvernement  à l’encontre des produits de protection des semences » et de préciser que « ces positions sont basées sur des allégations quant à leurs effets sur la santé des abeilles » pour conclure que « les plus grands perdants d’un retrait de ces produits seraient les agriculteurs français qui devraient alors choisir entre perdre jusqu’à 40% de leurs revenus ou avoir recours à des solutions chimiques plus anciennes et moins respectueux de l’environnement » alors que dans la vision du futur proposé par Syngenta, « les agriculteurs produiront plus de nourriture avec moins d’utilisation chimique : produire plus avec moins ».

 Cette lettre fait certainement référence à la décision de La Commission européenne de proposer d'interdire pendant 2 ans l'utilisation de certains pesticides comportant les trois néonicotinoïdes incriminés --clothianidin, imidacloprid et thiamethoxam--, notamment le Cruiser OSR après les conclusions "inquiétantes" rendues mercredi 23 Janvier 2013 par l'autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) sur leur impact létal pour les abeilles…. Si cette recommandation est validée par les Etats membres, lors d'une réunion prévue le 25 février, elle pourrait s'appliquer dès le 1er juillet 2013. Et donc sur l'ensemble des cultures européennes de 2014.

 Evidemment Martin Taylor se garde bien de nous rappeler le contexte de cette actualité ainsi que les références aux études scientifiques prouvant la toxicité des pesticides SYNGENTA sur l’environnement et les abeilles.  

Je n’aborderai pas le fond de cette polémique, mais je suis choquée de voir qu’un encart publicitaire, non désigné comme tel, sans la manchette règlementaire « publicité » permet au Journal Le Monde d’autoriser la publication, au forcing, d’un point de vue en pleine page alors que la plupart des points de vue sont généralement proposé soit dans la rubrique « idée » soit dans celle « décryptages et analyse » accompagné de points de vues contradictoires.

Pourquoi ce traitement spécial pour un point de vue ?

En quoi ce point de vue aurait-il plus d’importance que d’autres points de vue sachant  que la plupart des arguments avancés par Monsieur Martin Taylor sont contestables, largement contestés et ne semblent pas être fondés scientifiquement : parler « d’allégation » lorsqu’il s’agit « d’études scientifiques » ou parler de « produits de protection de semences » lorsqu’il s’agit de « pesticides » ou parler d’absences d’alternatives à ce modèle agricole dominant lorsqu’il s’agit de modèles plus respectueux de la biodiversité et de la santé des paysans .

 Questions :

 1/- Le Journal LE MONDE en n’indiquant pas clairement que cette lettre relève d’une publicité n’évite-t-il pas à SYNGENTA le risque d’être poursuivi pour « publicité mensongère » ?

 2/-Le Journal LE MONDE  en acceptant de publier cette lettre de SYNGENTA, multinationale de l’agroalimentaire ne se rend-il pas complice d’un déni de réalité quant à la nocivité de ces pesticides sur la santé publique et environnementale ?

Pour votre information :

La revue Science en mars 2012, confirme des impacts négatif des néonicotinoïdes sur deux pollinisateurs essentiels, l'abeille domestique7 et le bourdon commun ;
Présents par diffusion dans le nectar et le pollen des fleurs de cultures industrielles telles que le maïs et le colza, ils affectent le système nerveux des insectes8. Il ne s'agirait pas de la seule cause du syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles, mais il y participe et accélère la régression de ces pollinisateurs9

 

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.